Nelson Mandela n’était pas “Le Valet”, “La Servante” ou Jackie Robinson, Dieu merci !

Cette semaine, j’ai remarqué que le nouveau film d’Idris Elba, Mandela : Long Walk to Freedom, sort en salle. Je vais voir ce film et je vais l’aimer. Je ne m’inquiète pas de la qualité cinématographique du film ou de la façon dont le script a été écrit. Je viens de me disposer à être fidèle à la fois au projet et à l’acteur.

Idris Elba se trouve être affilié au même réseau de conférenciers (Great Black Speakers) que mon frère, donc j’ai suivi sa carrière depuis son rôle dans The Wire [Sur Écoute]. J’ai toujours été impressionné par la façon dont il a clairement indiqué que son travail en tant qu’acteur est de jouer des personnages conçus pour élever le psychisme de son peuple, pas simplement de courir après l’argent comme un bouffon de deux dollars. Je le respecte.

J’apprécie également le sujet du film, Nelson Mandela, parce qu’il était une des rares personnalités publiques à encourager le peuple Noir à avoir des principes et à être courageux. Face à l’horreur de l’Apartheid, Mandela a plaidé pour les droits des Sud-Africains à se défendre, utilisant la force si nécessaire. Il ne trouvait aucune dignité à souffrir ou à se plaindre en silence. Même après vingt-sept (27) années passées en prison pour avoir défendu son peuple, Mandela a conservé sa quête pour l’égalité des races.

En conséquence du sacrifice de Mandela, l’Afrique du Sud est une nation différente. Rien de tout cela ne se serait produit si Mandela avait opté pour servir qui que ce soit en tant que valet (cf. le film The Butler, littéralement, le majordome, ndlr) ou domestique (cf. le film The Help, littéralement, la servante, ndlr) pendant cinquante ans. [*]

L’idée ici est que nous devons clairement faire la distinction entre les messages implicites envoyés par des films comme Mandela : Long Walk to Freedom comparativement aux films comme The Butler [Le Majordome en version française, ndlr], The Help [La couleur des sentiments en version française, ndlr] ou encore 42 [au sujet de Jackie Robinson, icone noire du baseball américain, ndlr]. Le premier transmet un message de conscientisation, de force mentale et de volonté de se battre pour un quotidien meilleur. Les derniers transmettent (et célèbrent) un message de passivité, de conformisme et d’auto-préservation. Nous saluons Nelson Mandela parce qu’il était prêt à se battre et à mourir pour une cause qui pourrait ne pas lui profiter directement. Par contre, nous applaudissons (i.e on nous demande d’applaudir) le majordome et Jackie Robinson parce qu’ils étaient prêts à souffrir afin d’”éviter des ennuis”.

Cela ne veut pas dire que l’un n’a pas vraiment besoin d’être fort pour supporter les épreuves vécues par les hommes comme Jackie Robinson, sur qui on a craché, qui ont été menacé et agressé simplement parce qu’ils étaient Noirs. Nous savons qu’il y a beaucoup de courage à souffrir silencieusement quand tout à l’intérieur de vous veut se battre. Mais la question que nous devons nous poser est la suivante : quelle importance y a-t-il de se battre pour votre survie si vous conservez simplement une existence misérable ?

Nous devons nous souvenir de la différence qu’il y a entre survivre et vivre. Les servantes, valets et autres Jackie Robinson étaient des survivants. C’est leur capacité à oublier le stress de l’oppression et à tendre l’autre joue qui leur a permis de supporter des conditions de vie qui n’étaient rien d’autre qu’horribles. Mais avec cette “survie” vient de l’outrage, la dépendance et la dépression créés par la volonté d’essayer de rester digne dans un monde qui vous maintient dans les débris de la société. Il vient un moment, en effet, où le monde dans lequel vous vivez ne vaut pas bien mieux que la mort.

Nelson Mandela, à mon humble avis, était un homme qui a donné aux peuples opprimés une alternative. Il nous a rappelé qu’il y a une différence entre simplement survivre et avoir une vie digne d’être vécue. Le révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata disait : « Je préfère mourir sur mes pieds que de vivre à genoux ». Cela signifie que, parfois, votre capacité à survivre dans des conditions lamentables, tout en laissant votre peur vous empêcher de rechercher une vie meilleure pour vos enfants, n’est pas toujours aussi admirable que nous pourrions le penser. Ainsi, nous pouvons applaudir ceux qui ont souffert comme domestiques et majordomes pendant des décennies successives, mais nous devrions réfléchir à deux fois avant d’utiliser ces personnes comme modèles.

Nelson Mandela et Idris ElbaCela ne veut pas dire non plus que les films sur les valets, les servantes, etc. n’ont pas un certain degré de valeur historique. Mais cela veut dire, par contre, que si chacun d’entre nous essaie simplement de “ne pas causer d’ennuis”, nous nous soumettons au racisme plutôt que de le combattre. En fait, certains diraient même que nous sommes des lâches qui refusons de nous sacrifier pour créer un monde meilleur pour les générations futures. C’est parce que nous restons si craintifs et si incapables de nous lever pour nous-mêmes jusqu’à ce jour que les Noirs continuent d’être malmenés dans leurs lieux de travail, dans la rue, dans les tribunaux, etc. [notamment aux États-Unis, mais aussi ailleurs, ndlr]. Parce qu’en réalité, les autres savent reconnaître notre faiblesse mentale et notre manque d’intérêt pour ce qui compte réellement.

Nous devrions tous étudier la vie de Nelson Mandela afin d’apprendre qu’il y a une meilleure façon de vivre. Tout ce qui nous met en colère quant au racisme continue d’infecter nos vies parce que nous choisissons de le permettre. Nous ne pouvons pas continuer à regarder des films sur des servantes et des valets continuellement ; il y a un moment où nous devons nous lever contre l’agresseur et nous battre. Rester en vie ne signifie rien si, à l’intérieur, nous sommes déjà morts mentalement.

  • [*] Le film The Butler (littéralement, le valet, le majordome) du réalisateur américain Lee Daniels raconte l’histoire d’Eugène Allen, majordome noir-américain à la Maison-Blanche de 1952 à 1986. Les acteurs principaux du film sont Forest Whitaker et Oprah Winfrey. La version française du film s’intitule Le Majordome. Le film The Help (littéralement, l’aide, la servante, la domestique) du réalisateur américain Tate Taylor raconte l’histoire d’une domestique noire pendant les années de ségrégation raciale dans le Mississippi au sud des États-Unis. Les principaux acteurs du film sont Emma Stone, Viola Davis et Octavia Spencer. La version française du film d’intitule La couleur des sentiments. Les deux films ont connu un succès important tant au niveau critique mainstream qu’au box office.