Université de Côte d’Ivoire : réhabiliter le maître et l’élève

Étudiants à l'Université d'AbidjanDans quel nouveau cadre du point de vue comportemental, les étudiants doivent-ils évoluer pour mériter le savoir de leurs maîtres ?

L’espoir qu’a suscité le vent de la démocratie en Afrique dans les années 90, a duré le temps d’une étincelle avec un syndicalisme révolutionnaire dans nos universités qui a négativement déteint sur le comportement des étudiants. Ce vent s’est vite transformé en ouragan avec une série de violence inouïe qui a bouleversé le rapport de valeur à l’Université.

En Cote d’Ivoire, on a pu assister a des scènes surréalistes : des enseignants ont été violentés, agressés, traînés à même le sol par des étudiants au nom du ‘‘droit’’ à la démocratie. Pour comprendre ces dérives regrettables, il convient peut être d’analyser le statut adopté par les associations d’étudiants : “le syndicat”.

Pour mémoire, un syndicat est une association de personnes ayant pour but la protection d’intérêt commun spécialement d’intérêts professionnels. Leur principal moyen de revendication est la grève. La grève elle-même, se définit comme un refus concerté d’arrêter le travail en vue de faire pression sur le patronat ou l’employeur.

A la lumière de cette définition, nous nous posons les questions suivantes : Les Étudiants ont-ils un employeur ? Si oui, où est leur bulletin de salaire ? Lorsqu’ils arrêtent les cours, à qui est-ce que cela profite ? Ceux qui décrètent les arrêts de cours ont-ils la capacité de faire rattraper ces cours manqués ? Nous répondons par la négative.

Sous le couvert du syndicalisme, bon nombre d’étudiants ont développé un réflexe de victimisation pour s’arroger le statut particulier de “génération sacrifiée”. Cette notion de “génération sacrifiée” induit en effet une passivité qui utilise la souffrance certes légitime, comme un moyen de chantage et de contestation suicidaire. C’est-à-dire que les étudiants subissent le temps en faisant preuve d’une passiveté impressionnante.

Essayons d’analyser l’impuissance face aux années blanches et aux problèmes d’ordre académique. Les associations estudiantines s’arrogent le statut de syndicat (ce qui est discutable), il est donc important pour eux de régler les problèmes de logement, de bourse et tous les autres problèmes d’ordre matériel. Mais lorsqu’il s’agit d’un problème d’ordre académique à savoir les unités de valeurs, les systèmes d’évaluation, du contenu même des diplômes…, les étudiants ont toujours eu des difficultés. Simplement parce qu’ici, on n’améliore pas un système avec la force, on améliore un système par une contre-proposition de système. Système contre système telle est la devise.

Les associations d’étudiants gagneraient par exemple à avoir une Cellule de Recherche en Stratégie Académique (CRSA). Son rôle sera de réfléchir à des systèmes futuristes pour prévoir et anticiper les problèmes académiques. Cette cellule regroupera toutes les associations estudiantines. Occupés à réfléchir, nous pensons qu’ils pourront canaliser leur énergie et transformer leur frustration en force motrice pour régler les problèmes académiques de manière positive et responsable. (Proposition faite en mars 2003)

Nous devons rester réalistes, tout changement qualitatif est le résultat de la pensée et de l’action. Des actions doivent être menées pour que les résultats des réflexions soient pris en compte mais les modalités de ces actions ne doivent pas nuire à la vitalité du système. En d’autres termes, Il faut désormais opter pour le terme “génération qui se sacrifie”.

Dans ce cas de figure, nous passons de la voie passive à la voie active. Une génération qui, conscient des exigences et du parcours vers la réussite, fait les sacrifices nécessaires pour que les efforts consenties par ses parents ne soient pas vains. La souffrance ici n’est plus un moyen de chantage académique et social mais un moyen d’investissent de privation, de renoncement, pour produire une génération capable de répondre aux exigences de l’évolution du monde et capable d’anticiper le défis de l’horizon 2050. Mais comment y parvenir ?

L’Éducation est un processus d’apprentissage qui a ses exigences qu’il convient de respecter pour maintenir l’équilibre du processus. C’est pourquoi, par exemple du CP1 à la terminale, lorsqu’un enseignant entre en classe, les élèves SE LÈVENT en signe de respect. Curieusement, ces mêmes élèves une fois devenus étudiants, n’observent plus ce principe indispensable, brisant ainsi la chaîne du respect et de la prédisposition au savoir. Il ne faut pas attendre d’avoir des problèmes de notes pour devenir poli.

Pour réhabiliter l’autorité du maître, l’Étudiant doit faire le geste qui sauve. Il doit se lever à chaque fois qu’un enseignant entre dans une salle de cours ou un amphithéâtre. Ce geste si simple sera une bénédiction inestimable pour lui car, il déclenchera une sympathie de la part de son maître. A ce propos, Amadou Hampâté Bâ écrivait déjà dans Kaydara, ce récit initiatique peul : « Tu le sauras lorsque tu sauras que tu ne sais pas et que tu attendras de savoir ».
Si nous effectuons une plongée souterraine dans le courant de cette pensée, il en ressort que la quête de la connaissance impose le respect, la patience, l’humilité, la prédisposition à recevoir le savoir. Au delà du geste qui sauve, l’Étudiant doit éviter les comportements à risque qui s’apparentent à une victimisation suicidaire. Il doit développer la culture du Bâtisseur du succès, celui par qui le succès doit arriver, le gardien du progrès. Celui qui répertorie, analyse et trouve des solutions aux problèmes qui se posent à la société. Telle est sa mission.

En définitive, nous partageons la conviction que l’éducation est pour la société ce que le sang est pour le corps humain. Si le sang n’est pas de qualité, le corps sera affaibli. D’où la pertinence de notre intérêt permanent pour l’éducation. L’éducation est le fer de lance du développement et de la démocratie. Nous devons et nous pouvons donner l’image d’une Afrique qui gagne en relevant les défis de l’éducation.

  • Eddy Brice Gnapia @ Pensées Noires