Cameroun : la politique de division du peuple

Paul BiyaDepuis son accession au pouvoir, et surtout depuis la tentative avortée du putsch de 1984, les Camerounais vivent de la part de Biya et son régime une politique de division du peuple qui fait du pays une poudrière dont personne ne sait comment il n’a pas encore explosé jusqu’à ce jour.

En fait, la politique de division et de promotion de la haine entre les tribus est tellement poussée que, n’eût été la maturité des populations, le pays serait entré depuis dans une guerre civile ou un génocide. Certaines tribus et groupes sociaux sont marginalisés, humiliés et écartés de tout développement et de tout avantage. Tel est le cas des régions du Nord, Extrême-Nord et Adamaoua qui ont longtemps subi les effets de la rancune de Biya et des siens à l’encontre d’Ahidjo son prédécesseur.

Les hauts postes de responsabilité dans le commandement, l’administration, la sécurité, les missions diplomatiques et les postes de gestion sont détenus à presque 75 % par les gens de la petite tribu de Biya. Les entrées dans les grandes écoles et dans les services administratifs sont dans le même pourcentage qui est un peu plus élevé en ce qui concerne les services de sécurité. Sa garde pléthorique est essentiellement composée des ressortissants de sa région. Pour exemple, pour le dernier concours des commissaires de police, huit candidats sur les dix sont originaires des régions du Centre et du Sud.

Actuellement les ressortissants d’une de ces provinces ne peuvent plus être nommés dans les unités administratives territoriales parce qu’ils ne sont plus admis à l’ENAM et n’ont plus d’administrateurs civils. Même chose pour les autres services relevant des finances et des impôts depuis réservés en majorité à la tribu de Biya.

La première vague des nominations, cette année des directeurs généraux des sociétés, tous de la même aire géographique, celle de Biya, a été largement contestée par les ressortissants des autres régions du pays. Pour ne pas nommer ces derniers, Biya a carrément arrêté le processus, alors que ceux qui étaient en poste, tous de sa tribu, attendaient leur relève soit pour le temps passé dans ces Entreprises, soit pour leur mauvaise gestion devant les conduire en prison, les deux allant d’ailleurs ensemble dans notre pays. M. Tonye Bakot sûrement n’en demandera pas les statistiques. Il n’a certainement rien vu. Certainement rien entendu.

Biya a fait de la préservation de l’unité nationale un des thèmes favoris de ses campagnes électorales et s’en félicite comme s’il n’y croyait plus lui-même après tout ce qu’il a fait pour la détruire. Mais il faut reconnaître que cet équilibre n’a jusqu’ici été possible que par la seule volonté du peuple dont la plupart des tribus ont plus de choses qui les séparent que celles qui les lient et susceptibles de les conduire à des affrontements en permanence, ont malgré les frustrations du régime et les provocations, opté pour la tolérance et la paix. Certains ont encore en mémoire les périodes tristes du maquis et en ont raconté aux plus jeunes toujours prêts à en découdre pour les en dissuader. Tous ont suivi à travers les médias ce qui s’est passé et se passe encore dans des pays voisins et en ont recueilli les réfugiés avec leurs fardeaux de misères. Personne ne voudrait que Cameroun bascule dans une telle spirale de violences dont la fin est incertaine.

Mais pour combien de temps encore va-t-on continuer à contenir ces enfants, du moins ceux qui démoralisés par tant de frustrations, de misère, de provocations et d’injustices, n’ont pas encore pris la route de l’exil ?

Les régions anglophones, n’en pouvant plus et dont les récriminations sont basées sur les nombreuses frustrations et le mépris que subissent leurs populations de la part du régime de Biya, revendiquent depuis leur autonomie à travers le SCNC (Southern Cameroons National Council), une organisation pacifique dont les dirigeants sont chaque fois pourchassés au Sud-Ouest ou au Nord-Ouest, arrêtés, maltraités et jetés en prison à Yaoundé avec des peines très lourdes et plusieurs y sont déjà morts, loin de toute assistance alimentaire, affective et médicale de leurs familles.

Biya est malhonnête de voler cette victoire et cette sagesse au peuple et je crois que lui-même doit être surpris qu’il ne soit pas déjà en guerre puisqu’il entretient depuis de nombreuses milices armées jusqu’aux dents pour lesquelles il dépense une bonne partie de la fortune du peuple pour leur entretien et les tient disponible à tout moment pour mater le peuple et maintenir son pouvoir.

Une politique d’intimidation permanente qui a contraint une bonne partie des Camerounais qui avaient d’abord cru à l’instauration d’une véritable démocratie et s’étaient inscrits dans un parti politique de leur choix, à regretter leurs erreurs. Etiquetés “d’opposants” et/ou “d’anglo-bamis”’, c’est-à-dire d’ennemis au régime, écartés des postes de responsabilités parce que objets d’une grande méfiance, ils ont malgré eux déserté les autres formations politiques pour revenir au Rdpc pour leur sécurité, celle de leurs familles et pour bénéficier eux-aussi des promotions sociales.

Les régions du pays qui ne votent pas pour Biya et les villes du pays dont les maires sont de l’opposition sont écartées de tous projets de développement et leurs ressortissants marginalisés dans les concours administratifs et promotions sociales. Les chefs des autres partis sont pourchassés, maltraités, détenus et interdits de toutes manifestations et mobilisations de leurs militants. Certaines Régions acquises à Biya leurs sont interdites lors des campagnes électorales ou pour toutes tournées à la rencontre de ceux qui, bravant les répressions et les humiliations sont restés leurs militants. L’intimidation et les frustrations sont si grandes que le Cameroun est depuis redevenu presqu’un pays à parti unique.

Le Cameroun a ainsi, depuis des années traversé toutes les étapes qui ont conduit beaucoup de pays de la sous-région et d’ailleurs comme le Tchad, la Centrafrique, les deux Congos à la guerre civile et au génocide, mais résiste encore par la seule volonté et la seule sagesse du peuple.

  • Par Serge Olivier Atangi