Afrique : produire sa propre énergie sur une initiative communautaire, c’est possible !

Énergie en Afrique

Combien d’Africains sont blasés par les coupures d’électricité et délestages intempestifs ? Du Sénégal à l’Ethiopie, en passant par la Côte d’Ivoire ou le Mali, les africains subissent, encore en 2012, les nombreux problèmes d’approvisionnement en électricité.

Comment venir à bout des problèmes d’approvisionnement en électricité qui ne devraient pas exister au 21e siècle ? Les communautés peuvent attendre que les gouvernements agissent et mettent par exemple en place leurs divers projets d’interconnexions à plus ou moins long terme… Ou alors elles peuvent s’organiser et lancer leurs propres projets à petite échelle.

C’est la deuxième option qu’une communauté rurale du centre du Kenya a choisi, déterminée à mettre un terme à son problème d’approvisionnement en électricité. Elle a réussi à produire sa propre énergie, venant progressivement à bout des obstacles et des écueils après quelques faux départs, en partie grâce au soutien de l’ONG GVEP International, selon un communiqué de Mayda BAKRI (membre de l’ONG GVEP) parvenu à Next-Afrique.

Ces dernières années, de gros progrès ont été faits en faveur de la libéralisation du secteur énergétique kenyan, offrant ainsi plus d’opportunités pour développer des projets énergétiques locaux. D’après la version préliminaire de mai 2012 de la Politique Énergétique Nationale du Kenya, le potentiel de création de la petite hydraulique est estimé à au moins 300MW dont à ce jour, seulement 30MW sont exploités. Les développeurs indépendants ont un rôle significatif à jouer dans la réalisation du fort potentiel des projets de petite hydroélectricité. Malgré l’assouplissement des politiques nationales dans ce domaine, il reste encore des défis à relever : couvrir les coûts financiers, acquérir un savoir-faire technique et commercial. En dépit de ces obstacles, les efforts du secteur privé démontrent que la production d’électricité peut devenir une réalité pour ceux qui en sont dépourvus.

Le Projet Thiba Mini Hydro (MHHP) a été lancé en 2002 sous l’impulsion d’une initiative communautaire avec pour but de produire de l’électricité pour ses 800 membres, dans le district de Kirinyaga, à deux heures de Nairobi. Dans cette région située dans les hautes terres du centre du Kenya, moins de 15% des foyers ont accès à l’électricité. Depuis sa création, les membres de Thiba ont dépensé près de 13 millions de shillings kenyans (KSh) – environ, 152 000 US$ – dont la majeure partie du montant a été levée par les membres eux-mêmes. Thiba a été conçue pour accueillir trois turbines dont une qui fonctionne mal actuellement. « Nous avons de gros problèmes, des pannes d’infrastructure que nous nous efforçons de résoudre », déclare Kariithi Chuma, l’actuel président de Thiba.

En reconnaissance de son potentiel de croissance, Thiba a reçu une subvention de 1,2 million de KSh (environ 15 000 US$), fin 2010, par le biais du Défi à l’accès aux énergies propres (Clean Energy Challenge), une compétition organisée en partenariat avec le BiD Network, GVEP et financée par Barclays PLC. En plus de la subvention, Thiba a reçu le soutien de l’Agence de l’Électrification Rurale (Rural Electrification Agency) qui les aide actuellement à créer un réseau de distribution pour les poteaux électriques, les transformateurs élévateurs et abaisseurs de tension et les poteaux de bois traité.

Jusqu’ici, le projet a relié au réseau 160 foyers parmi ses membres. Afin de remplir ses objectifs, le projet a toutefois dû augmenter sa capacité de production d’énergie. Comme cela arrive souvent avec des projets de cette échelle, la difficulté d’accéder à des capitaux, le manque de compétences techniques et en gestion d’entreprise constituent les principaux obstacles à leur expansion.

GVEP gère divers programmes en Afrique de l’Est qui œuvrent à pallier à ces problèmes. «On constate que le faible volume de prêts accordés aux entrepreneurs énergétiques dans les pays en développement n’est pas dû à un manque de fonds du côté du secteur bancaire et de la microfinance mais il est dû à la méconnaissance du marché des énergies renouvelables.»« Le concours au secteur privé joue un rôle important pour le développement du secteur des énergies renouvelables », déclare Simon Collings, Directeur des Opérations chez GVEP. « On constate que le faible volume de prêts accordés aux entrepreneurs énergétiques dans les pays en développement n’est pas dû à un manque de fonds du côté du secteur bancaire et de la microfinance mais il est dû à la méconnaissance du marché des énergies renouvelables ». Au cours des deux dernières années, GVEP a formé les institutions financières au développement de produits de crédit pour les entreprises d’énergies renouvelables. GVEP a également initié un programme de garantie de l’emprunt qui vise à augmenter la disponibilité de crédit dans ce secteur.

En ce qui concerne le soutien technique et commercial dont Thiba avait besoin, GVEP a commandé une étude comprenant un état des lieux, une étude de faisabilité en vue d’une expansion à 300 foyers de plus, une évaluation financière, un plan d’investissement ainsi qu’une évaluation de la gestion administrative et de la durabilité.

Les conclusions de ce rapport indiquaient qu’en dépit de tous les efforts de la communauté, le projet n’était pas géré de façon optimale. Les défis identifiés allaient de l’équipement délabré –comme, par exemple, la turbine défaillante et les poteaux électriques abîmés – à une tension insuffisante. En outre, de par sa nature communautaire, le projet avait un système de gouvernance qui empêchait une prise de décision rapide et souffrait d’un manque de personnel qualifié.

Une fois l’étude finie, GVEP a convenu d’un plan d’action avec les membres de Thiba. Kariithi explique : « Depuis, nous nous sommes constitués en société à responsabilité limitée, nous avons structuré notre gouvernance et nous avons cherché de nouvelles pistes pour mettre en œuvre les conseils techniques qui nous ont été prodigués ».

« Nous espérons que d’ici fin juillet, la turbine soit complètement opérationnelle et que 200 foyers soient raccordés. Il y a aura un réel impact pour les usagers domestiques car ils n’auront plus à se soucier des longues coupures de courant. Les enfants pourront étudier et les foyers seront correctement éclairés. Nous souhaiterions également approvisionner en électricité les commerces environnants tels que les moulins, les incubateurs avicoles, les récolteuses-hacheuses et les centres d’achat de thé – qui constituent les principales activités agricoles de la région, » ajoute Kariithi tout en insistant bien sur le fait qu’ils veulent d’abord assurer le fonctionnement optimal des besoins de base avant de considérer toute idée d’expansion. Il ajoute : « Il y a aura un réel impact pour les usagers domestiques car ils n’auront plus à se soucier des longues coupures de courant. Les enfants pourront étudier et les foyers seront correctement éclairés ».

La valeur net estimée du projet d’ici les cinq prochaines années est évaluée à 1,5 million KSh (soit 17 600 US$). « Puisque nous approvisionnons la communauté en électricité, un bénéfice économique en résultera pour la région », explique Kariithi. Le projet Thiba Hydro sera en mesure d’offrir des frais de raccordement et des frais mensuels plus compétitifs que ceux du fournisseur national d’électricité.

Des perspectives très encourageantes combinées à des conseils techniques et commerciaux laissent à penser que Thiba Mini Hydro Company Ltd est prête à éclairer sa route vers la durabilité.

GVEP International est une ONG britannique qui lutte contre la pauvreté en améliorant l’accès à l’énergie de populations rurales et périurbaines de pays en développement. Pour cela, GVEP apporte son soutien à de petites et moyennes entreprises locales qui proposent des produits et services énergétiques abordables et durables.