L’ornière syrienne : pierre de touche des vraies bonnes résolutions

Bashar al-Assad, François Hollande, Nicolas SarkozyDeux jours avant le premier tour des élections présidentielles, François Hollande s’est cru obligé d’affirmer (sur Europe 1) qu’en cas d’intervention militaire en Syrie sous l’égide de l’ONU, la France y participerait. La troublante continuité de ces propos avec la rhétorique “va-t-en guerre” de Nicolas Sarkozy (*) – rouvrant les plaies de nos mémoires souillées d’images insoutenables – a de quoi surprendre, et inquiéter… Car ne nous y trompons pas, les pressions exercées actuellement sur le régime de Bachar al Assad relèvent de la même logique meurtrière que celle qui a légitimé l’immonde agression française contre la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo et la destruction sadique d’une Libye prospère.

Depuis des mois, en effet, les méthodes employées [hier] pour abattre Laurent Gbagbo et pour éliminer Mouammar Kadhafi sont mises en œuvre en Syrie : mêmes stratégies de manipulation, même orchestration médiatique – manifestations plus vraies que nature en prime dans les rues de grandes capitales – ; mêmes journalistes barbouzes opérant pour le compte des services de renseignement de leurs pays respectifs, mêmes séries d’attentats sous contrôle, mêmes fausses rumeurs, mêmes tueries perpétrées par des hordes d’assassins aux ordre de l’agresseur, tueries immédiatement imputées au “méchant” agressé dont on a décidé la perte, quitte à fabriquer de toutes pièces les “preuves” qui permettront de la justifier ; même complicité active de dictatures arabes corrompues enrôlées par l’Occident dans son combat hypocrite pour le triomphe d’une “liberté” dont elles n’ont cure.

Ainsi, dans le cas – évoqué par François Hollande –, d’une résolution votée avec l’assentiment de la “communauté internationale” – dans le sillage des honteux précédents numérotés 1975 et 1973 – ; on verrait alors, pour la troisième fois en un peu plus d’un an, les nouveaux Croisés occidentaux, bannière de la “défense de la démocratie” au vent, et brosse à reluire humanitaire en bandoulière, se lancer à coups de bombes à l’assaut de nouveaux marchés pour leurs multinationales du bâtiment, de nouveaux monopoles pour leurs consortiums financiers, militaires, pétroliers, agro-alimentaires pharmaceutiques ou nucléaires ; on les entendrait une fois de plus s’auto-congratuler quant à la conquête réussie de nouvelles concessions pour leurs bases militaires, de nouveaux points d’appui susceptibles d’asseoir leur domination sans partage, dans l’optique de s’assurer, à terme, le contrôle de tous les peuples de la terre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à treize jours du second tour des élections, le peuple [français] qui, nous l’espérons, s’apprête à renvoyer Sarkozy dans les poubelles de l’histoire, doit redoubler de vigilance, et assortir son vote de conditions clairement formulées, pour empêcher le candidat de gauche de reproduire les modèles, qui, avec son prédécesseur, [aura déjà conduit les Français] au bord de l’abîme : abîme économique et financier, certes, mais surtout moral, toutes les horreurs étant sous son règne devenues permises, toutes les intrigues autorisées, pourvu que l’emballage médiatique en reste présentable, et si possible alléchant.

À aucun prix [la France ne devrait permettre] que [l’éventuel] nouveau président reprenne en otage [les Français], pour faire [d’eux], citoyens du peuple de France, les complices hébétés de nouveaux forfaits, les comparses apathiques de nouveaux massacres. Si [les Français veulent] pouvoir escompter un changement de l’arrivée [souhaitable] au pouvoir du candidat socialiste, notamment sur tous les dossiers françafricains, Côte d’Ivoire en tête, [son] premier devoir est de lui barrer la route périlleuse que semble ouvrir ses déclarations d’intention intempestives.

Enfin, à supposer que ces propos de François Hollande n’aient d’objectif qu’électoral, comment comprendre qu’il préfère tenter de rallier sur la base de tels arguments – la promesse, en somme, de crimes futurs – une partie de l’électorat de droite, plutôt que de travailler à éveiller les consciences de l’ensemble de ses concitoyens à la condamnation sans appel des crimes passés déjà commis en leur nom, pour les engager délibérément à le suivre sur la voie du retour aux vraies valeurs de la république ?

  • (*) Sa “France” (la sienne, celle d’Alain Juppé – pas [celle du peuple français] – n’a-t-elle pas « plaidé jeudi, lors d’une réunion de représentants d’une douzaine de pays à Paris, pour un renforcement de la mission d’observateurs en Syrie, qui doit disposer de moyens terrestres et aériens » ?