Merah, Toulouse : au-delà de toute instrumentalisation, de toute psychose et de tout amalgame…

Police française à ToulouseLa peur s’est introduite par effraction dans la campagne électorale. Elle sera sans aucun doute la grande gagnante du scrutin présidentiel à venir. Le débat public définitivement pollué, va sans doute laisser la place à l’émotion et l’instrumentalisation de tout bord. La question sociale, l’inexorable montée de la précarité et de la paupérisation d’une part de plus en plus importante des français ne trouvera certainement pas la place qu’elle mérite dans le débat public, et ne sera pas abordée sereinement. Mohamed Merah, un jeune français de 24 ans en aura décidé autrement.

Étonnement…

Il est trop tôt pour dresser un portrait psychologique du responsable présumé des tueries de Montauban et de Toulouse. Il est trop tôt pour expliquer les raisons d’actions violentes que personne ne pensaient possible en France, il n’y a pas une semaine. Toujours est-il qu’il est sidérant d’apprendre que les motivations de ces actes seraient le désir de venger les morts d’enfants palestiniens, l’opposition à la présence militaire française en Afghanistan et le port de la burqa. A quel moment avons-nous perdu le fil de l’édification du récit commun, pour qu’une situation dans laquelle la France ne joue aucun rôle puisse radicaliser un de nos citoyen, n’ayant lui-même aucun lien avec ladite situation ? Pour que des choix politiques que chacun peut contester dans le cadre démocratique (que ce dernier soit satisfaisant on non) le soient par les armes et la violence ?Les images surréalistes de l’assaut donné par les forces de l’ordre à 3h10 ce matin passent en boucle ; elles resteront dans la narration collective comme le moment où une certaine idée du vivre ensemble et de l’intégration à la française aura volé en éclat. Il faudra du temps, de la pédagogie et un véritable sens du bien commun à la classe politique française pour en réunir les morceaux épars et tenter de les recoller. Les ingrédients du mélange détonnant ayant abouti à ce drame ne manqueront pas d’entraîner défiance et mise à l’index d’une partie de la population qui n’en demandait pas tant. Pensez-vous ! Un franco-maghrébin, salafiste et djihadiste ayant effectué de nombreux voyages au  Pakistan et en Afghanistan, est le meurtrier froid et déterminé de trois militaires et de quatre membres, dont trois enfants, de la communauté juive.

Questions et réponses…

C’est la preuve, que ne manqueront pas d’exhiber les plus cyniques d’entre les responsables politiques et intervenants des médias, de la justification de leur sentiment de défiance à l’égard de l’Islam et de ses pratiquants. Nul ne pourra le nier : il sera difficile de faire entendre la voix de la raison à une opinion publique naturellement émue et consciencieusement conditionnée par de trop nombreux dérapages ayant émaillés la chronique des ces dernières années.Il sera difficile de lutter contre la défiance et le rejet. Les questions, jusqu’alors mal posées, ne pouvaient qu’appeler de mauvaises réponses.  Il est à redouter, alors que la nation est en état de choc et que la campagne électorale bat son plein, que de plus mauvaises questions soient posées dans le débat public.Il est de fait quasi certain que les solutions apportées viseront uniquement à rassurer (symboliquement) et non pas expliquer, ni permettre de comprendre. Rassurer en langage politique signifie réprimer, raffermir la sanction et le contrôle, limiter les libertés publiques. Il est également à craindre que les amalgames remplaçant l’explication et la compréhension, attisent les braises de la désunion et du repli sur soi. Le débat présidentiel qui se durcissait déjà va prendre un tour plus droitier, quoi qu’on en dise. La société française qui se délite lentement en subira les répercussions. Des communautés qui se regardaient en chien de faïence risquent de s’écarter plus encore…

Un responsable, des responsables…

Il va pourtant falloir qu’un effort soit fait pour ériger un projet de société commun, amenant la redéfinition du cadre national, afin que chacun puisse y trouver une place et s’y sente à sa place. Il n’est pas concevable qu’un conflit extérieur, dans lequel la France n’a pas d’implication soit la raison d’un déferlement de haine et de violence entre citoyens français. Il n’est pas acceptable que ce même conflit impacte la campagne électorale précédant l’élection présidentielle. Il est encore moins acceptable que l’on puisse s’en prévaloir pour justifier la haine, la violence ou un discours stigmatisant. Il faut l’affirmer avec force, le tireur est seul responsable de ses actes. Il faut l’affirmer avec autant de force, nous sommes tous responsables de la société dans laquelle grandissent nos enfants. Partant, le climat de défiance, de liberté de la parole raciste, quelle qu’elle soit, est de notre responsabilité à tous.

Trois mots…

Liberté-Égalité-Fraternité, pour peu qu’on se reconnaisse dans cette devise, n’est pas un but atteint, mais une utopie qu’il est impératif de chercher à atteindre chaque jour. Aux invectives, à la haine et la stigmatisation doivent faire place l’acceptation de l’autre, elles doivent faire place au civisme et au dialogue. La communautarisation insidieuse de la société française a fissuré cette dernière au-delà de ce que rapportent médias, politiques et intellectuels populaires. Le rejet devenu soudainement politiquement-correct et que l’on a accepté, auquel on s’est accoutumé et qui s’est imposé comme une normalité participative de l’identité nationale, a creusé des failles béantes et profondes dans ce que l’on nomme par convenance et habitude, la communauté nationale.  On est en droit de se demander s’il ne faut pas plutôt évoquer des communautés nationales. Chrétienne, musulmane, juive, athée, riche, modeste, pauvre, originaire des centres villes, de la province et des quartiers ségrégés, de souche, issue de l’immigration…

Chaque chose à un prix…

Nous avons accepté la division imposée par le discours politique, non pensée par le peuple, nous allons en payer le prix. Le prix sera moins élevé que celui acquitté par les familles de victimes, mais préparons-nous à payer un prix fort. Un sursaut citoyen et l’introspection individuelle sont un passage obligé : la France ne sera pas championne du monde de football à chaque coupe du monde. A ce titre, une nation, qui, se rassemblant dans la liesse pour mieux s’éparpiller lorsque vient la difficulté, ne tient que par des liens artificiels est n’est qu’un songe.

L’implication citoyenne doit être le curseur contraignant les politiques de tout bord à modifier la perception qu’ils peuvent avoir du corps social, car il est plus que douteux que l’exemple puisse venir d’en haut. Refuser le storytelling de la fatalité, de l’essentialisme d’une certaine violence, d’une haine de la société, prétendument consubstantielle de l’imaginaire certaines populations déterminera la société que les français décideront de reconstruire. Refuser la mise à l’écart de la vie citoyenne et politique, refuser l’auto-apitoiement et la fatalité d’une citoyenneté de seconde zone sont les étapes liminaires et fondamentales d’une redéfinition d’une citoyenneté bien souvent mise à mal.

Au nom des victimes…

Les sept victimes de cette violence injustifiable (qui doit être disséquée pour être comprise et combattue à la racine et non dans ses métastases) ne peuvent être un simple témoignage de la dissolution du vivre ensemble. Au contraire, leur mémoire doit inciter chaque citoyen à participer à la mise en place d’une société apaisée. Le fondamentalisme n’est pas une réalité française, n’en déplaise à une Marine Le Pen, se sentant prête à mener une croisade antimusulmane, et qui n’a pas attendu la fin de l’assaut des forces de l’ordre pour lancer des anathèmes.

Les médias, qui vont surfer sur la vague fondamentaliste pour se faire pardonner d’avoir mis en avant une piste néo-nazie, participeront sans nulle doute à un combat insidieux, menant à une restriction des libertés publiques et une confiscation du débat électoral. Il va falloir aujourd’hui plus que jamais lutter contre la peur, la division et la dictature de l’agenda politique. C’est la citoyenneté de toutes et tous dont il est question. Et cela, au-delà de toute instrumentalisation, au-delà de toute psychose, au-delà de tout amalgame…