Une prière très africaine

La ponctualité en AfriqueNous sommes nombreux à avoir fait ou entendu la prière suivante: « Seigneur, presse le pas de ceux qui sont encore en route ». C’est la prière des salles de culte quasi-vides. C’est l’ardente intercession que font des organisateurs mal organisés. C’est le cri de cœur d’un pasteur qui va devoir faire son sermon à des chaises vides plutôt qu’à des fidèles qui, bloqués quelque part sur le chemin, auraient besoin que le Tout-Puissant presse leurs pas…

Tous nous avons fait ou entendu cette prière qui est très africaine. L’avantage de l’expérience et de nombreux voyages dans les cinq continents me permettent de dire que, dans les centaines de réunions auxquelles il m’a été donné de participer dans des églises du Costa Rica à la Chine, je n’ai pas entendu ce genre de prières ou est-ce peut-être un manque d’attention.

Hélas, c’est seulement sous nos tristes tropiques que, ayant tout fait pour être en retard, on demande ensuite à Dieu de tout faire pour presser nos pas. Quelqu’un pourrait-il nous dire comment s’opère cette “pression sur nos pas?”. Comme dans la publicité de Nike, nos chaussures seraient-elles mystérieusement équipées d’ailes comme de petits anges et devenons-nous subitement capables de défier les lois de la pesanteur en bondissant comme un hovercraft? Quelqu’un peut-il expliquer comment les pas de gens qui se moquent éperdument d’arriver à l’heure peuvent, à la limite contre leur volonté, être “pressés” pour que Monsieur ou Madame Saipa Grav se présente à temps dans la “maison de Dieu”.

Les Africains ont des rapports difficiles avec la ponctualité. Ils aiment les montres qu’ils ne savent pas fabriquer mais ils ne savent pas pourquoi ces jolis bijoux ont été conçus. Les montres, les horloges, les systèmes horaires intégrés aux téléphones cellulaires, les appareils électroménagers censés nous faire gagner du temps, les voitures rapides et tout l’équipement qui ailleurs fait gagner du temps est lamentablement sans grand secours dans une Afrique où dans ce domaine là, les chrétiens ne sont pas bien différents de ceux que nous appelons les païens. Nous gaspillons le temps, une heure perdue ici, un quart d’heure gaspillé par là mais, en réalité, ce sont nos vies qui sont entrain de partir dans le tic-tac insoupçonné des montres que nous ne regardons jamais…

Nous ne voulons plus nous enfermer dans les prières africaines que Dieu de toute façon n’exauce pas. Nous voulons faire la prière de Moise, celle qu’il fait pour demander à Dieu de lui donner une attitude plus responsable dans l’utilisation du temps : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse. » (Psaumes 90:12)