La jeunesse africaine et sa place dans la société

Jeune femme africaine

Combien d’adultes africains disent « en fait, je n’aime pas le travail que je fais. Mes choix d’études et de carrière m’ont été imposés par mes parents; il est trop tard pour changer de voie maintenant! » ?

Combien ont enduré de longues et pénibles années d’études supérieures pour finalement obtenir un diplôme, une qualification qui ne leur permettra jamais de s’épanouir sur un plan personnel et ne sera qu’un moyen d’avoir du pain sur la table ou d’atteindre un certain statut social?

Rares sont ceux ou celles qui se sont sentis totalement libres de leurs décisions et peuvent maintenant assumer leurs succès et leurs erreurs sur le plan professionnel, se sachant pleinement responsables de leur situation présente.

La jeunesse: un poids… économique?

En Afrique les jeunes ont souvent été considérés comme les pourvoyeurs de la retraite des parents.  Pour contrebalancer l’impact négatif  d’un taux de mortalité infantile très élevé, les familles africaines traditionnelles se sont élargies entrainant un poids considérable sur la communauté. Les garçons étaient en général ceux à qui l’on donnait l’opportunité d’accéder à l’éducation scolaire avec  pour but avoué qu’ils deviennent tous “des grands types”, à savoir, des fonctionnaires, avocats,  médecins, banquiers, pharmaciens ou encore des politiciens.

Il n’est pas rare d’entendre des parents expliquer que leurs progénitures ont une “obligation d’assistance” – cette notion se retrouve d’ailleurs dans toutes les couches de la société. Cela explique en partie l’insistance parentale sur le choix des études et la future carrière de leur progéniture. En outre, ceux qui financent ces chères études se doivent de choisir le futur de leur descendance, histoire de s’assurer que leurs deniers ont été  bien investis et leurs dividendes garantis.

Cette attitude infantilisante se retrouve aussi au niveau étatique, en parfaite corrélation avec les traditions  africaines: les politiques d’éducation sont en général très ciblées sur les filières scientifiques et laissent très peu d’opportunités pour la créativité et la découverte d’autres domaines que ceux enseignés dans le curriculum scolaire.

Jeunes voulant sortir des sentiers battus: s’abstenir

Devant cette réalité, comment les jeunes expriment-t-ils leurs rêves et leurs choix de carrière si ceux-ci ne reflètent pas les attentes de leurs parents ou la tendance du moment?

Prenons le cas de l’entreprenariat:

Il est monnaie courante de voir des parents être réticents quant à l’idée d’entreprenariat de leurs rejetons. La simple énonciation d’une aventure possible dans le monde entrepreneurial soulève une levée de boucliers  suivie de, au mieux, des pleurs de désespoir des géniteurs et au pire une radiation du testament, considérant que leur descendant ne peut qu’avoir perdu la raison ou est trop immature pour savoir ce qu’il dit!

Si en plus cette aventure pensait se faire dans des domaines considérés comme “low-standing” – plomberie, mécanique, peinture, danse… – alors bon vent à ces téméraires qui devront subir les foudres parentales, les critiques familiales et les railleries amicales.

Il est intéressant de noter que pour un continent qui n’aspire généralement qu’à n’être qu’  une copie “plus bronzée” de l’Occident, l’Afrique ne valorise pas encore assez ces métiers considérés comme indispensables outre-Atlantique et donc rémunérés comme tels.

Quel est le plus important: la personne ou le salaire?

La société africaine pourrait se résumer par « tu es parce que nous sommes », sous-entendant ainsi que l’individu n’a d’existence que par son appartenance au groupe et à l’adhérence aux règles. Cependant, un groupe n’est-il pas composé d’individualités qui, si elles ne sont pas valorisées et encouragées, ne pourront jamais devenir des membres actifs ou efficaces de ce groupe?

L’épanouissement personnel passant notamment par une satisfaction professionnelle, le choix des jeunes devrait être encouragé plutôt qu’étouffé dans l’œuf par des parents soucieux que leurs enfants puissent accomplir les rêves qu’eux-mêmes n’ont pu atteindre.

Après tout, le but ultime d’un parent n’est-il est pas de voir ses enfants devenir des adultes autonomes, épanouis et heureux?

  • Jeanne Faulet-Ekpitini @ Pensées Noires.