Les racines africaines de la langue française

Léopold Sédar Senghor

Le vocabulaire français est issu à 90% de la langue latine, cela est connu! Mais il n’y a pas que des mots latins dans la langue française. En effet, plusieurs mots de par leur racine africaine ont enrichi cette langue au cours de son histoire. Faisons honneur à ces termes africains qui ont réussit à s’implanter dans la langue de Molière avec un petit tour d’horizon sur ces mots-voyageurs en provenance d’Afrique!

« La langue est comme le sol: elle conserve les traces du passé. En la fouillant, on y découvre des vestiges de temps révolus, de peuples disparus, de coutumes oubliées. »

Commençons par le mot Chimpanzé. Ce terme vient de la République Démocratique du Congo, “kivili-chimpenze” qui signifie “grand singe” en langue Tchiluba. Il fut importé en français par le naturaliste Guy de La Brosse en 1638 sous la forme “quimpezé”.

Boubou: mot d’origine Malinké “bubu”. Il désigne d’abord un singe, puis sa peau qu’on utilise comme vêtement. Aujourd’hui ce mot a trait à une longue tunique africaine.

Banane: Ce mot est issu du Bantou de Guinée. Il a été d’abord transcrit par les portugais sous “banana” avant de rentrer dans le régistre français sous l’appellation de “banane”.

Balafon: Emprunté chez les Malinké, “balafo” qui signifie “joueur de bala”, ce mot est composé de “bala”, instrument de musique, et de “fo”, joueur d’instrument. Le balafon est un instrument de musique à percussion de l’Afrique occidentale, il serait l’ancêtre du xylophone. A l’origine, il était joué pour animer les fêtes paysannes et égayer les cours des rois Africains.

« La langue est aussi comme un arbre. Elle plonge ses racines dans des couches anciennes, elle connaît des greffes, elle se ramifie, elle perd des branches mortes et elle se renouvelle. Elle est vivante. »

Toubab: Il existe plusieurs hypothèses quant à l’origine de ce mot. Selon la première étymologie de ce mot, “toubab” serait dérivé du Mandingue “tubabu” désignant le Blanc. Il est aussi dit que ce mot viendrait d’un verbe Wolof voulant dire “convertir” qui fait allusion aux premiers missionnaires des temps coloniaux qui étaient des Blancs venus d’Europe.

Macaque: issu d’un mot Bantou à l’époque de la colonisation de la côte africaine par les Portugais. Il a été transcrit sous le nom de “macaco” par les Portugais avant de passer dans le français sous “macaque”.

Karité: signifie en Wolof “arbre à beurre”. Egalement appelé “si yiri” (prononcer “shi yiri”) en Bambara (d’où son nom anglais, “shea tree”).

Cola: le mot est apparu au 17è siècle et provient d’une langue soudanaise.

Poto-poto: originaire du Lingala “potopoto” ce mot signifie “boue”, et par extension “problèmes, ennuis”. A l’origine, ce terme était utilisé à l’époque coloniale dans les deux Congos.

Bougnoul: Ce terme est apparu en français en 1890; il vient du Wolof “Bunùul” signifiant “qui est noir”. “Bougnoul” est un terme péjoratif pour désigner un Noir, nègre ou métis. Suite à la Guerre d’Algérie le sens de ce mot s’est appliqué aux Maghrébins jusqu’à nos jours.

Bamboula: le terme est apparu en 1728 et est dérivé des mots “kam-bumbulu” et de “bam’bula” issus de dialectes de Guinée et qui signifient “tambour”. Au masculin, “bamboula” désigne une variété de tambour africain. Il se devient féminin pour définir une danse effectuée au son de ce tambour et une fête exubérante. “Bamboula” est devenu plus tard un terme péjoratif pour désigner les personnes noires d’origine africaine.

Gri-gri: L’origine exacte du mot est inconnue. Une chose est sûre, ce terme a été emprunté à une ethnie d’Afrique Centrale. Il fit son apparition dans la langue française en 1637.

« La langue n’a pas de frontières et n’a rien à voir avec un symbole national. […] Tout au long de son histoire, le français a accueilli des mots venus d’ailleurs qui se sont parfaitement intégrés. Les mots de tous horizons ont depuis longtemps appris, eux, à vivre ensemble. »

  • Citations extraites de Jeux de mots archéologie du français de Bernadette Gross et Sylvie Délèze, éditions Infolio, mai 2003.