L’excision : cet acte d’un autre age

Excision des femmes africaines

« Il y a des pratiques que nos ancêtres eux-mêmes s’ils revenaient à la vie trouveraient caduques et dépassées. » – Amadou Hampaté–Bâ

L’excision – Sujet tabou par excellence ou dont on ne parle qu’en disant « on ne fait pas ca chez nous! Ce sont les… Musulmans, ou les… Noirs, ou les… Dioulas etc. qui pratiquent ces méthodes de barbares! ».
Grossière erreur que de prendre cette position. L’excision, encore appelée Mutilations Génitales Féminines (MGF), se pratique depuis l’époque pharaonique et a même fait escale en Europe au 19è siècle, où elle était censée guérir les troubles mentaux ou du comportement! En somme, personne n’en a l’exclusivité.

Il est cependant vrai que l’Afrique semble être en tête de peloton dans cette course à l’ablation de la féminité.

Dieu a dit…

La religion a bon dos lorsqu’il s’agit de l’excision. Elle se retrouve soit à porter le chapeau de la culpabilité que lui met les détracteurs des MGF, soit à être la justification principale de cette meme activité. Du genre « c’est l’Islam qui le demande donc on le fait! ». En réalité, aucune des principales religions monothéistes ne “réclame” ces bouts de féminité. Elles n’en veulent pas. Et les responsables religieux sont souvent les premiers sur la liste des signataires s’élevant contre ces pratiques.

Mais alors…

Pourquoi compte-on encore 2 millions de femmes et fillettes mutilées dans leur chair chaque année, en ce 21eme siècle? Comment expliquer que ce phénomène fasse encore des émules y compris parmi les victimes?

Les raisons sont multiples et souvent s’entremêlent:

– Les exciseuses ont besoin de leurs gagne-pains: plus de clitoris à couper, plus de salaire.

– Les parents rêvent de respectabilité: une fille excisée est forcement une fille “bien sous tout rapport” donc “épousable”. Une fille bien ca vaut bien une jolie dot, non? Elle sera une femme fidèle et soumise à son mari, cette fillette mutilée; ce qui aurait pu lui “démanger la petite culotte” lui a été enlevé! Elle aura des beaux enfants, cette amputée du désir sexuel, et n’en perdra pas en couche puisque la partie “male” de son anatomie a été supprimée à coup de lames de rasoir Gillette ou de couteau bien tranchant, non stérilisé!

– Les jeunes hommes fougueux, en chasse permanente de jeunes filles en mal de batifolage et plus, seront les premiers à réclamer “des excisées”, car ils ne peuvent concevoir fonder un foyer avec des “impures”: la mère de leurs enfants se doit d’être vierge, bon sang! Et puis il parait qu’elles décuplent la vigueur masculine ces émasculées!

– Et pour ce qui est de ces objets de convoitise de mères, tantes ou grand-mères zélées, elles ne sont pas toujours en reste non plus: les unes veulent pouvoir faire partie de ce groupe d’initiées qui se parent des plus beaux bijoux et pagnes après la cérémonie, dandinant douloureusement dans les allées du village, qui se voient offrir toute sorte de cadeaux et qui vont enfin pouvoir tenir la dragée haute à ces “petites filles” qui, elles, n’ont pas encore souffert dans leurs chairs. Ces reines d’un jour ou d’une semaine se voient déjà recevoir tout le respect qui leur est du de la part de leur belle-mère! Et leurs mères pourront enfin avoir voix au chapitre dans leur groupe de femmes.

Les autres, leurs larmes à peine séchées, sont soulagées de savoir que si la malédiction venait à s’abattre sur leurs familles ce ne serait pas de leur fait! La purification a été faite et en profondeur s’il vous plait! Les cieux ne peuvent qu’être cléments! Et quand elles seront mères, leurs enfants seront “bien vu” et elles aussi pourront faire partie intégrante des “vieilles” car personne ne veut se retrouver au banc de la société à cause d’un petit bout de peau mal placé. Surtout lorsqu’elles seront trop fanées pour prétendre trouver un remplaçant à leur époux disparu.

Il y en a aussi qui disent non, mais celles-là sont encore trop peu nombreuses…

Et après…

Une fois le faste oublié, les beaux pagnes rangés, les plaies pansées, la nuit de noces (rarement une partie de plaisir) consommée, l’accouchement survécu, le souvenir, lui reste. Elle est toujours là, cette douleur amplifiée du premier jour, qui taraude non seulement le corps mais aussi l’esprit. Cette ennemie-complice qui empêche de pouvoir vivre pleinement sa vie intime, en toute liberté, en toute jouissance, qui engendre bien des pleurs et des disputes conjugales, qui fait frôler la mort à chaque nouvelle naissance. Cette épine qui jour après jour, rappelle qu’une partie du corps n’est plus et qu’avec elle c’est une partie de l’âme féminine qui a été amputée!

C’est une compagne indésirable qui fait des ravages: elle change la perception de ce corps que l’on avait cru rendre parfait – c’est maman qui l’avait promis! Elle raconte qu’en réalité, de femme on n’a pas grand-chose, c’est l’époux qui le dit!

Pour celles qui ont encore assez de souffle pour avouer cette souffrance physique et psychique, à travers toute cette honte et culpabilité – oui, honte, de ne pas avoir dit non ou d’avoir exiger cette amputation sans en avoir véritablement mesuré toutes les conséquences et culpabilité, de ne pas avoir écouté Papa et Grand-Papa qui s’étaient opposés à ce sacrifice sur l’autel de l’appartenance culturelle – commence le long parcours de la réparation. Les progrès en chirurgie reconstructive font des miracles et peuvent redonner l’aspect physique d’antan ou au moins s’en rapprocher, bien entendu, moyens financiers aidant.

Par contre aucun chirurgien, aussi doué soit-il, ne pourra restaurer l’ablation de l’estime de soi ou la perte d’identité!

  • Jeanne Faulet-Ekpitini @ Pensées Noires.