Chrétiens politiciens !

« Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés: lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible… » – Jomo Kenyatta

La religion chrétienne et la politique en Côte d'Ivoire[Bien que] l’Afrique [ait été] colonisée par les chrétiens, certains [Africains] s’appellent toujours “Marie”, “Immaculée”, “Jean-Baptiste”, “Dieudonné”, “Blanche”, “France”, “Bonaparte”, “Léopold” etc.

C’est comme si un Juif nommait et appelait son enfant “Adolphe”, en l’honneur de Adolphe Hitler. Appelleriez-vous votre enfant “Noir” si celui ci était Blanc ? Il est vrai que des excuses ont été faites en 2003 par l’Eglise Catholique sur cette fusion du clergé avec le pouvoir colonial. Et pourtant, si je vous coupe les membres en vous torturant et prenant plaisir à le faire, est-ce que de simples excuses vous suffiront ou est-ce que vous aimeriez [recevoir le paiement] de dommages et intérêts ?

La tragédie qui se déroule sous nos yeux est une invite à comprendre une bonne fois pour toutes que la religion n’a rien à voir avec la politique, surtout pour nous les Africains. Ainsi les Ivoiriens se sont spécialisés dans le déni des évidences, mais surtout dans la croyance quasi obsessionnelle en des devins, des prophètes et des prophéties. Retenons que Dieu est le Dieu de l’Univers, et non pas celui des Ivoiriens, ni celui des LMP ou des RHDP. La foi ne doit plus jamais être un outil de politique, ou encore moins d’exercice du pouvoir. Pire, le christianisme ne sera jamais l’arme adéquate de lutte contre l’Occident, car comme l’a précisé Jomo Kenyatta, c’est se faire hara-kiri. Utiliser une arme contre son instigateur, c’est s’exposer aux contre-indications que ce dernier a omis de vous révéler. Car la religion, telle que présentée à nous par les missionnaires n’est qu’un instrument d’abrutissement des peuplades africaines. Il suffit de jeter un œil sur le contenu du Code Noir de 1685, et sur les diverses directives et cahiers de charges assignés aux missionnaires.

Il est grand temps pour les chrétiens d’Afrique que nous sommes de redresser le cap; il temps que cet outil magnifique de perfectionnement humain et d’édification spirituelle et intellectuelle qu’est la Parole de Dieu, soit utilisée à bon escient, et non pas juste pour de la griotique ou pour de la propagande. Il est vrai que l’Esprit qui recouvre le Livre Saint nous impose souvent de lire entre les lignes, mais, de grâce arrêtons de lire entre les mots ! Nous voulons tant que notre volonté s’accomplisse que nous sommes allés jusqu’à souhaiter que Dieu fasse le malheur de nos semblables. Nous lui avons demandé d’assassiner des gens, de les foudroyer par des maladies incurables, nous lui avons demandé de détruire des quartiers, d’anéantir des villes et des villages, de faire périr des ethnies. Et Dieu nous a répondu, il nous a fait comprendre que quand il s’agit de politique et de guerre civile, nous sommes assez grands pour nous entretuer tous seuls, pas besoin d’assistance divine pour ça. Il nous a répondu que la guerre ne sera jamais de son ressort, et que c’est le message que Jésus a porté au monde en se laissant humilier torturer et crucifier comme le pire des criminel.

L’arrestation de Laurent Gbagbo a donné lieu à des dénis de Dieu, à des reniements de foi, au bannissement et à l’invective contre certains prophètes et autres hommes de Dieu. Beaucoup sont désabusés de voir comment leurs prières n’aient point été exaucées. Pourtant, au-delà de cette chasse aux sorciers, c’est [l’occasion de] l’avènement d’une remise en cause totale de notre perception de la foi et du dessein de Dieu dans notre vie. C’est aussi le moment de comprendre qu’être chrétien, ce n’est pas être supérieur aux autres, ce n’est pas détenir à soi tout seul la vérité de la vie. Souvenons-nous que Dieu est un Dieu de justice, et que comme le dit le livre biblique de la Sagesse, la raison de Dieu est folie pour les hommes. De grâce, Dieu ne fait pas de politique, et souvenons-nous que l’on n’invoque pas le nom du Seigneur en vain. De grâce, laissons Dieu en dehors de notre politique, car aucun d’entre nous ne peut se targuer, après tant de vies sacrifiées, avoir fait l’œuvre de Dieu.

« Nemo auditur propriam turpitudinem allegans », maxime latine devenue principe du droit positif (article 116 du code civil) ; en d’autre termes, « nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude », doit demeurer pour nous le plus important avertissement pour nous tous. En effet, il est impérieux de retenir maintenant et pour l’avenir, que nul ne peut réclamer justice si le dommage qu’il subit est le produit de ses actions menées illicitement ou illégalement. L’heure est venue pour chacun de nous de faire son auto-procès, car chacun rendra compte devant Dieu de tout ce qu’il aura fait ou n’aura pas fait.

Je ne saurais achever ce propos sans vous faire partager la Lettre à Diognète, apologie, adressée sous forme de lettre à un païen de haut rang nommé Diognète, datant probablement des années 190-200, et qui fut peut-être rédigée à Alexandrie :

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou les rêveries d’esprits inquiets; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie. Les Juifs leur font la guerre comme à des étrangers, et les Grecs les persécutent; ceux qui les détestent ne peuvent pas dire la cause de leur hostilité.

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait du tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs (…)

Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de déserter.»

Que Dieu nous bénisse !