S’émanciper de l’esclavage mental, Ch.02 – Kwame N’krumah

Esclavage mental 02: Kwame N'krumah

NOTE DE LA RÉDACTION: nous introduisons une série de réflexions inaltérables de grands penseurs sur la question de l’émancipation des peuples noirs. Objectif : créer une prise de conscience quant aux enjeux actuels de l’Afrique face à l’oppression occidentale du moment.

« Emancipate yourself from mental slavery, none but ourselves can free our minds! » – Bob Marley

Pendant des siècles, les Européens dominent le continent africain. L’homme Blanc s’est arrogé le droit de gouverner et d’être obéi par les non-Blancs; sa mission, selon lui, était de “civiliser” l’Afrique.

En vertu de ce manteau, les Européens ont volé le continent de grandes richesses et infligé des souffrances inimaginables sur des populations africaines. Tout cela fait une histoire triste, mais maintenant nous devons être prêts à enterrer le passé avec ses souvenirs désagréables et regarder vers le futur (…)

Il est clair que nous devons trouver une solution africaine à nos problèmes, et que cela ne peut être trouvée que dans l’unité africaine. Divisés nous sommes faibles, unis, l’Afrique pourrait devenir l’une des plus grandes forces du bien dans le monde. Bien que la plupart des Africains soient pauvres, notre continent est potentiellement très riche. Nos ressources minérales, qui sont exploitées avec des capitaux étrangers que pour enrichir les investisseurs étrangers, vont de l’or et des diamants à l’uranium et du pétrole. Nos forêts contiennent certains des plus beaux bois. Nos cultures de rente sont le cacao, le café, le caoutchouc, le tabac et le coton.

Comme pour le pouvoir, qui est un facteur important dans tout développement économique, l’Afrique compte plus de 40% de la puissance potentielle de l’eau du monde, contre environ 10% en Europe et 13% en Amérique du Nord. Pourtant, jusqu’à présent, moins de 1% a été développé. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons en Afrique, le paradoxe de la pauvreté dans le milieu de l’abondance et la rareté dans le milieu de l’abondance. Jamais un peuple n’a eu à sa portée si grande occasion de développer un continent doté de tant de richesses.

Individuellement, les Etats indépendants d’Afrique, dont certains peuvent être riches, d’autres pauvres, ne peuvent guère faire pour leur peuple. Ensemble, par l’entraide, ils peuvent accomplir beaucoup. Mais le développement économique du continent doit être planifié et poursuivi dans son ensemble. Une confédération conçu uniquement pour la coopération économique ne permettrait pas la nécessaire unité de but. Seule une union politique forte peut assurer le développement complet et efficace de nos ressources naturelles pour le bénéfice de notre peuple.

La situation politique en Afrique aujourd’hui est encourageante et en même temps inquiétante. Il est encourageant de voir autant de nouveaux drapeaux hissés à la place de l’ancien; par contre, il est inquiétant de voir tant de pays de différentes tailles et à différents niveaux de développement, dans certains cas, presque impuissants. Si cet état terrible de la fragmentation est autorisé à continuer, il peut ainsi avoir des conséquences désastreuses pour nous tous (…)

L’exemple de l’Amérique du Sud, qui a autant de richesses, sinon plus, que l’Amérique du Nord, est clair. [Avec tout cela pourtant, ce continent qui] reste faible et dépendant d’intérêts extérieurs, est celui que tous les Africains feraient bien d’étudier. Les critiques de l’unité africaine se réfèrent souvent aux grandes différences de cultures, de langues et d’idées, dans différentes parties de l’Afrique. Cela est vrai, mais le fait essentiel demeure que nous sommes tous des Africains, et nous avons un intérêt commun à l’indépendance de l’Afrique. Les difficultés présentées par les questions de langue, de culture et les différents systèmes politiques ne sont pas insurmontables, si la nécessité d’une union politique est accepté par nous tous.

Les dirigeants actuels de l’Afrique ont déjà montré une remarquable volonté de se conseiller mutuellement. Les Africains ont, en effet, commencé à penser à l’échelle continentale. Ils se rendent compte qu’ils ont beaucoup en commun, tant dans leur histoire, que dans leurs problèmes actuels et leurs espoirs en l’avenir.

Suggérer que le moment n’est pas encore venu d’envisager une union politique de l’Afrique est se soustraire aux faits et ne pas tenir compte des réalités en Afrique aujourd’hui. La plus grande contribution que l’Afrique peut apporter à la paix du monde est d’éviter tous les dangers inhérents à la désunion, par la création d’une union politique qui pourra aussi, par son succès, servir d’exemple à un monde divisé.

Je crois fermement et sincèrement que la sagesse profonde et la dignité, le respect inné pour la vie humaine, l’humanité intense qui est notre héritage, la race africaine, réunis sous un gouvernement fédéral, permettront d’émerger non pas comme un simple bloc, qui fait l’étalage de sa richesse et de sa force, mais comme une grande puissance, dont la grandeur est indestructible parce qu’elle est bâtie non sur la peur, l’envie et la suspicion, ni gagnée aux dépens des autres, mais parce qu’elle est fondée sur l’espoir, la confiance, l’amitié et orientée vers le bien de toute l’humanité.

Nous devons prouver que la grandeur ne doit pas être mesurée dans des piles de stockage de bombes atomiques. Je crois fermement et sincèrement que la sagesse profonde et la dignité, le respect inné pour la vie humaine, l’humanité intense qui est notre héritage, la race africaine, réunis sous un gouvernement fédéral, permettront d’émerger non pas comme un simple bloc, qui fait l’étalage de sa richesse et de sa force, mais comme une grande puissance, dont la grandeur est indestructible parce qu’elle est bâtie non sur la peur, l’envie et la suspicion, ni gagnée aux dépens des autres, mais parce qu’elle est fondée sur l’espoir, la confiance, l’amitié et orientée vers le bien de toute l’humanité.

L’émergence d’une telle force de stabilisation puissant dans ce monde en proie aux usagée doit être considérée non pas comme le rêve d’un visionnaire, mais comme une proposition pratique, que les peuples de l’Afrique peuvent et doivent traduire en réalité. Tel fut le moment de l’histoire des États-Unis d’Amérique lorsque les pères fondateurs virent au-delà des querelles mesquines des États séparés et se décidèrent a créér une union.

C’est notre chance. Nous devons agir maintenant. Demain sera peut-être trop tard et l’occasion sera passée, et avec elle l’espoir de survie de l’Afrique.

    • Texte publié sur le site de l’Organisation de la Renaissance pour la Conscience Africaine