Réflexions angoissées sur l’Éburnie en dérive – Vision 4 : Laurent et Alassane ?

Laurent Gbagbo et Alassane OuattaraLe rêve est-il possible?

Combien d’Ivoiriens vous ont déjà vu de près?
Combien ont bénéficié de vos largesses ou partagé votre repas?
Qui de vous deux a la capacité de ramener à la vie toutes ces personnes surprises par la mort, massacrées sans raison valable!
Combien de cadavres? Quel décompte macabre vous faut-il pour abréger les souffrances de pauvres gens qui ne demandent qu’un peu de quiétude pour chercher leur pitance quotidienne, loin des flonflons et des vrombissements de vos chevaux de fer!
A moins que votre but, le fin du fin, ne soit de régner sur nos tombes? A condition bien sûr d’être l’un ou l’autre, le dernier des Mohicans!

Vous seuls, et personne d’autre, aucune communauté internationale ou africaine, oui, je dis bien personne d’autre que vous ne peut arrêter la machine infernale, la grande faucheuse qui broie quotidiennement des enfants d’ici, rebelles ou patriotes, LMP ou RHDP, Simples citoyens Lambda, mais avant tout fils et filles de cette terre d’Éburnie.

Rebelles, Miliciens, Patriotes,
Une Jeunesse sacrifiée?

Où sont donc passées notre conscience morale et notre responsabilité vis-à-vis de cette jeunesse?
Depuis 1990, quelle alternative avons-nous offerte à la violence qui a pris corps au sein de notre future élite?
Nous leur avons enseigné leurs droits; mais les devoirs vis-à-vis de la Nation qui en a parlé; qui en a fait une exigence pour vivre ensemble? Apparemment personne !
Notre Université transformée en champ de bataille depuis 20 ans a désormais débordé de son lit, se déversant dans la vie politique, dans la presse, son pendant, et dans notre quotidien avec des méthodes éprouvées au fil d’élections universitaires.
Et surtout, ces jeunes combattants « machetteurs » d’hier, qui paradaient sur les campus en quête de traitres à leur cause, ont désormais investi les rues de nos cités, les journaux, transposant à grande échelle, leurs guerres de positionnement.
Qui ne reconnait pas les différents leaders de cette jeunesse démocratisée à coup de meetings et de descentes punitives dans le conflit politico-militaire qui nous décime depuis 2002?
La FESCI instrumentalisée est devenue une arme redoutable. En son sein a surement germé le meilleur, mais nous découvrons chaque jour le pire.
Ces étudiants, ces syndicalistes, ces gamins d’hier nous tiennent en joue, qu’ils soient chef rebelle ou général patriote.
Kalaches contre « Mains nues », lance-roquettes contre machettes, grenades lacrymogènes contre lacry-baoulé, amulettes contre eau bénite, tout y passe.
Notre sort se dessine et se remanie chaque jour, au gré de leurs convictions, de leurs arrangements et de leurs intérêts.
Une chose est certaine, nous avons assisté impassible à l’escalade de la violence sur nos campus, puis dans nos lycées.
Mea culpa, mea maxima culpa pour l’Enseignante que je fus, et qui voyant venir cette catégorie de novices, ai pris la clé des champs.
Visionnaire, démissionnaire ou lâche, nous l’avons tous été, à un moment ou à un autre, face à cette jeunesse nourrie au lait de la violence, du laisser aller et des compromissions diverses avec notre autorité parentale ou celle d’éducateurs.

Face à notre faiblesse, eux comme des enfants gâtés écoutaient avec amusement nos timides réprimandes, voire nos excuses, qui arrivaient juste après avoir condamné leurs dérives.
Forts de nos hésitations, ils se remettaient à faire mieux ou pire que la veille, c’est selon.
Ils se livraient à une véritable surenchère, et plus nous reculions, plus ils nous acculaient.
Nous voici maintenant au cœur de leur folie, finement instrumentalisés par leurs maitres, à qui ils échappent parfois, au passage.
Multiplions à présent nos prières pour ne pas tous sombrer dans cette folie collective.

Réflexion angoissée ou rêve éveillé!

Je l’ai dit plus haut, la clé de sortie de cet enfer quotidien est entre les mains de deux hommes.
Il leur appartient de nous laisser tous bruler jusqu’au dernier des Mohicans, ou de se tendre la main, et ensemble nous donner du souffle pour respirer.
Mais pendant ce temps, que faisons-nous?
Devons-nous assister immobiles et muets à notre propre extermination ou devons-nous leur crier d’arrêter!
Oui, arrêtez!
Nous sommes fatigués de mourir si jeunes, nous sommes fatigués d’être orphelins, fatiguées d’être veuves.
Nous sommes écœurés d’être remplis de ressentiments, de haine et d’envies de vengeance, écœurés de nous dresser sans raison les uns contre les autres et d’oublier un passé récent de fraternité.
Épuisés, nous le sommes à compter tous ces morts, à porter nos baluchons de ville en ville, à traîner notre errance jusqu’aux pays voisins, à mendier notre pain quotidien sur une terre si riche.
Arrêtez!!! Trop, c’est Trop!
Ça suffit!

Où sont les artisans de paix?

CEDEAO, UA, ONU, UE, médiateurs proches ou lointains, tout le monde en a eu pour son grade dans le casse-tête ivoirien.
Des accords, à profusion, nous en avons signés, des espoirs mort-nés, des rêves éveillés pour une fin de crise si proche…et si lointaine à nouveau.
Avons-nous conscience d’agacer prodigieusement les autres avec notre entêtement d’enfants gâtés?

Où sont les artisans de paix ivoiriens?

Où se cachent nos sages en ce moment, nos chefs et rois éclairés, nos guides religieux inspirés, nos femmes médiatrices agitées?
Existe-t-il encore des hommes et femmes du milieu, sans couteau entre les dents, capables de tisser un pont de liane pour rapprocher ces bords qui s’éloignent irrémédiablement?
L’heure des artisans de paix a sonné.
N’ayez pas Peur!
Sortez de vos prisons d’a priori et tentez l’impossible, le premier pas compte, il est décisif.
N’ayez pas peur des accusations, des soupçons de trahisons, des classifications rapides et idiotes.
Sortez de votre torpeur!
La mort est fascinante, mais elle n’est pas plus puissante que la Vie.
Nous sommes au bord du gouffre, et le vide est aussi attrayant que la mort.
Ne cédons pas au reflexe des éphémères en nous coupant les ailes pour un suicide collectif.

Choisissons de vivre!
Choisissons de survoler la cohue!
Choisissons d’aimer notre pays!
Choisissons de construire notre communauté!
Choisissons de marcher ensemble sans nous piétiner!
Choisissons d’être des Humains!
Tout simplement!
Personne d’autre que nous ne doit tailler un destin sur mesure pour nous.
Il n’est écrit nulle part que nous soyons définitivement condamnés à être les Damnés de la Terre!

Je recherche à nouveau ces artisans de paix qui m’ont impressionnée par leur patriotisme, en juillet 2003. Après huit heures de discussions à Yamoussoukro, entre frères d’armes, vous m’avez permis de coucher d’une main émue et épuisée, le communiqué de presse qui sanctionnait votre rencontre et ouvrait la porte à la fin des hostilités entre FDS et FN.
Je sais, Colonel Bakayoko (Grade en 2003; Général de Division; Chef d’état major des Forces armées des Forces Nouvelles) et Lieutenant-colonel Mangou (Grade en 2003; Général de Corps d’armées; Chef d’état major des Forces de Défense et de Sécurité) , vous vous souvenez de cette journée mémorable.
Je ne puis en dire plus.
Mais je reste profondément persuadée qu’en vous retirant en vous, en allant dans les recoins cachés de votre être, vous trouverez les mots et la sagesse pour dire à vos ainés que la Guerre n’est pas l’unique chemin pour notre Salut.

Parce que vous connaissez, mieux que quiconque, les atrocités de cette sale guerre, vous trouverez les bonnes images, les meilleures formules pour changer le dernier épisode de ce film noir qu’on nous projette actuellement.

Aucun de vous n’est un va- t-en guerre!

Je sais de quoi je parle pour avoir été Consultante, Conseiller en communication des deux Commandants de la MICECI, la Mission de la CEDEAO, du 1er février 2003 au 31 mars 2004.

Les Généraux au front sont aussi des Conseillers avisés de Rois. Ils ne peuvent ni ne doivent se confiner au rôle d’exécutants, sinon ils se font coresponsables du drame silencieux des peuples soumis au feu et au fer.
Les Généraux peuvent et doivent être des Artisans de paix.

Qui côtoie la mort connait le prix de la Vie.

Suspension de la réflexion, ce soir du mercredi 23 mars à Abidjan, 20h45.
J’attends vos contributions, vous qui ne dites rien mais qui n’en pensez pas moins…