Réflexions angoissées sur l’Éburnie en dérive – Vision 2 : passé récent

Probo KoalaLa démocratie, en Afrique, une arme de destruction massive?!

Après le Navire Probo Koala qui a déversé des déchets toxiques dans le District d’Abidjan, faisant des dizaines de morts en aout 2006 et des milliers de personnes encore et toujours empoisonnées;

Après novembre 2004, où un déluge de feu de la Force Licorne s’est abattu sur des centaines de jeunes manifestants à l’Hôtel Ivoire;
Après une rébellion qui depuis 2002 prolonge une agonie sans fin des habitants de ce pays;

Après des élections calamiteuses en octobre 2000, et un 24 décembre 1999, ouvrant la porte au premier coup d’état réussi en Côte d’Ivoire, un Noel sans effusion de sang avait-on dit à l’époque;

La porte de l’enfer se serait-elle ouverte définitivement sur la Côte d’Ivoire?
Avec qui prenions –nous rendez-vous ce jour où nous avions réclamé et obtenu cette chose qui se nomme DÉMOCRATIE.

Démocratie ou démoncratie?

Comment se fait-il que nous ayons omis de réclamer aussi le mode d’emploi de ce nouveau remède? Pourquoi n’avions-nous pas pris le temps de lire la notice pour en connaitre les effets secondaires?

Sûrement la précipitation, comme toujours…
Une fois de plus, les bons petits négrillons ont cédé à la précipitation, incapables de s’accorder le temps de jauger ce remède miracle que l’on nous faisait miroiter comme la solution à tous nos maux.

Le « vent de l’Est », comme tous ces courants qui ne montent jamais de nos mers tropicales, qui ne soufflent jamais à partir de nos terres pourtant si fertiles, a une fois de plus arrosé notre équateur, balayant Père de la Nation, Président à vie et autres partis multiséculaires.
Voici venus des temps nouveaux aux manières tout aussi étranges que surprenantes.
Conférences nationales, déballages et emballages à grande échelle. Peu de survivants, mais beaucoup de rancœurs pour nous sauver du déluge, de la débilité des pensées et discours uniques.
Ce vent a ouvert violemment les bouches contraintes au silence depuis un quart de siècle et plus. Et, dans une longue expiration pleine d’insultes, d’invectives et de menaces, nous avons craché le venin.
Ce « vent de l’Est » a soufflé violemment, passionnément sur des mosaïques humaines qui, en Éburnie, n’avaient pour unique ciment, qu’un homme, un Vieillard, un Sage d’Afrique.
Un Père que nous croyions et voulions immortel tout en œuvrant à le précipiter dans l’au-delà, l’achevant à coup de grèves et de marches quotidiennes.
Nos semelles usées sur les pavés de la cité finirent par user ses nerfs, et en moins d’un trimestre, il céda en signant notre acte de majorité.
Un Père, fût-il puissant, pouvait-il continuer à brider la libido de tous ses enfants, excités comme de jeunes poux trentenaires alors que lui était déclinant et presque grabataire?
Nous l’avons eu ce VIEUX! Voleur! Assassin! Menteur! Pas Sage pour un sou en cette terre d’Éburnie!
Oui, nous l’avons insulté et tué cette année-là.
Nous l’avons eu ce jour-là.
Fini, achevé, nous avons terrassé le Bélier, le monstre politique qui tenait nos pères en laisse depuis 1945.
Fini, le Père de la Nation, mort le Mythe, terminée la Légende, clos le Chapitre d’un long et pénible Monologue.
Plus d’unanimité, plus de fidélité, plus de docilité!

Wahué, Abanan, Ebié, Ènaho…

Démocratie parricide!

Et Vive la liberté…
Plus de Père, désormais que des Fils.
Voici venu le temps des jeunes loups affamés, aux dents longues…

1990, le 30 avril exactement, je me souviens encore, de cette joie inconnue jusque-là, qui m’inondait le cœur, envahissant mon univers mental quelque peu embué par des rumeurs folles…
Cette nuit-là, la télévision nationale, l’unique, depuis toujours et pour toujours peut-¸être, annonçait l’application du fameux article 7:
LOI Nº 60-356 DU 3 NOVEMBRE 1960 PORTANT CONSTITUTION DE LA REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE. Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leurs activités librement sous la condition de respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie, et les lois de la République de la Constitution sur le multipartisme.
Un boulevard s’ouvrait vers la liberté, la voie royale vers la Démocratie passait par le multipartisme.
Une clameur a salué cette aurore, au bout d’une longue Nuit.

Et déjà, une victime, prémices à tant d’autres.
Le jeune lycéen Kpéha Domin, tombé sous les balles de la police à Adzopé.

Puis, Thierry Zébié, soumis à la lapidation telle une épouse adultère.
Étudiant ou Loubard, le voilà offrant son dernier soupir, en victime expiatoire d’une époque révolue et annonciatrice de temps nouveaux.
Une mort captée en direct sur notre même écran, signe des temps nouveaux et des nouvelles mutations de notre paysage audio-visuel.
A nouvel air, nouveau traitement des informations.

Le sensationnel à la sauce ivoirienne, balancé sans égard pour le téléspectateur du 20heures.
Le rendez-vous familial violé sans état d’âme.

Avait-il une mère, des frères et sœurs, une petite amie? Peu importe! C’est un Loubard, a-t-on décrété, et point final. .
Ça ne se discute pas…

Ensuite, cette nouvelle méthode d’expédition punitive affublée du nom d’article 35, à savoir 10 francs CFA pour la boite d’allumettes et 25 pour le sachet de pétrole.
Et le verbe se fit chair, la chair braisée vive jusqu’à ce que mort s’en suive.

Vive notre multipartisme naissant, rouge du sang de la liberté retrouvée, et forte des odeurs et du fumet des chairs braisées ainsi que des rancœurs accumulées au fil de frustrations nouvelles.

A suivre…