La banque, instrument financier ou outil politico-économique ?

Philippe-Henri Dacoury-TableyLes banques revêtent aujourd’hui un intérêt particulier pour tout Ivoirien. Les banques ont fermés, plongeant [la population] dans un dénuement total. Plus d’ argent parce que les banques sont à court de liquidités, pénurie de liquidité liée à la fermeture de la compensation interbancaire multipolaire par la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Définissons tout d’abord ces deux institutions, objet de notre développement.

Une banque est une entreprise qui fait le commerce de l’argent: elle reçoit et garde pour le compte de ses clients leurs capitaux, propose divers placements (épargne), fournit des moyens de paiement (chèques, carte bancaires, etc.) et de change, prête de l’argent, et plus généralement se charge de tous services financiers. Les banques sont soumises à une législation stricte d’exercice et de contrôle. Elles assurent pour l’État la traçabilité des opérations financières et contribuent à la lutte contre les trafics.

La banque centrale d’un (ou de plusieurs) pays est une institution chargée par l’État (ou un ensemble d’États dans le cas d’une zone monétaire comme la zone Union Economique et Monetaire Ouest Africaine (UEMOA) de décider d’appliquer la politique monétaire. Elle joue tout ou partie des trois rôles suivants:

• assurer l’émission de la monnaie fiduciaire et contribuer à fixer ainsi les taux d’intérêt ;
• superviser le fonctionnement des marchés financiers, assurer le respect des réglementations du risque (ratio de solvabilité) des institutions financières (en particulier des banques de dépôts) ;
• jouer le rôle de banquier de dernier ressort en cas de crise systémique.

En résumé, la banque est un business privé, tandis que la Banque Centrale est une institution à connotation étatique: c’est la banque des banques. Plus que jamais, la crise ivoirienne est en train de faire tâche d’huile, de par la gravité des actes posés en vue de faire plier le régime de La Majorité Présidentielle [de Laurent Gbagbo]. Souvenons-nous seulement que tout commerce, à plus forte raison un commerce d’argent, a pour fondement la confiance. En effet, nous sommes nous seulement demandés les retombées de pareils actes ?

Rompre le contrat de confiance entre un citoyen et l’établissement censé gérer le fruit de son labeur est un acte lourd de conséquences. Le secteur bancaire en portera les stigmates pour longtemps encore. Combien d’entre nous sont encore prêts à confier leurs économies à un établissement financier ? Aucun fonctionnaire n’a daigné laisser une partie de son salaire dans son nouveau compte. Faut-il s’en étonner? Tout client de banque fermée n’attend qu’une seule chose, pouvoir retirer, quelque soit les efforts à fournir, l’essentiel de son épargne. C’est ce qui nous a été permis de constater depuis la réouverture de la Bicici où, malgré le plafonnement des retraits, les épargnants bravent vents et marées pour effectuer quotidiennement le retrait du montant maximal autorisé.

Cette déstructuration du marché bancaire est d’autant plus grave que l’Etat de Côte d’Ivoire a engagé des processus de nationalisation forcée des trois plus importants établissements financiers du pays [à savoir, la SGBCI, la BICICI et la SIB]. La mamelle nourricière est ainsi rompue, car [ces trois banques] étaient si dynamiques, c’est tout simplement parce qu’elles bénéficiaient de la largesse de la surface financière et capitalistique de leurs maisons mères. Finis les prêts subventionnés aux entreprises et aux entrepreneurs, finis les découverts à tout bout de champ, finis les crédits à la consommation qui faisaient le bonheur du petit fonctionnaire. Fini donc de tout ce qui rendait ces banques si attractives. Un marché truffé de banques nationalisées demeure-t-il toujours attractif pour les investisseurs?

Souvenons-nous que la Côte d’Ivoire était le pays de l’UEMOA capitalisant la plus grande épargne privée avec un peu moins de 50% de l’épargne privée, faisant des établissements ivoiriens l’eldorado de tous les hommes d’affaires de la sous-région.

Tant il vrai qu’il est dit dans la Bible que tu te couperas la main si c’est elle qui te pousse au péché, il n’en demeure pas moins que se couper la main est un acte aux conséquences irréversibles. A trop vouloir le pouvoir, l’on gouvernera un pays avec de trop profondes stigmates.

« Les leviers économiques et financiers sont l’arme du peuple contre les gouvernements, et non des gouvernements contre le peuple ». On pourrait reprendre cette parole de Jerry Rawlings, ex-président ghanéen, en disant que les leviers économiques ne devraient pas être l’arme des gouvernements contre des gouvernements.

Que Dieu aide les Ivoiriens à laisser vivre la Côte d’Ivoire.