Armée ivoirienne : républicaine ou partisane ?

Général Philippe Mangou, Chef d'Etat-Major des Forces de Défense et de Sécurité de Côte d'IvoireUne armée est une administration qui est chargée de la défense du territoire d’un pays. L’armée joue le rôle de défenseur de la nation, de ses intérêts et de protection de la population. Les Forces Armées de Côte d’Ivoire, anciennement Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI), regroupent quatre forces que sont les forces terrestres, la gendarmerie de Côte d’Ivoire, les forces navales et les forces aériennes.

Depuis le début de la rébellion armée de septembre 2002, ces forces ont fait corps avec les autres entités paramilitaires pour former les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), ceci dans le souci de faire un dans la défense du pays. L’armée ivoirienne est alliée aux forces armées nigérianes, angolaises, sud-africaines et à Israël qui est devenu le principal fournisseur et formateur des forces ivoiriennes.

[Aujourd’hui], notre armée est à un tournant décisif de son histoire. [Un bilan historique s’impose donc:]

* Dans le début des années 1970, feu Kragbé Gnagbé, leader du parti d’opposition de l’époque le PANA (Parti National Africain), proclame la République d’Eburnie dans les environs de la région de Gagnoa. Les affrontements avec l’armée, avec à sa tête l’officier Ouassenan Koné, ont fait [au moins] 4.000 morts (chiffres sujet à polémique….) du côté des paysans et partisans du PANA de Kragbé. Ensuite il y a eu des officiers de l’armée condamnés à mort à la prison de Dimbokro pour “tentative de coup d’état” contre feu le Président Félix Houphouët-Boigny, qui amnistie ses officiers [2 ans plus tard]. Pour se prémunir d’un coup d’état, [Houphouët-Boigny] limite volontairement les effectifs de l’armée. Quand souffle dans les années 1990 le “vent de démocratie”, une des plus grandes erreurs du grand stratège politique qu’est Houphouët-Boigny est de faire sortir l’armée des casernes et de permettre à celle-ci de côtoyer au quotidien les populations civiles en vue de mieux diriger ce nouveau vent venu d’Europe de l’Est.

* En mai 1991, le campus de l’université a connu trois journées de tension et de violents affrontements entre les étudiants et la police [que] les forces de sécurité les ont brutalement dispersés. Plus tard, le 17 juin [de la même année], l’armée, conduite par [le Colonel] Robert Gueï, a mené un raid nocturne brutal à la cité universitaire de Yopougon. Gueï sera promu général et chef d’état-major peu de temps après. En 1992, [le Général] Guei repousse des attaques de mercenaires libériens à l’ouest du pays et sécurise la frontière avec le Liberia.

* A la mort de [Houphouët-Boigny] en 1993, la Côte d’Ivoire est dirigée par Henri Konan Bédié, qui suscite des rivalités personnelles avec Robert Guéï, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, avec [en fond de toile] des problèmes ethniques (à la mise en place en 1995 du concept d’ivoirité, ces luttes ethniques, que Félix Houphouët-Boigny s’est toujours attaché à éviter, au profit de la construction d’une ‘”nation” ivoirienne, débouchent en 2002 au conflit politico-militaire).

* En décembre 1999, [Bédié] est renversé par Guei Robert (pour le compte d’Alassane Ouattara – selon les dires) qui dès lors instaure la prise de pouvoir par la force en Côte d’Ivoire. Les premières distensions au sein de l’armée se font sentir en juin 2000 avec “le complot du cheval blanc” où Guei accuse les généraux Palenfo, Coulibaly et leurs proches au sein de l’armée de vouloir installer [Alassane Ouattara] à la tête de l’Etat. En 2000, après les élections, Guei s’autoproclame président mais la population s’y oppose. La garde prétorienne de Guei tire sur les civils, avant que le gros des troupes [militaires] ne fasse volte-face et prenne position pour le peuple. Guei est chassée du pouvoir et abandonné par ses frères d’armes dont [le Général] Doué Mathias qui sera nommé Chef d’Etat-Major par Laurent Gbagbo.

* En janvier 2001, une tentative de coup d’état échoue. L’’armée se montre fragile vue sa réaction et les divisions en son sein sont de plus en plus palpables. Le 19 septembre 2002 une “mutinerie” qui s’avère être une tentative de coup d’état se transforme en rébellion avec des milices armées, qui ont pris le contrôle d’une partie du territoire ivoirien. Le [Mouvement Populaire de Côte d’Ivoire] (MPCI) de Guillaume Soro est historiquement la première de ces milices à sévir sur le territoire ivoirien. Cette milice agit en étroite collaboration avec le Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP) et le Mouvement Populaire Ivoirien pour le Grand Ouest (MPIGO), réunis sous le vocable de “Forces Nouvelles” [nom attribué à ces groupes rebelles par le juriste et homme politique français Pierre Mazeau, lors du Sommet de Linas-Marcoussis en janvier 2003]. La capacité de l’armée à contenir cette attaque fragilise les populations qui commencent à douter de l’efficacité de leur armée. Suite à cette attaque, plusieurs officiers, hommes de rangs, soldats et personnel militaires (Gueu Michel, Tuo Fozié, Koné Zakaria, etc…) rejoignent la rébellion.

* En novembre 2004, l’attaque des forces aériennes des FDS (dans la tentative de reconquête du territoire) sur le [cantonnement rebelle voisin] des forces françaises d’interposition à Bouaké (…) débouche sur une crise entre les soldats français, d’un côté et l’armée ivoirienne et des civils de l’autre côté. Suite à cette crise, d’autres officiers rejoignent la rébellion (Yao Yao Jules, Doué Mathias…). [Plus tard, à l’occasion de l’Accord Politique de Ouagadougou de Mars 2007], Soro Guillaume est nommé Premier Ministre [de Laurent Gbagbo]. L’armée gronde mais reste à l’écoute de son président “pour ramener la paix”.

* En novembre 2010, les résultats du scrutin accouchent d’un président proclamé par le Conseil Constitutionnel (Laurent Gbagbo) et de son rival autoproclamé (Alassane Ouattara), soutenu par la communauté internationale (Union Européenne, CEDEAO, ONU, etc…). L’armée reste soudée derrière la constitution |et donc derrière Laurent Gbagbo], à part une infime partie des siens qui rejoint une fois de plus la rébellion. Dès cet instant, elle est considérée comme une “force pro-Gbagbo” [par les médias internationaux] et est la principale cible des manifestations insurrectionnelles de la part du Rassemblement des Houphouétistes (RHDP) de Alassane Ouattara [dont les dernières particulièrement meutrières du 22 février 2011].

[Aujourd’hui, il y a lieu de véritablement s’interroger: l’armée nationale est-elle dans le vrai? En d’autres termes, la Côte d’Ivoire dispose t-elle d’une] armée républicaine ou partisane? [La question reste posée…]

  • Par Yog Bony