Le langage tambouriné africain ancêtre d’Internet ?

Langage tambourinéOn est toujours plongé dans une fascination et un sentiment de culpabilité lorsque nous, Africains et Afrodescendants, peuples du monde ouverts aux trésors de la diversité culturelle et des civilisations redécouvrons les merveilles des Maya, de la Chine millénaire, et l’infinité des civilisations africaines. Le langage tambouriné est de ces techniques et savoir-faire que les Africains inventèrent dans des temps immémoriaux et dont il reste encore des bribes de pratiques de nos jours.

Qu’est-ce donc que ce langage tambouriné ? C’est l’exact opposé des clichés habituels figurant des Africains trimballant leurs Djembé, sautillant, dodelinant de la tête et de tout leur corps, jouant faux et sans structures, ni espace référent, sans destination… En fait les sociétés africaines, beaucoup d’entre elles tout au moins avaient adopté des codes de communication très précis permettant de diffuser des messages sur des dizaines de kilomètres voire plus, entre villes, campagnes, pays, clans, etc.

Ces codes avaient pour support principal le tambour, dont le jeu, résultat d’une formation souvent liée à des rites initiatiques contenait des règles précises dans la transmission de messages et information. Ordre, syntaxes, rythme, intensité, silences, tous ces éléments rentraient en compte dans la rédaction et le déchiffrage du message expédié par un émetteur qui maîtrisait les instruments de réception du destinataire.

L’universitaire africain de Côte d’Ivoire et regretté Georges Niangoran Bouah avait creusé cette orientation anthropologique et créé le concept de drummologie pour ces connaissances érudites. Ce féru de culture Akan considérait le langage des tambours comme une écriture sonore -drummophonie- dotée de garanties de fiabilité que le profane peine à imaginer. Ces paroles tambourinées, provenant d’instruments auxquels la tradition accorde un sexe, mâle ou femelle selon leur rôle dans les cosmogonies attachées, une fois traduites sur en texte écrit deviennent une drummographie. L’étude de ces textes, la drummologie est un maillon essentiel pour la compréhension profonde des sociétés africaines anciennes complétant les sources orales, archéologiques, matérielles.

Très tôt les Africains ont compris la nécessité d’élaborer des protocoles de communication sécurisant leurs échanges d’informations à longue distance : décès, maladies, urgences, guerres, naissance, chasse, intronisations, etc. pouvaient être l’occasion de contact à distance.

Ainsi le langage tambouriné se dota t-il de bonne heure de bien des protocoles en usage dans le système Internet aujourd’hui : l’authentification -identifiant et éventuellement signature-, la correction, l’accusé de réception, les langages communs et les interopérabilités permettant de rendre accessible des messages envoyés à partir de supports plus ou moins proches [différences d’instruments]. Récepteurs et émetteurs, selon la clé de langage pouvaient fonctionner en réseau ouvert -type Internet-, fermé -type intranet- par exemple.

De plus, ces drummophones étaient conçus avec une importante ouverture dans le contenu potentiel puisque les tambours ont plus tard servi aussi aux catéchistes pour rassembler leurs ouailles ou aux chefs de villages dans la période coloniale et post-coloniale.

De là à ce que d’aucuns justifient que ce soit un Africain naturalisé Américain, le Nigérian Philip Emeagwali vivant aux USA, qui soit considéré comme le père de l’Internet, pour les travaux pionniers qu’il a fait, contribuant à rendre ce système utilisable pour le grand public, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas.

  • Texte : Afrikara. Édition : Ousmane Fall @ Pensées Noires.