Lettre ouverte à Messieurs Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara

Si tant est que votre intérêt porte sur la délicieuse, la désirée Eburnie, femme aux charmes affolants, comment osez-vous donc offrir le spectacle de sa nudité aux regards avides de prétendants irrespectueux ?

NOTE DE LA RÉDACTION: cette lettre poignante nous est parvenue d’une Ivoirienne anonyme. Nous la publions, en intégralité, avec quelques retouches de grammaire et de ponctuation. La version originale de cette lettre est disponible en PDF ici

IvoirienneJe suis jeune, relativement. Je viens d’avoir 30 ans dans un pays où on fait partie de la jeunesse à 45 ans. Je suis mère et cadre dans un contexte sociopolitique affligeant.

Je ne prétends pas livrer “l’ANALYSE”, mais livrer les affres provoquées en mon âme par le drame dont vous faites de nous les acteurs méprisés. [Quelle] désillusion et amertume quand le bien sert le mal pour asservir nos vies !

Nous avons choisi d’être muets quand toutes les valeurs qui nous ont porté sont dévoyées et que nous ne préparons que salissure pour nos enfants.

Prendre parti à quoi cela sert-il quand toutes les parties ont déjà été prises à parti pour leur nombril d’affamés de pouvoir et surtout de CFA, faisant, de ceux qui sont les sujets apparents de cette lutte approximativement menée, des oubliés ? Notre voix est étouffée dit-on.

Je refuse de me terrer dans ce silence, pour ma part, coupable. J’élève ma voix fluette de trentenaire pour refuser d’être spectateur criminel de la perdition qui deviendra héritage de ma progéniture, quand de vrais idéaux sont pervertis et que ceux qui doivent en être les porte-voix encensent la médiocrité ou se font complices d’une négation identitaire préalable à toute ouverture.

A ceux qui se proclament et s’autoproclament, j’aimerais vous le dire avec ma voix dont l’écho restera sans doute silencieux :

J’en ai marre, marre que par votre faute, notre Côte d’Ivoire ne devienne pas, marre que vous nous livriez en spectacle ridicule à des peuples avides de sensations et d’expériences nouvelles. Marre que vous permettiez que toutes les revanches antiques trouvent aujourd’hui leur théâtre.

J’en ai assez que vous refusiez de vous remettre en cause et que vous portiez en vous les mêmes vices, les mêmes blessures et les mêmes ambitions masquées sous des « idéologies » différentes.

Si tant est que votre intérêt porte sur la délicieuse, la désirée Eburnie, femme aux charmes affolants, comment osez-vous donc offrir le spectacle de sa nudité aux regards avides de prétendants irrespectueux ?

La vie vous offre l’opportunité de laisser vos décisions être dictées par la sagesse et la dignité dont vous semblez également avoir oublié l’essence.

Souvenez-vous du célèbre jugement de Salomon !

Il est des combats qui ne s’improvisent pas, Monsieur. Votre hardiesse, votre brusquerie, votre art pâtissier, autant que les compromis auxquels vous avez consentis, sont loin d’être étrangers à ce vaudeville que vous nous faites vivre !

Quant à vous, Monsieur, nous avons cru à la beauté et à l’élégance de votre discours, pour nous rendre compte de la patronymie de vos choix diplomatiques et gouvernementaux, mais plus triste encore, du siège de votre légitimité.

De vous deux qui demandera qu’on coupe le bébé ? Qui renoncera à lui pour le maintenir en vie ?

Ne compliquons la réponse simple qui se pose à ce dilemme simple. Partir pour quel mal ? Rester pour quel bien ? Pour nous, et pour l’heure, aucun bien ne restera de cette crise indigeste.

Soyez dignes, quittez l’horizon de vos ambitions personnelles et ouvrez les yeux pour constater que vous nous tuer !

Monsieur, si vos idéaux sont aussi nobles que vous vous évertuer à le démontrer sur des ondes contraintes d’être acquises à votre cause, vous comprendrez que perdre une bataille peut permettre de gagner toute la guerre. Le soutien qui vous aurait été acquis sans défaillance, vous l’avez bradé au détour du campus et de la rue princesse. Peut-être, sortir des fours de la boulangerie, en tenant un discours ouvert, en admettant vos erreurs, vous aiderait à trouver de nouveaux soldats qui livreront leur âme non pas pour vous mais pour l’honneur de la patrie. Ce combat mérite d’être mené, mais en êtes-vous capable ?

Monsieur, vous, que vous dire et que dire de vous ? Pourquoi en dépit de l’adulation dont vous faites l’objet, votre mal [n’est-il toujours] pas extirpé et continue de vous hanter, faisant de vous un exilé de votre république ? Je vous demande de ma voix fluette de ne pas être fossoyeur de la moribonde Eburnie. Qui sont donc ceux qui s’incarnent en vous, fondamentalement, exclusion faite de ceux qui ont porté leur voix vers vous, en raison du dépit et du mépris suscité par votre colistier ? Qui êtes-vous ? Pourquoi tenez-vous tant à cette femme qui vous refuse ses faveurs ? Oublions la politisation des discours et livrez-nous la vérité de vos motivations et de vos ambitions ! Je m’interroge et j’observe, de mes yeux immatures et je déduis [que] vous vous êtes égarés à l’intérieur de vous ; votre marche vers le Grand Œuvre s’est interrompue pour peu que vous l’ayez déjà amorcée, car vous avez osé mettre à sang le Carmel ivoirien !

Vous êtes [tous les deux] la déception de mes trente ans et avec moi, celle de la génération qui a décidé d’être muette.

Qui que vous serviez, l’exemple du Christ n’est heureusement pas contesté dans aucune des religions officielles que vous dites pratiquer, il a renoncé à sa gloire pour être l’un des nôtres, il a donné sa vie en rançon.

Regardez avec la même froideur que vous [nous regarder] et vous verrez la réalité de la pauvreté de vos ambitions pécuniaires et de pouvoir [et donc,] par conséquent, du but que vous avez donné à vos deux vies.

Si pauvres que vous n’offrez que ruine à cette femme désireuse de livrer toute sa volupté, vous sentez-vous, réellement, face à la simplicité de [qui vous êtes], dignes de diriger ce peuple ivoirien ?

Vous m’irritez, m’agacez, me désolez.

Hélas la faiblesse de mon vocabulaire me contraint à contenir la résonnance de mon sentiment et à arrêter là mon propos.

  • Une Ivoirienne de souche, peut-être pas, mais [une Ivoirienne] en colère. Epouse, mère, cadre, chrétienne et agacée