Laurent Gbagbo ou la naïveté en politique

I – Introduction

Laurent GbagboObservateur attentif de la crise ivoirienne, nous sommes de ceux qui ne sont pas allés à la soupe frontiste du Gbagboïsme, ni à celle du Bédiéïsme liquéfié et encore très moins à celle de l’Alassanïsme triomphant, dont les amitiés extérieures sabrent déjà le champagne de la victoire.

Pour n’avoir appelé à voter pour aucun des protagonistes de la crise ivoirienne, nous sommes moralement à l’aise pour exprimer nos doutes, notre méfiance et bien sûr notre avis sur chaque acteur politique dont les actes concernent la survie et l’existence de la Côte d’Ivoire ainsi que celle du peuple ivoirien.

Sans être l’un de ses courtisans, nous pouvons dire qu’il y a longtemps que nous observons Mr Laurent Gbagbo et sa refondation frontiste du FPI. Ce qui nous frappe en premier dans cette tragédie ivoirienne qui est aussi la sienne, c’est la conjugaison des imprévoyances qui ont conduit la Côte d’Ivoire et les ivoiriens au bord du gouffre.

Nous allons ici jeter un regard froid sur certains faits et tirer de nos observations quelques leçons pour l’histoire future de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. Nous agissons ici avec notre liberté de pensée, acceptant à l’avance la contradiction au niveau des idées, car les sociétés humaine évoluent par contradictions, c’est cela d’ailleurs qui nous différencie des animaux qui évoluent par instinct.

Dans cette démarche qui nous éloigne des flaconneries de cours et de courtisans. Nous commençons par faire ici le constat qu’arriver au pouvoir sans avoir exercé de grande responsabilité dans la sphère du pouvoir d’État, peut être un handicap de taille dans les prises de décisions. C’est le cas de Mr Gbagbo Laurent.

Il y a aujourd’hui en Afrique des hommes d’États dont le parcours politique force le respect parce que leur formation a été complétée par un passage dans les allées du pouvoir. Ils ont ainsi connu le fonctionnement de l’État de l’intérieur. Nous pensons au président Abdelaziz Bouteflika en Algérie. Au président Eduardo Dos Santos, d’Angola. Aux anciens présidents Abdu Diouf du Sénégal, au président Tabo Mbeki d’Afrique du Sud, et à Joaquim Chissano du Mozambique. Ils ont tous été des dauphins ayant eu accès aux alcôves du pouvoir avant d’être aux commandes des affaires d’Etat.

Certains nous répliquerons tout de suite que l’ancien président Henri Konan Bédié, était pourtant dans la sphère du pouvoir depuis son plus jeune âge?
Il faut simplement dire à la décharge de ce dernier qu’il est l’exception qui confirme la règle, il n’avait que la jouissance des avantages du pouvoir d’Etat comme but de vie. Il avait oublié que l’exercice du pouvoir donne aussi des devoirs.

Aller boire goulûment son champagne rosé, fumer des gros cigares et manger la viande de brousse dans son village de Daoukro, étaient pour lui plus importants que les affaires d’Etat. Il était exactement dans le même état d’esprit d’insouciance que le roi Sosso, Soumahoro Kanté, avant la bataille de Kirana en janvier 1235, ou le roi Mohamed Ali ben Farouk dans l’Egypte pré nassérien de juillet 1952. Il faut lui laisser ses petites casseroles ainsi que le PDCI-RDA, liquéfié dont-il ne sait plus quoi faire. C’est cela aussi le salaire de l’inconscience et de l’irresponsabilité en politique.

II – Revenons à Mr Laurent Gbagbo

Les conditions dans lesquelles il avait accédé au pouvoir devaient le pousser à protéger son pays des malheurs qui sont arrivés aux voisins de la Côte d’Ivoire. Dans les royaumes africains de l’époque médiévale le premier souci d’un souverain était de sécuriser les frontières de son pays.
Mr Gbagbo Laurent, qui se dit historien ne nous démentira pas que dans l’empire peul du Macina ou dans le sultanat de Sokoto la simple traversée d’une partie du territoire pour la transhumance des bêtes, pour aller vers un point d’eau ou un pâturage était soumise à l’autorisation de la Dina, c’est-à-dire au conseil régional ou National qui exprimait l’autorité non négociable de l’Etat.

La Côte d’Ivoire dans ce sens ressemble à un pays bizarre, frappé d’une sorte de bizarrerie congénitale qui fait que tout le monde peut y entrer soit pour s’installer sans autorisation, pour pisser ou cracher son venin en toute impunité sur la place publique. Bref on demande aux ivoiriens d’accepter ce que même la république des chiens n’acceptera pas.

En laissant les frontières du pays ouvertes et trouées comme une passoire. L’État refondateur et Gbagboïste a rendu un grand service aux forces centrifuges qui n’avaient que l’affaiblissement de la Côte d’Ivoire comme but de survie.

Pourquoi le Pr. Laurent Gbagbo, n’a-t-il pas sécurisé les frontières de la Côte d’Ivoire ? Le président du Burkina Faso, le Capitaine Blaise Compaoré, nous a dit avoir averti le président ivoirien de la présence, dans son pays de déserteurs de l’armée ivoirienne, pourquoi rien n’a été fait pour les réintégrer ? L’armée ivoirienne était dans un dénuement total, y compris les munitions au moment de l’attaque du pays dans la nuit douloureuse du 18 septembre 2002.

Le président ivoirien, connaissait-il la réalité de cette situation ? Et si oui qu’a-t-il fait ? Car á ce niveau de responsabilité il ne peut pas nous dire aujourd’hui qu’il ne savait pas. Ce serait beaucoup plus grave d’ajouter le déshonneur à la stupidité. Le Président de la République n’est-il pas le chef des armées et le garant de l’intégrité territoriale du pays ? Où est l’intégrité physique de l’État Ivoirien aujourd’hui ?

Tous les ivoiriens cherchent aujourd’hui encore des réponses à ces questions de simple bon sens sur lesquelles les refondateurs deviennent aveugles, sourds et muets à la fois. Tous nos morts nous interpellent pour que le Président de la République, ses courtisans, ses amis frondeurs, refondateurs gbagboïstes et frontistes expliquent aux ivoiriens cette naïveté qui conduit à l’irresponsabilité de laisser l’armée d’un pays dans l’incapacité de le défendre face à une rébellion qui conduira à la partition de notre pays, pour finalement faire de Soro Guillaume, le Premier ministre de la Côte d’Ivoire.

C’est un pays affaibli et à plat ventre qui a finalement donné une légitimité à la rébellion, voilà une situation choquante, inacceptable et surtout impardonnable au FPI et à son professeur président Laurent Gbagbo. Nous insistons pour redire encore que quand le pays avait été attaqué nuitamment le 18 septembre 2002, l’armée ivoirienne manquait de tout jusqu’aux munitions, ne parlons même pas de ses vieux fusils de la coopération française qui étaient aux rebus de la seconde guerre mondiale. Ne parlons même pas aussi de l’eau et de l’essence pour les véhicules militaires.

Quel est donc ce pays bizarre qui pense qu’il peut se défendre avec des armes périmées venant d’un pays qui a été occupée pendant sa propre guerre et qui après toute honte bue avait eu recours aux africains pour se relever ? Il n’y a que Laurent Gbagbo pour croire à la coopération franco-africaine et ce n’est que bien fait pour sa naïveté.
Quel est donc ce pays bizarre dont les dirigeants sont frappés d’une sorte de cécité mentale qui fait que, l’idée de défendre leur pays des convoitises de leurs voisins ne leur vient même pas à l’esprit ? Aujourd’hui par la faute de Gbagbo Laurent et des refondateurs du FPI, des pays voisins désertiques sont exportateurs de café et de cacao.

Ils sont heureux et aux anges, ces voisins désertiques, qui font semblant de nous aider à régler nos problèmes, mais en réalité Ils prient longuement tous les soirs et en sueur de transe pour que la crise ivoirienne perdure dans le temps, car c’est une aubaine pour eux. Exactement comme l’apparition d’un lac en plein désert. Voilà où la naïveté de la refondation frontiste et gbagboïste, a conduit la Côte d’Ivoire.

III – À propos de l’ivoirité et des ivoiritaires

Selon nous, le Président professeur d’Histoire, aurait dû prendre ses distances de ce maudit concept qu’est l’ivoirité en politique et cela dès son entrée au palais présidentiel, afin d’être véritablement le président de tous les ivoiriens. M. Henri Konan Bédié, le fondateur de l’ivoirité en politique avait expliqué à la table ronde inter ivoirienne de Linas Marcoussis en janvier 2003.

« Que l’ivoirité a un contenu strictement culturel et ne peut être considéré comme une arme de combat contre les étrangers vivant en Côte d’Ivoire. Le but de l’ivoirité était, selon son propriétaire politique. de cultiver et de promouvoir une atmosphère d’authenticité nationale ».

Le problème ici est que devant les dérives de ce maudit concept qui a fait tant de mal au corps social de notre pays, concept flou et brumeux qui a mis le feu à la maison commune, le silence des refondateurs, qui ne l’ont pas condamné fermement, et qui ont semblé le reprendre à leur propre compte, a considérablement terni l’image de notre pays et du régime frontiste de la refondation Gbagboïste, gbagbotiste et Gbagboïsante.

L’une des grandes questions que nous nous posons aujourd’hui encore, est de savoir s’il était vraiment utile de rompre les équilibres fragiles de la nation pour promouvoir une identité nationale ivoirienne ? Quel sens donner au silence du FPI devant les (soi-disant) tracasseries administratives dont étaient victimes des ivoiriens originaires du nord de la Côte d’Ivoire dont la police déchirait sans ménagement la carte d’Identité pour faire d’eux des apatrides?

L’ivoirité, est en réalité un concept de redéfinition de la nationalité ivoirienne, sur des bases de relent nationaliste et d’exclusion de ceux qui ne sont pas des ivoiriens de souche. Comme la préférence nationale dans l’extrême droite française. C’est un concept débile qui a fait beaucoup de mal au corps social de cette nation fragile qu’est la Côte d’Ivoire, il a été inventé et introduit en politique par les houphouëtistes, avec l’ancien président Henri Konan Bédié à leur tête.

(Peut-être que) Le but inavoué et indigne de ce maudit concept était de barrer la route au Dr Alassane Dramane Ouattara. L’un des autres buts de cette manœuvre sordide était aussi de permettre à ces gens, qui n’ont aucun sens de l’état, ces houphouëtistes du dimanche qui avaient des quotas d’exportations de café et cacao sur la production nationale, dont nous connaissons la culture de gestion, d’asseoir un droit de propriété sur la Côte d’Ivoire.

Nous nous insurgeons contre ce concept. C’est le germe de l’ivoirité qui a détruit le vivre ensemble et pousser les ivoiriens les uns contre les autres.
Un pays ne peut pas renier une partie de sa population sans se renier lui-même. Nous avertissons tous nos médiocres petits apprentis sorciers du dimanche que toutes les tentatives pour aller dans le sens de l’ivoirité fragiliserait et exposerait le pays à des profonds bouleversements qui seront dommageables pour tous les ivoiriens.

IV – À propos du désarmement

Nous le disons ici encore une fois et nos écrits sont encore là pour témoigner de notre attachement à la vérité, qu’il fallait désarmer les rebelles pour rassurer les populations, qui ont vécu sous la menace des armes. Il faut désarmer ceux qui ont pris les armes, afin de sécuriser le pays et prévenir ainsi le risque d’un prochain conflit.

Pour cela les protagonistes du conflit devaient créer les conditions d’un dialogue utile qui rassure les ivoiriens et permette le déroulement du scrutin dans un pays libre et réellement pacifié, par le désarmement, la démobilisation et l’encasernement des rebelles.

Dans l’histoire partout en Afrique, là ou il y a eu élection sans désarmement, on finit toujours par utiliser les armes en circulation pour le conflit à venir. Le Burundi, le Congo et l’Angola sont des pays qui ont vécu dans leur chair cette triste réalité. Faire du désarmement un préalable et être intransigeant sur ce point pour aller vers des élections justes et sans coercition telle fut notre position il y a un an.

Nous n’avons pas été écouté. Certains esprits tordus nous avaient dit que c’était du verbiages de notre part. Où en sommes nous aujourd’hui ? Car en Afrique on écoute plus les laudateurs partisans, avec les conséquences que l’on sait. En sont temps certains de nos compatriotes nous parlaient de la France et de l’ONUCI, dans le contrôle et la certification des élections en veillant à la liberté de vote pour chacun.

Compter sur L’ONU pour régler les affaires intérieures d’un pays, est la plus grande forme de naïveté sur la terre.

L’ONU avait soutenu l’assassinat de notre frère le président du mouvement national congolais et premier ministre, Patrice Emery Lumumba. L’ONU avait soutenu et accepter l’élection contestée, d’Hamid Karzai, le 2 novembre 2009 en Afghanistan. Alors qu’elle savait très bien que c’était un homme corrompu jusqu’à la moelle et ancien collabo du défunt régime des talibans.

Cette même ONU, n’a-t-elle pas autorisé les Khmers rouges du Kampuchéa à siéger à New York jusqu’en 1991 alors que par l’invasion Vietnamienne de 1979 le Kampuchéa n’existait plus. Soit près de 12 ans après la chute de la République Khmer du Kampuchéa démocratique, dont les atrocités sont connues de nous tous.

Quelle est la valeur aujourd’hui de cette communauté internationale qui en diverses occasions avait foulé elle-même des deux pieds les principes d’éthiques de sa propre charte ? Un homme normal se pose ce genre de question. Nous sommes persuadés que nos contradicteurs ne répondront même pas à ces simples questions de bon sens mais s’agripperont à leurs jugements habituels par manque d’une argumentation cohérente liée à la bonne foi. Celui qui a des arguments ne menace pas, il les expose tout simplement, dans la vie moderne.

L’histoire contemporaine nous enseigne que là où il y a eu désarmement avant les élections, les espoirs de paix ont trouvé un terreau pour s’enraciner durablement et conduire les peuples déchirés à la raison, dans une seine respiration qui fonde la démocratie, pour les aider à reprendre leur marche dans le temps et la paix retrouvée dans une étreinte avec l’avenir. Il n y a jamais eu de désarmement au Liban où certaines milices sont plus équipées que l’armée nationale libanaise, pensez vous que ce pays connaîtra la paix dans ces conditions ?

Du Cambodge au Salvador, du Guatemala au Nicaragua en passant par le Liberia et la Sierra Leone, des exemples concrets sont devant nous, il n’y a que chez nous en Côte d’Ivoire où malgré les échecs en grandeur nature qui sont sous nos yeux, au Burundi, en Angola et au Congo, on pense qu’on peut aller aux élections sans désarmement. Quel est donc ce pays bizarre qui fait tout à l’envers et s’étonne des malheurs sans fin qu’ il reçoit en pleine figure?

Malheureusement on avait trouvé des ivoiriens intelligents qui au nom de leurs petits intérêts, sordides, mesquins et de leurs petits calculs politiques, personnels, particuliers, partiels et parcellaires, se sont obstinés à nous conduire dans des souffrances inutiles en proclamant urbi et orbi que le désarmement pouvait attendre, les élections d’abord. Les résultats du fiasco sont aujourd’hui sous nos yeux.

Voilà le résultat catastrophique d’une cécité politique que les ivoiriens doivent tous payer au prix fort. Quel est donc ce pays bizarre qui fait tout à l’envers et s’étonne des malheurs sans fin dont il est le sujet ?

V – L’Avenir des relations entre la Côte d’Ivoire et la France

Il ne s’agit pas ici d’accuser la France de tout et de n’importe quoi. La Côte d’ivoire est un pays majeur et les ivoiriens veulent vivre dans un monde qui est lui aussi majeur. Ils refusent aujourd’hui les accords de tutelles qui lient leur pays à la France. Sur ce plan beaucoup d’ivoiriens se reconnaissent dans certains actes du Président Gbagbo, malgré la naïveté que nous lui reprochons.
Que les marchés publics soient attribués aux entreprises qui proposent un bon prix avec du matériel de qualité. Que ces entreprises soient Japonaises, Américaines, Canadiennes, Chinoises, pakistanaises, tunisiennes ou Indiennes, peu importe. La Côte d’ivoire ne doit pas être un pays réservé à la France. Sur ce plan même le chien dans la rue d’Abidjan ne nous contredira pas.

Ceux qui cherchent à nous niquer avec des vieilleries repeintes et qui veulent comme au temps du commerce muet, échanger l’or, l’ivoire, les perles, les peaux de crocodiles, le gingembre et les poivres du golf de Guinée contre des verrerie, des morceau d’étoffes, de l’eau de vie, des pacotilles et autres babioles, se trompent d’époque.

On peut dire tranquillement ces choses simples sans être un pro-Gbagbo. Car les mêmes propos s’expriment ouvertement à Douala, à Brazzaville, à Lomé, à Cotonou, à Conakry, à Niamey ou à Tombouctou. Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la France. Nous voulons exister simplement chez nous aussi avec un minimum de dignité, sans quémander pour vivre.

Tous les africains sont unanimes pour reconnaître, qu’ils n’ont pas d’avenir dans ce genre de relations qui ne profitent qu’aux intérêts français. La France doit se détromper et savoir une bonne fois pour toute que les ivoiriens ont plus de considération pour leurs excréments que pour un tel système d’échanges dans lequel ils n’ont aucun futur pour eux et leurs descendants.

Parce que ce système est fondamentalement déshonorant, humiliant, passé, surpassé et dépassé, par la mondialisation et les réalités marchandes, qui régissent les relations entre les hommes et les peuples. Cependant n’était-il pas mieux d’ouvrir des négociations avec la France pour poser franchement les problèmes au lieu d’une attaque frontale.

Face à un pays dont nous connaissons tous le goût du profit, le mépris qu’il porte depuis des siècles dans son âme pour l’homme noir et sa grande capacité de nuisance, quand il voit ses intérêts menacés par un plus faible que lui ? Nous le disons ici tout net que ce fut une erreur à la fois naïve et lamentable de Mr Laurent Gbagbo et des refondateurs gbagboïstes, frontistes du FPI.

La Côte d’Ivoire, n’est pas opposée à la France, et nous sommes plus que sincère en l’exprimant. La Côte d’Ivoire ne souhaite aucune rupture de ses relations avec la France. Mais les ivoiriens sont en majorité opposés á l’immixtion de la France dans les affaires ivoiriennes et à la main mise de la France sur leur pays.

Nous sommes aujourd’hui persuadés que tout retour en arrière sur ce point, provoquera un affrontement plus que sanglant, qui fera de nombreuses pertes des deux côtés. Certains souhaitent ouvertement, que sonne l’heure de ce face à face comme une sorte d’exorcisme pour que le démon français quitte définitivement le corps politique de la Côte d’Ivoire, comme au Rwanda.

Puisse que la France et ses pantins locaux semblent avoir choisis cette solution d’aplatissement du peuple ivoirien, il faut qu’ils sachent avec courtoisie et sans aucune véhémence, que c’est cela l’inacceptable pour les ivoiriens. Car c’est de leur faute et par leurs comportements irréfléchis que les rapports de force ont été modifiés à l’avantage de Mr Laurent Gbagbo, qui habite aujourd’hui encore le palais présidentiel d’Abidjan dans un imbroglio sans fin.

C’est aussi de leur faute que Mr Alassane Ouattara et son Gouvernement sont dans la souricière du Forum Golf Hôtel d’Abidjan. Comment la France et ses alliés locaux vont-ils se débarrasser d’un Mr Laurent Gbagbo, décidé à mourir dans le palais présidentiel ? Quelles leçons la crise ivoirienne procure-t-elle à l’Afrique ?

VI – Les Leçons pour l’Afrique

Tout président de la république Française qui pense dans sa grosse tête que les africains vont travailler aujourd’hui dans leurs plantations de coton, de cacao, d’arachide, d’ananas ou de café pour lui envoyer l’argent de leur travail pour financer sa campagne électorale se trompe d’époque. Les africains de Houphouët, à Bongo, Mobutu et consort, ont fait ce chemin avec les résultats que l’on sait. Basta et finito.

La grande erreur de Sarkozy et de la France a été de téléphoner à Mr Laurent Gbagbo pour lui dire 10 minutes après la proclamation contreversée des résultats par le président de la CEI, qu’il mettait un avion à la disposition de Gbagbo pour son départ. Cette forme d’ingérence révolte même ceux qui ne veulent pas voir Gbagbo en photo. Le soutien de la France n’est plus l’évangile en Afrique. Il est même un handicape dans l’opinion africaine.

Il faut toujours se méfier de celui qui veut faire votre bonheur à votre place. La crise du Biafra nous enseigne que la France avait décidé de verser de façon unilatérale les redevances pétrolières qu’elle devait au gouvernement fédéral nigérian au chef de la rébellion sécessionniste du réduit biafrais le Général Odumegwu Emeka Ojukwu. Dans quel but, évidemment que cela saute aux yeux, car cet argent devait retourner en France pour acheter les armes que la France livrait cyniquement au Biafra.

Aujourd’hui nous faisons tous le constat que le franc CFA est un piège et que la France peut unilatéralement bloquer les avoirs de n’importe quel pays africain membre de cette zone monétaire en cas de divergence avec les intérêts français. Il y a longtemps que cela devait nous donner à réfléchir, et voilà que cette décision permet aux aveugles africains de retrouver la vue.
Au Rwanda on avait voulu maintenir Habyarimana, un ami de la France et son ethnie au pouvoir, nous connaissons tous la tragédie découlant d’un tel choix. Le génocide rwandais nous enseigne et cela n’est pas contesté que :

l’opération turquoise française n’a rien fait pour empêcher les militaires et les miliciens du génocide de s’installer avec armes et bagages à quelques kilomètres du Rwanda.

– L’ autorité Hutu en fuite de la Banque nationale du Rwanda, a pu retirer en six prélèvements des sommes importantes à la Banque de France et à la BNP 2737 119,65 FF du 30 juin au 1er août 1994, pour la Banque de France 30 488 140,35 FF.

– La commission d’enquête de la société civile française se demande comment des responsables du génocide en fuite et recherchés de par le monde, peuvent arriver à Paris et oser effectuer des retraits bancaires, au nom d’institutions qu’ils ne dirigent plus ? Le problème de la légalité et de la légitimité dont la France se fait le champion aujourd’hui est vraiment à l’ordre du jour dans sa coopération avec l’Afrique.

Ces sommes importantes, n’ont-elles pas alimenté des achats massifs d’armes françaises, pour alimenter la reconquête du pouvoir par les Hutus comme hier au Biafra ? Se sont des simples questions qui ressurgiront demain.

Les dirigeants politiques français doivent comprendre que le temps des intimidations est terminé. C’est notre frère le président Paul Kagamé lui-même qui le dit dans une adresse à l’Afrique et au monde au Stade Amahoro de Kigali le 6 avril 2004.

Le Rwanda avait rompue courageusement ses relations diplomatiques avec la France, qui est aujourd’hui encore accusée d’avoir soutenue le génocide Tutsi au Rwanda. Une réconciliation avec ce petit pays ne sera pas facile car la France trouvera difficilement des fantoches pour trahir l’équilibre précaire de ce pays, et puis le Rwanda a sa propre monnaie, le franc rwandais géré par sa propre banque centrale. Le Rwanda connaît les limites du franc des colonies françaises d’Afrique.

Les petits politicards gesticulateurs de petite taille de Paris en France doivent comprendre que le temps où ils choisissaient qui devait diriger nos pays africains est bel et bien terminé. On peut dire ces choses simples tranquillement sans boire le café avec Laurent Gbagbo, tous les matins. Enfin peut-on perpétuer des Bokassa, des Mobutu, des Bongo et des Eyadema indéfiniment dans nos pays africains en connaissant les échecs en grandeur nature de ce système ?

Quel visage aura la France, si elle intervenait en Côte d’Ivoire pour régler dans le sang une situation de politique intérieure qui ne concerne que les ivoiriens ? Quant à la CEDEAO et à l’Union africaine elles sont depuis longtemps en position d’hors jeu.

Quelle sera la position de la France demain au Tchad ou au Gabon si la commission électorale proclame un vainqueur et qu’après recours la cours constitutionnelle Tchadienne ou gabonaise proclame un autre vainqueur ?

Toutes ces questions doivent trouver des réponses maintenant pour prévenir les catastrophes de demain.

Nous disons cela sans être pour autant un antifrançais et encore très moins un Gbagboïste de Mama, le village natale de Laurent Gbagbo.
Dans le combat entre la légalité et la légitimité actuelle en Côte d’Ivoire, ne faut-il pas rappeler que les Khmer rouges étaient à l’ONU au nom du Cambodge dans un ridicule sans nom. Ne faut-il pas rappeler aussi à nos amis français que le gouvernement provisoire du général De Gaulle à la Libération du 3 juin 1944 au 20 janvier 1946 était tout à fait légitime.

Car dirigé par celui qui avait conduit la résistance Française aux cotés des alliées, mais n’était pas légal au regard des lois françaises car n’étant pas issu d’élections libres au suffrage universel direct. Que nos contradicteurs nous traînent dans la boue si cela n’est pas un brin de vérité.

Au regard de ce qui précède, nous demandons aux autorités françaises de sortir de cette prison humiliante et indignent dans laquelle elles s’enfoncent depuis des années. Changer de lunettes pour avoir un autre regard sur l’Afrique. Car l’entêtement des autorités françaises mettra Dramane Ouattara, dans la situation du Shah d’Iran face au Dr Mohamed Mossadegh, dans la crise sur la nationalisation du pétrole iranien le 14 mars 1951.

Le Dr Mossadegh est aujourd’hui vénéré comme un martyr, alors que le nom Pahlavi, du Shah in Shah aryennes est celui qu’on donne aujourd’hui aux chiens à Téhéran. Nous avons simplement ici voulu interroger l’histoire pour ne pas commettre les mêmes erreurs du passé.

Notre but en rappelant ces faits est de renforcer l’idée de liberté et d’indépendance de l’immense tiers monde dont nous sommes les fils, car nous sommes convaincus que ce bas monde peut évoluer positivement sans que les puissants ne transforment les pays plus faibles en un immense champs d’expérimentation western dans lequel la loi du plus fort serait toujours la meilleure.

Ceux qui sont atteints de cette maladie qu’on appelle la paresse intellectuelle trouveront que nous sommes longs dans l’exposé des faits. C’est pour eux que nous allons conclure pour plaire à leur incapacité à voir loin en commençant par voir ce qui est devant leurs yeux.

VII – Postulat de conclusion générale

Une nuit d’entre les mille et une nuit, Shéhérazade racontait à son royal époux l’histoire d’un naufragé qui s’éveillait sur une plage déserte. Ses pas le conduisirent à une ville dont la porte était ouverte. Les sentinelles, figées, ne lui prêtèrent aucune attention et le laissèrent passer. Il interpella le premier passant qu’il rencontra.

En vain l’homme ne bougeait pas et ne répondait pas. Plus loin des groupes de gens restaient sur place sans esquisser un seul geste. Le silence lugubre qui pesait sur la cité inquiéta le naufragé. Son angoisse tourna à la panique quand il comprit que tous les habitants étaient pétrifiés comme des statues. .

Ce conte nous revient souvent à l’esprit quand nous voyageons en Côte d’Ivoire. D’Abidjan à Bouaké, de Daloa, à Ferké, de Bongouanou à Daoukro, d’Adzopé à Abengourou, de Toumodi à Yamoussokro ou à Man. Nous constatons que les ordures ménagères sont à la même place depuis plusieurs années. C’est aussi cela la refondation. ( comme c’est aussi cela le prix de la rébellion )

Les mêmes eaux usées sont à la même place, la poste est incapable de vous payer un mandat de 10 000F cfa même télégraphique, obligeant les abidjanais à s’orienter vers les sociétés de transport pour acheminer leurs courriers. La lagune Ebrié est devenue un marécage nauséabond qui ne dérange personne.
Bref tout nous semble immobilisé dans un passé lointain. Impression que nous partageons avec de nombreux compatriotes de la diaspora ivoirienne et africaine. C’est comme si le triomphe de la médiocrité avait définitivement arrêté l’évolution de la société ivoirienne, brutalement gelé la pensée et éternellement fixé les mœurs.

Dans le récit de la belle et astucieuse Shéhérazade, le naufragé apprenait qu’une sorcière vindicative avait envoûté la métropole et ses habitants. Il décidait de se lancer à sa recherche afin d’obtenir d’elle la rupture du charme et de la libération du peuple… Telle est aussi, selon nous, la quête des élites politiques ivoiriennes, du FPI, au PDCI, du RDR au MFA jusqu’au PIT.

En vérité ce dont la Côte d’Ivoire à besoin, ce n’est pas une adaptation ou un aggiornamento comme on dit souvent, mais une levée des chaînes, une libération des initiatives pour reconstruire le vivre ensemble, renforcer la cohésion de la nation, une remise en route de la pensée figée, qui nous a conduit à cette guerre absurde et insensée, au cour de laquelle des ivoiriens ont tué et torturé d’autres ivoiriens.

Bref, une libération et un retour à l’esprit d’ouverture et de discussion qui ont fondé la civilisation humaniste de ce pays qui a accueillit des ressortissants des pays voisins, vivants en frères et sœurs dans une nation qui est aujourd’hui un projet commun dans un destin à construire en commun, loin des anathèmes et autres exclusions dont les résultats sont devant nous.

C’est cela qui nous conduit à rejoindre dans la pensée l’immense sociologue et historien français Alain Touraine : « les conflits sont créateurs de rapports sociaux, étouffez les conflits et vous aurez la violence en permanence et non l’harmonie ».
La révolution française de 1789, fut dans ce sens un conflit qui modifia considérablement les rapports sociaux à l’intérieur de la société française.

Etre naïf en politique, c’est croire que ceux qui sont en face de vous sont sincères et de bonne foi.

C’est croire à la force impartiale de l’ONU et à la coopération avec la France. Il faut vraiment être Gbagbo Laurent pour croire que Soro Guillaume et sa rébellion après avoir tué et éventré des ivoiriens veulent le bien de la Côte d’Ivoire. Ils avaient dit ouvertement qu’ils ont pris les armes pour qu’Alassane Ouattara, soit le président de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui c’est chose faite à l’hôtel du golf.

Puisse nos élites nous conduire vers la paix et l’harmonie en facilitant la réconciliation entre ivoiriens, pour la renaissance d’une Côte d’Ivoire, digne, libre et prospère pour tous ses habitants. Tel est notre lecture sans ménagement du comportement du professeur et historien, président, KOUDOU Gbagbo Laurent, devant la réalité de l’exercice du pouvoir politique en Côte d’Ivoire, depuis le 26 octobre 2000, jusqu’ à nos jours.

Merci de votre aimable attention.