La trahison des clercs… ivoiriens : de l’excessive politisation des intellectuels de Côte d’Ivoire

Mamadou KoulibalyEn 1927, dans son classique La trahison des clercs, le philosophe français Julien Benda sonnait une alarme des plus retentissantes à l’endroit des intellectuels français. Il les exhortait à se défaire de leurs passions politiciennes, afin de mener à bien leur mission critique et la mettre au service de la société.

Le chef-d’œuvre de Benda pourrait servir à tous les intellectuels de langue française, notamment les intellectuels ivoiriens [1]. En effet, le constat de la conversion massive des élites intellectuelles ivoiriennes en responsables politiques est un des plus déplaisants pour ces quelques personnes qui espèrent encore un contre-pouvoir apolitique citoyen.

Cette reconversion n’est pas récente. Après 1960, le contexte postcolonial requérait de doter le pays en cadres nationaux capables de prendre le relais de l’administration française, notamment dans le domaine de l’éducation. La vision de Houphouët-Boigny était de prioriser la formation des élites en les envoyant dans l’Hexagone, afin qu’elles renforcent leurs capacités déjà acquises à la jeune université d’Abidjan.

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Aller jusqu’au bout : le résistant et le désenchantement permanent

« Le patriotisme, ce n’est pas le fait de croire aveuglement aux choses que nos leaders nous disent et font. Cela n’est rien d’autre que la stupidité qui permet de remplacer le sens de quelques grands concepts par des mots vides aux accents abrutissants et mis à la disposition de lâches flagorneurs. » – Lawrence W. Reed

Manifestation "patriotique" d'Ivoiriens à la CPIVoilà presqu’un an que le régime de la Refondation est tombé sous les feux d’une coalition internationale ayant porté Alassane Ouattara au pouvoir. La Côte d’Ivoire connaît depuis un climat politique délétère et chaque jour sa dégradation menace d’altérer le climat politique national de manière profonde, durable et générale. Le désarroi et l’inquiétude viennent de ce que la Côte d’Ivoire a depuis longtemps perdu des pratiques politiques qui l’avaient longtemps fait passer pour une exception, dans un continent dont bien des régimes politiques ont eu du mal à se plier aux exigences de l’Etat de droit et à de saines et incontestables compétitions électorales. Alassane Ouattara se comporte comme un roi, décidant tout seul de tout.

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Plumes d’or

Plume d'orPlumes d’or aux 10 essais politiques (sur les 350 publiés sur notre plateforme) qui nous ont le plus séduits en 2011. Nous les commentons ici, par ordre chronologique, en excluant les nôtres afin que, pour une fois, charité bien ordonnée commence par autrui.

La folie d’une guerre sans gloire : à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan BédiéWayourou Zadi-Pauyo (25 février 2011)

2011 retiendra que certains Ivoiriens ont essayé de prévenir les dégâts d’une guerre en Côte d’Ivoire, en appelant les citoyens à prendre leurs responsabilités. Exemple : ce puissant texte de Wayourou Zadi-Pauyo, qui dès sa publication sur Pensées Noires, a causé un véritable déferlement d’argumentations (notables pour leur diversité, leur qualité et leur politesse, ce qui n’est jamais gagné d’avance) que vous ne lirez malheureusement plus, notre plateforme s’étant définitivement séparée des commentaires Facebook. Néanmoins, la passion avec laquelle l’auteur accuse chacun des trois “grands” responsables politiques ivoiriens appelait surtout le peuple à entreprendre ce qui aurait certainement été une vraie révolution : dépasser les clivages partisans, dégager le trinôme président et sauver la nation. A terme, le courage populaire aura fait défaut, mais ce coup de gueule reste le point d’ancrage littéraire de l’avant 11 avril : sincère, profond, critique et poétique tout en un.

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Législatives ivoiriennes : tous perdants

Mamadou Koulibaly (LIDER), Alassane Ouattara (RDR), Laurent Gbagbo (FPI), Henri Konan Bédié (PDCI)Aux souvenirs d’une amie française qui, pendant les présidentielles de 2010, nous interpellait sur la question démocratique ivoirienne, nous admettons, bien malheureusement, que la démocratie est encore à son stade infantile en Côte d’Ivoire.

Oui, nous nous souvenons de 1990, du vent de l’Est, des conférences nationales et de la naissance officielle du multipartisme. C’était les premiers biberons. Mais depuis, la croissance démocratique ivoirienne s’est drastiquement estompée, en hoquetant lourdement, à chaque instant de son véritable test : les élections.

En fait, depuis que le terme “élection” est entré dan le jargon politique national, il ne s’est pas passé une seule traitre élection digne de ce nom en Côte d’Ivoire. Ni sous le parti unique, où le vainqueur était connu d’avance ; ni au tournant du millénaire, quand le vainqueur devait réclamer son dû “dans la rue” ; ni aujourd’hui, où la “victoire” dépend essentiellement de la position de France 24 sur la question.

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Franc CFA : et si Gbagbo avait écouté Koulibaly ?

Mamadou Koulibaly et Laurent GbagboLa dévaluation du franc CFA aurait-elle été d’actualité en novembre 2011, dix-sept ans après celle de 1994, si une réflexion sérieuse sur le franc CFA avait été apportée sous Laurent Gbagbo ? Cette question serait-elle l’objet de vives polémiques, aujourd’hui, si un nucleus, constitué de spécialistes locaux, avait été mis en place par le régime Gbagbo, non pas hâtivement, pendant la crise postélectorale, avec un ou deux prêcheurs de “nouvelle monnaie” sur les plateaux de la RTI, mais depuis 2000, puisque tel était écrit noir sur blanc dans le projet de société de la Refondation ?

On ne peut discuter ce sujet sans parler de Mamadou Koulibaly. Et bien sûr, on nous targuera encore de “LIDERship”… comme s’il était criminel de se poser les bonnes questions. On nous parlera peut-être même de “traitrise”, comme si l’urgence résidait dans la diabolisation émotionnelle d’un acteur politique entièrement libre de ses décisions. Or il y a urgence ailleurs…

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Le sens des responsabilités

Marthe Amon Agoh et Mamadou KoulibalyQu’est devenu le sens des responsabilités en Côte d’Ivoire ?

On savait ce pays comme envouté par un esprit de haine, de jalousie et de violence. On savait que certains des mouvements politiques ivoiriens en avaient fait un fonds de commerce depuis leur création. On savait même que ces pratiques avaient accouché d’une guerre meurtrière de trois mille personnes au bas mot. Mais on savait moins que certains des citoyens les plus respectés de ce pays allaient finalement ôter leurs tailleurs et costumes et pénétrer dans l’arène des gladiateurs démocratiques, armés d’épées verbales aux tranchants potentiellement néfastes.

Ainsi, comme si les Ivoiriens en avaient vraiment besoin, voici le désamour entre les partis LIDER et FPI en train de prendre des allures de guerre fratricide particulièrement inquiétante. Les opinions diffèrent sur les raisons qui ont occasionné le départ de Mamadou Koulibaly du parti créé par Laurent Gbagbo mais, de grâce, devait-on en arriver là ?

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FPI : la conscience de l’opposition

Laurent GbagboLe FPI serait-il en train de se réveiller de sa torpeur ? Il y a peu, au constat de la distance inavouée mais belle et bien perceptible qui sépare la base et le leadership du parti, nous nous demandions si ses militants prendraient un jour conscience de sa position actuelle ou bien s’ils continueraient de se dispenser d’une autocritique publique des années de “refondation” de l’appareil politique ivoirien.

Cette prise de conscience est enfin là. Elle aura pris le temps de l’indignation devant la capture inacceptable de Laurent Gbagbo, du refus de porter la nouvelle tenue de l’opposant, du malaise de la direction intérimaire dans ses prises de position, pour finalement se révéler via l’analyse avertie du sociologue Dédy Séri. L’enseignant-chercheur, dans un exposé intitulé Le péché de Laurent Gbagbo : avoir voulu décastiser le monde – datant du 7 août 2011 – se propose, à partir du projet de société du parti, de dresser le bilan du système de la Refondation. Il entend également rendre hommage « aux dignitaires LMP déportés dans le Goulag ivoirien », en argumentant une thèse qui « se veut aussi un rempart contre l’oubli et l’aliénation sous toutes leurs formes, à un moment de l’histoire nationale où, croyant le FPI mort et sur le point d’être enterré, des cannibales de tout acabit jubilent dans le secret espoir de pouvoir s’emparer de son corps ».

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FPI : le malaise de l’opposition

Ahoua Don MelloLes refus inconsidérés sont souvent sources de malaise. Posez la question au FPI, dont la base militante ne sait vraiment plus à quel saint se vouer, depuis que l’alchimie Ouattariste du “régner pour mieux diviser”, est en en train de semer trouble et confusion dans ses rangs.

Il y a encore peu, un certain Mamadou Koulibaly était “traitre”, “ennemi” et autres hyperboles que la paresse intellectuelle pouvait fomenter. Pourquoi alors le FPI n’est-il pas en train de vomir, de la même façon, le récent président par intérim qu’il a désigné ?

Parole de Miaka Oureto, ledit président, en réponse au discours du 07 août prononcé par Alassane Ouattara : « Si le Président de la République ouvre son cœur pour dire que nous devons aller à la réconciliation, qu’il lance cet appel à ses frères et sœurs du FPI et de LMP exilés au Ghana, c’est une main tendue qu’il faut saisir (…) Cela veut dire que (ceux) qui rentreraient ne seraient plus poursuivis ».

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Libérer le Franc CFA : le regard du philosophe sur la monnaie

Libérer le Franc CFALe regard du philosophe sur la monnaie et singulièrement sur le Franc CFA ne peut que compléter efficacement le regard de l’économiste. Quels sont les liens entre une monnaie et l’identité nationale ? Le monopole étatique sur la monnaie est-il fondé et intangible ? Au-delà, le monopole de la France sur le Franc CFA est-il moral ? Quelles autres voies plus libérales pourraient redonner aux populations leur souveraineté ? Alors que l’internet et la téléphonie mobile progressent de manière exponentielle en Afrique, la monnaie électronique pourrait -elle signer la libération de la Zone Franc particulièrement exposée à la domination étrangère ?

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Il était une fin… le Front Populaire Ivoirien ?

« Ce que je veux savoir avant tout, ce n’est pas si vous avez échoué, mais si vous avez su accepter votre échec » – Abraham Lincoln

Laurent GbagboLe relativisme qui caractérise nos sociétés modernes affirme que « toute croyance est fragile et que toute interprétation du monde est bonne à être déconstruite ». Dès lors, il induit la multiplication des rapports de forces et des batailles : aucun repère n’est davantage valable qu’un autre, aucun objectif clair ne se dégage, les mots eux-mêmes perdent de leur substance.

En Cote d’Ivoire les mots deviennent de plus en plus vides de sens. L’opposition politique cherche à se réorganiser sur les restes du pouvoir déchu de la Refondation. Les positions tranchées entre les Refondateurs, resté fidèles aux idéaux de la Refondation, et les Refondus, qui se sont laissés enivrés par l’argent et le pouvoir suscite chez l’observateur un certains nombres de réflexions qu’il convient d’exposer. Le but de la démarche n’est pas tant de prendre position pour un camp contre l’autre mais plutôt de faire en sorte que les opinions laissent place aux arguments. Le but final de tous étant le même : donner au pouvoir en place une opposition crédible et digne d’elle.

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Koulibaly : épouser l’alternative

« Les hommes peuvent atteindre un but commun sans emprunter les mêmes voies. » – Amadou Hampâté Bâ

Mamadou KoulibalyRevisiter la sagesse quintessentielle d’Amadou Hampâté Bâ pourrait constituer une retraite revitalisante pour bien des Ivoiriens

En effet, la décharge émotionnelle qui a suivi le départ de Mamadou Koulibaly du Front populaire ivoirien (FPI), révèle encore, si besoin était, combien la politique politicienne, à ses heures les plus sombres, constitue le véritable cabanon dans lequel le peuple ivoirien se maintient.

La plupart des analyses qui pleuvent, adulant ou martyrisant Koulibaly, ont en commun au moins une chose : la passion. Excessive, inspirée de l’affection personnelle que les uns prétendent avoir pour Laurent Gbagbo ou motivée par le bonheur des autres qui célèbrent bien précocement la mort de son parti, l’on constate, de part et d’autre, l’assujettissement des Ivoiriens à ce jeu passionnel de la politique morbide.

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Afrique : mais où sont passées les oppositions politiques ?

Quelle opposition en Afrique?Les sociétés du continent africain sont traversées par une vague de contestation vis-à-vis des autorités qui les dirigent d’une ampleur historique. En Afrique du Nord, des pouvoirs autoritaires, corrompus et sclérosés ont été remis en cause et renversés (Tunisie, Egypte partiellement) par des soulèvements populaires. La Libye continue à être le théâtre d’une telle contestation et, dans des contextes différents, l’Algérie et le Maroc n’échappent par à la règle. L’onde de choc de ce mouvement populaire de rébellion s’est étendue à l’Afrique subsaharienne, qui connait en cette année 2011 une série d’élections qui auraient dû canaliser cette contestation. Les processus électoraux de la Guinée Conakry ou de la Côte d’Ivoire ont cristallisé des revendications politiques vieilles de plusieurs décennies qui ont enfin trouvé à s’exprimer, mais de manière violente, surtout en Côte d’Ivoire. Au Nigeria, le processus électoral n’a pas permis de réconcilier les élites et la jeunesse urbaine pauvre, le scrutin opposant un cacique du parti au pouvoir incarnant tous les travers de la démocratie nigériane à un ancien putschiste. Conséquence : les élections nigérianes ont de nouveau été entachées de violences et de tueries. D’autres scrutins, moins médiatisés, ont avalisé sans trop de remous la perpétuation du pouvoir en place (Centrafrique, Tchad, Djibouti).

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Economie ivoirienne : faisons semblant

Alassane Ouattara« Quel Ivoirien va vouloir investir dans le pays dans les conditions actuelles de chaos ? Quel investisseur étranger va prendre le risque de lancer des activités ici, alors qu’il n’y a de sécurité pour personne ? »

L’économiste Mamadou Koulibaly ne semble pas être très impressionné par les 1300 milliards de francs CFA “offerts” par les bailleurs de fonds internationaux pour reconstruire la Côte d’Ivoire. Ni par les 64 milliards de francs CFA censés être décaissés dès ce mois de juillet 2011. Ni par les 12 milliards de francs CFA sécurisés sur un fond spécial pour dédommager les entreprises privées ivoiriennes.

Pourtant, ces chiffres relayés avec diligence par la presse gouvernementale veulent acquiescer l’idée selon laquelle la Côte d’Ivoire est résolument en train d’entreprendre sa relance économique.

Mais faut-il y croire ?

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FPI : le refus de l’opposition

Mamadou KoulibalyLe sociologue français Alfred Sauvy écrivait en 1978 dans La tragédie du pouvoir que « la démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser ».

Ce principe démocratique explique le nécessaire antagonisme entre pouvoir et opposition politique; il attribue à l’opposition une place bien distincte de celle tellement méprisée sous nos tropiques, qu’elle est devenue le souffre-douleur de ceux qui tiennent le pouvoir le temps d’un quinquennat.

En Côte d’Ivoire, le paysage politique redessiné depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo a plongé le Front populaire ivoirien (FPI) dans une posture d’opposant qu’il n’avait pas envisagé et qu’il refuse toujours d’accepter. La manifestation de ce désenchantement est visible à travers la recherche effrénée d’un “coupable”, d’une personne à qui l’on pourrait attribuer, en dehors du couple Ouattara-Sarkozy, la responsabilité des déboires actuels du régime déchu.

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Des difficultés de la réconciliation entre loups et agneaux

Gardez-vous, peuples libres, de ceux qui vous offrent une vérité parfaite ; ceux là portent les germes de la dictature.

Charles Konan BannyC’est à dessein que l’auteur n’a pas effectué trop de précisions quant aux applications géographiques de ce texte. La raison en est simple ; tous les hommes ont en eux une part de barbarie et c’est dans l’acceptation commune de notre violence innée que nous saurons bâtir, partout dans le monde, une coopération utile, bonne et nécessaire à tous, sans que nul apôtre ne tente de nous sauver bien malgré nous. A l’Afrique pourtant, berceau trop vite oublié de l’humanité, j’offre ces lignes et mes meilleurs espoirs ; puisse ce souffle palpiter dans d’autres cœurs que le mien et, ainsi, dépasser les mers et les montagnes.

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Mais où va donc Mamadou Koulibaly ?

Mamadou Koulibaly et Alassane OuattaraPourquoi Mamadou Koulibaly n’a-t-il pas assisté à la prestation de serment de Laurent Gbagbo, mais était présent à celle de Ouattara ? Du côté du RHDP, on revendique ce fait comme étant l’attestation que Koulibaly – reconnu comme intègre et rigoureux même par ses pires ennemis – « n’a pas voulu cautionner le hold-up électoral de Gbagbo ». Pendant ce temps, certaines voix pro-Gbagbo brocardent la trahison du député de Koumassi « parti rejoindre ses frères Dioula pour enterrer Gbagbo ». Rien que des balivernes de tribalistes moutonniers qui ont induit Gbagbo ou l’ont accompagné dans ses graves déroutes. Pour certains, Koulibaly s’est grillé, pour d’autres, il est la voix de la rédemption du camp Gbagbo. Qu’en est-il exactement ?

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Après le Conseil Constitutionnel ivoirien : revenir à la raison

Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara« Libérez Gbagbo ! »
« On veut Gbagbo ! »
« Pas de négociations sans Gbagbo ! »
« C’est Gbagbo le président ! »
« Yao N’Dré est un traitre ! »

Que d’injonctions péremptoires et d’accusations virulentes sont entendues et lues ci et là depuis la capture de Laurent Gbagbo par l’armée française, sa remise aux troupes de Ouattara et sa séquestration illégale à Korhogo. Et l’arrêt rendu hier par le Conseil Constitutionnel, qui proclame Alassane Dramane Ouattara Président de la République de Côte d’Ivoire, n’est pas venu calmer l’intense vague de révolte qui anime les partisans de Laurent Gbagbo, qu’ils soient Ivoiriens ou pas, loin de là !

Mais si l’émotion suscitée par les événements auxquels la Côte d’Ivoire est confrontée depuis plusieurs mois est compréhensible, il faut cependant savoir, à un moment donné, raison garder.

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La foule électorale ivoirienne

« Une démocratie a besoin de clivages. Mais de clivages sains. Les Ivoiriens savent juste qu’ils ne sont pas d’accord. Mais ils ignorent sur quoi. Comme de véritables foules électorales, les camps oscillent. Par exemple, tantôt on veut la paix. Tantôt on est prêt à mourir pour la cause. »

Foule électorale ivoirienneDe 1995 à 2010 en passant par 2000 les problèmes électoraux polarisent la vie ivoirienne. Ce stress passager d’une société démocratique qui voit se faire saillant les contradictions d’une société est devenu permanent pour les Ivoiriens. Les contradictions se font profondes. Non pas tant par leur pertinence mais par la durée du débat. Et voici le peuple ivoirien transformé en perpétuelle foule électorale. Une chose bien nuisible ! Il faut qu’on en sorte par la constitution d’une sorte de « corps social sain ».

La perpétuelle foule électorale ivoirienne, un danger pour la nation

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Côte d’Ivoire : le piège d’une réconciliation factice

« I cannot be an optimist but I am a prisoner of hope. »
– Cornel West

Réconciliation ?La réconciliation nationale constitue, sans aucun doute, l’un des chapitres les plus controversés de la crise ivoirienne.

Après avoir été victime de négociations torpillées, de budgets surévalués, de gouvernements surpeuplés, d’accords politiques gangrenés, de célébrations ampoulées [1] et d’élections controversées, la réconciliation (qui, pour l’heure, n’a pas connu le moindre succès) réapparaît depuis “l’assaut final” du 11 avril 2011, aussi bien dans les discours officiels que les conversations populaires.

Les pro-Ouattara, heureux de leur ascension au sommet du volcan, s’y retrouvent enfin ; les pro-Gbagbo, amers devant la réalité du désappointement, y confient leur destin ; les officiers militaires, tétanisés par les effets de leur trahison, y voient leur lendemain ; les croyants, démoralisés par la pénible épreuve de foi, s’y estiment contraints.

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L’armée française ne gagne que contre les Nègres

Armée française au port d'Abidjan (avril 2011)[Laurent] Gbagbo, comme [Salvator] Allende dans le palais de la Moneda au Chili en 1973, encerclé par les valets de l’impérialisme français, est resté. Là où tout le monde se serait enfui, Gbagbo est resté ! Avec sa femme, ses enfants et sa mère ! Parce qu’il est le seul président reconnu par la Constitution ivoirienne, parce qu’il n’a pas un appartement qui l’attend à Londres, à New York ou à Paris. Et pourquoi risquer l’arrestation s’il avait des milliards dans les banques suisses ? Il est resté pour vivre jusqu’au bout La Tragédie du Roi Christophe, et pour qu’enfin “le masque tombe” et que l’on découvre [Alassane] Ouattara, l’homme qui arrive au pouvoir dans un char français ; le président de l’ONU, celui qui comme sa femme est un étranger à la solde des puissances de l’extérieur. Car qui d’autre qu’un étranger, plutôt que de procéder au recompte des voix que Gbagbo appelait de tous ses vœux, aurait fait appel à une armée de mercenaires pour tirer sur son peuple ?!

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Comprendre la dévaluation du Franc CFA en 1994

En 1995, le Pr. Mamadou Koulibaly analysait l’environnement bancaire qui a conduit inéluctablement à la dévaluation du Franc CFA. Son analyse permet de comprendre l’enchainement de réformes et de circonstances qui a conduit à cette mesure. Un flash-back éclairant.

Monnaie Franc CFAQuelques mécanismes de surveillance du système bancaire dans les pays africains de la Zone Franc avant la dévaluation de janvier 1994

1/ Depuis la fin des années 1980, les économistes étaient unanimes à reconnaître que le Franc CFA était surévalué, même si leurs opinions divergeaient quant à savoir quel était le taux exact de cette surévaluation. Pour une économie comme la Côte d’Ivoire, leurs estimations allaient de 50 % à 150 % alors même que le pays franchissait sa décennie d’application de Programmes d’Ajustement Structurel [PAS] avec leurs différentes mesures d’austérité et de rigueur financières.

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Quelle souveraineté défendre en Côte d’Ivoire ?

Marché en Côte d'IvoireDans la cohue des slogans, des écrits, des revendications, des manifestations, des déclarations politiques qui se bousculent actuellement en Côte d’Ivoire, le mot souveraineté revient incessamment. Le problème ivoirien ne serait plus figé entre deux hommes, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il se situerait au niveau des pressions extérieures exercées par la dite « communauté internationale ». On ne peut certes nier les interférences externes qui ont contribué à la détérioration et à l’enracinement des positions radicales entre les deux camps adverses. Cependant, cette souveraineté fragile, voire inexistante face au reste du monde et singulièrement face à l’ancienne puissance coloniale n’est pas un fait nouveau dans le pays et aucun leader politique ivoirien ne s’y est vraiment attaqué depuis les indépendances. Alors même que le Président Gbagbo se présentait dans ses discours comme un fervent défenseur de la souveraineté de son pays, dans ses actes, il n’en a rien été.

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Gbagbo et Ouattara : entre cancer et sida, que choisir ?

Laurent Gbagbo et Alassane OuattaraVoilà bientôt trois mois que les Ivoiriens sont pris en otages dans une lutte féroce et sans pitié entre deux hommes politiques, dont les ambitions et les égos n’ont [d’égaux] que leur inconséquence et le manque de considération qu’ils portent tous les deux à leur pays et à leurs concitoyens.

Le dilemme Gbagbo Laurent ou Alassane Ouattara posé aux Ivoiriens est semblable à mettre [une personne] devant une situation où [elle serait] appelé à faire un choix entre le cancer et le sida. Comme on peut le voir, dans pareille [situation] le choix est tout sauf facile à faire.

Gbagbo Laurent ou Alassane Ouattara, choisir entre le cancer et le sida: pourquoi ?

Dans la situation actuelle de crise politique que vit la Côte d’Ivoire, Monsieur Gbagbo Laurent peut être assimilé à un cancer et Monsieur Alassane Ouattara au sida. Ceci pour plusieurs raisons que nous allons essayer d’expliquer et développer ici.

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La fermeture des banques va-t-elle porter le coup fatal à Gbagbo ?

[Le] Pr. Mamadou Koulibaly n’a pas été assez écouté dans son propre camp (…) Certains doivent aujourd’hui s’en mordre les doigts.

Société Générale en Côte d'IvoireLa stratégie de l’asphyxie financière du régime Gbagbo était annoncée depuis belle lurette. Cela aurait pu être étouffé dans l’œuf si les conséquences qui s’imposaient avaient été tirées de la guerre des 6 jours de la France contre la Côte d’Ivoire en Novembre 2004.

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En Afrique, tous les chemins mènent à la liberté

Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara, Henri Konan BédiéSur le continent africain, la démocratie a cruellement besoin d’être approfondie au-delà d’élections multipartites périodiques. La crise post électorale en Côte d’Ivoire enseigne, une nouvelle fois, que le suffrage universel n’est qu’une forme superficielle de la démocratie.

En effet, les élections attendues depuis 6 ans, présentées comme le sésame de la paix n’ont conduit qu’à la confusion d’une situation inédite au monde réunissant deux présidents de la république qui s’affrontent. Chacun ayant à son actif des irrégularités. Chacun ayant des raisons de croire qu’il est sorti vainqueur des urnes. Aucun n’ayant la mesure de sa responsabilité dans une situation qui est avant tout préjudiciable aux populations. Les orgueils figent le dialogue à demain, lorsque le nombre croissant de morts pourra susciter un flash d’humilité de la part de ces dirigeants qui oublient qu’ils ne sont que les serviteurs des populations qu’ils oppriment.

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La souveraineté monétaire des pays africains

PDF Français

« Le franc CFA maintient la zone franc en dehors de la mondialisation. Il est un frein au développement. » – Mamadou Koulibaly

Pr. Mamadou KoulibalyAu cours de cette conférence initiée par l’Association « Repères », je m’efforcerai de défendre la thèse suivante : Alors que les constitutions africaines proclament la souveraineté de leurs Etats et de leurs peuples, dans les faits, aucun d’entre eux ne décide de manière souveraine de sa politique économique. Ils demeurent soumis à la prééminence des contraintes venues de l’extérieur.

J’appuierai essentiellement mon exposé sur l’analyse de la souveraineté monétaire dans la Zone Franc. Les aberrations du système conduisent à des conséquences déconcertantes économiquement telles que des banques accumulant des surliquidités sur des marchés où les entreprises privées et les particuliers manquent d’accès aux crédits et où les Etats trouvent facilement financement.

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Franc CFA : les vertiges de l’affranchissement

« L’affranchissement ne s’improvise pas, encore moins le développement. Travaillons à la promotion d’un “made in Côte d’Ivoire” pour soutenir [d’abord] l’économie. »

Francs CFAOn entend de façon persistante que nous devons battre notre monnaie. Et oui ! « Le Ghana a sa monnaie, la Guinée a sa monnaie, tous les petits pays d’Afrique ont leur monnaie, pourquoi pas nous ? »

C’est en substance ce qu’on entend depuis un certain temps, de façon persistante, dans nos entourages, mais aussi par des élites ivoiriennes. J’ai été comme beaucoup d’Ivoiriens frappé par le nationalisme et le désir d’affranchissement de nos actuels gouvernants. Courage ! Courage ! Je loue leur courage. Et nous avons de très bons économistes dans ce sillage. De ces élites, nous avons le plus souvent entendu les dénonciations de pratiques colonialistes sur la gestion de nos réserves de changes au trésor français. Mais, comme le dit si bien la fable de La Fontaine, « La raison du plus fort est toujours la meilleure… nous l’allons montrer tout à l’heure ».

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Côte d’Ivoire : l’absence de vision politique responsable du chaos

Laurent GbagboLe 2 mai 2010, à la clôture de la fête de la liberté organisée par le Front Populaire Ivoirien (FPI), le Président Gbagbo a prononcé un discours dont un passage ne manquait pas d’interpeller. En effet, il affirmait que la vision en politique ne servait à rien car la politique, selon lui « c’est mettre le pied droit devant le pied gauche, puis le pied gauche devant le pied droit et ainsi de suite ». Les militants du FPI répétaient alors en cœur « le pied droit devant le pied gauche puis le pied gauche devant le pied droit ». Cette bonne humeur dissimulait pourtant une faille importante dans les choix de leur leader. Le fait de naviguer à vue a contribué à conduire le pays dans la violence et l’enlisement consécutifs à un processus électoral bâclé alors même que le thème de la 20ème fête de la liberté était : « Gagner les élections pour une Côte d’Ivoire libre indépendante et souveraine. »

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Démystifier Houphouët-Boigny

« Le pari est gagné, grand Houphouët-Boigny,
Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient
Soyez loué, grand Houphouët-Boigny
Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient
Six ans d’indépendance vous contemplent
Dans l’enceinte de tant de réalisations
Auteur de liberté de notre pays
Avec soumission
Nous vous glorifions… »

Félix Houphouët-BoignyD’une certaine façon, il est surprenant que les jeunes Ivoiriens n’aient plus à apprendre cet hymne du début des années 1960, chanté à la gloire de Félix Houphouët-Boigny, premier Président de la République de Côte d’Ivoire [1].

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