Élection présidentielle d’Alassane Ouattara : l’enjeu au-delà des chiffres

La victoire d’Alassane Ouattara aux élections présidentielles de 2015 n’a jamais fait l’ombre d’un doute pour quiconque suit l’actualité politique ivoirienne. La proclamation de la Commission électorale indépendante (CEI) du 27 octobre dernier, qui a attribué 84% du scrutin à Ouattara avec un taux de participation de 53%, s’est fait attendre pendant 48 heures pour des raisons qui, non seulement attestent du manque d’organisation (lire : incompétence ?) de la structure, mais qui ressemblent fort à une stratégie de communication politique nécessitant une réflexion préalable avant d’être déployée.

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Rwanda et Congo : quand BBC diffuse (enfin !) la vérité sur Paul Kagame

Qui est Paul Kagame ?

Selon l’information mainstream, la diplomatie occidentale, le cinéma hollywoodien (ex: Hôtel Rwanda) ou encore l’intelligentsia anglo-saxonne de référence (ex: le Prix Nobel américain Elie Wiesel), l’homme fort du Rwanda est le sauveur Tutsi qui, en 1994, a su contenir la terreur Hutu et mettre fin à une guerre meurtrière d’un million de ses compatriotes.

Cette version de l’histoire rwandaise, particulièrement vulgarisée dans le monde anglophone, est également la version la plus connue dans les pays d’Afrique dite francophone, où le rôle joué par l’État français dans les crises sociopolitiques des ex-colonies (?) telles que la Côte d’Ivoire laisse parfois croire aux “patriotes” africains qu’un leader noir, assez courageux pour dénoncer les manigances tropicales françaises – Kagame accuse depuis toujours la France d’être le vrai responsable du génocide – ne peut être qu’un “digne fils d’Afrique”.

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Le triomphe “12 Years a Slave”

Certains films sont inoubliables.

C’est le cas de 12 Years a Slave, le film du réalisateur noir-britannique Steve McQueen, une adaptation cinématographique de l’autobiographie de Solomon Northup, celliste Afro-Américain du XIXe siècle, né en tant que citoyen libre dans le Nord étatsunien, mais kidnappé et jeté en esclavage pendant douze ans dans le Sud du pays.

La critique cinématographique universelle est pour une fois correcte et en phase avec la majorité des cinéphiles ayant déjà expérimenté 12 Years a Slave. Le film est un chef d’œuvre absolu, une de ces rares productions qui semblent avoir échappé à l’ogre hollywoodien lui-même et à son insatiable désir pécuniaire. Hollywood, en effet, n’a généralement aucune patience pour l’impact socio-culturel d’un film, encore moins quand il s’agit de la cause noire. Il préfère clairement financer les projets médiocres, à valeur artistique ou même récréative négligeable, qui deviennent néanmoins d’énormes succès commerciaux – cf. la série Avengers – et/ou qui satisfont aux exigences de communication politique à dérives propagandistes auxquelles l’industrie américaine sait se soumettre depuis sa création – cf. Black Hawk Down, Zero Dark ThirtyArgo, etc.

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L’anti-Obama : le Mandela dont je préfère me souvenir

Les obsèques de Nelson Mandela ont attiré la crème de la crème politique mondiale à Pretoria en Afrique du Sud le 10 décembre dernier, notamment Michelle et Barack Obama, couple présidentiel à la tête du seul empire – politico-militaire et médiatique – qui existe encore au 21è siècle [1].

Obama, suivant la logique de son statut américano-déclaré de “leader du monde libre”, s’est présenté comme héritier de Mandela devant les milliers d’Africains venus pleurer et célébrer la vie de Madiba et a reçu, comme on pouvait s’y attendre, un tonnerre d’applaudissement à la seule annonce de son nom. Ces acclamations, pour quiconque connaît le degré de fascination que les Africains en général – les “anglophones” en particulier – ont pour les Obamas, n’a rien de surprenant. À tel point que les plateaux télévisés de quasiment tous les médias mainstream – de CNN à BBC à France 24 à Al Jazeera, etc. – n’ont pu s’empêcher de (re)tracer le fameux lien symbolique qu’il y a, paraît-il, entre Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud et Obama, premier président noir des États-Unis. Et papati et patata. Le discours que l’on entend depuis 2008 et auquel s’accrochent les inconditionnels des symbolismes séduisants mais creux s’est vu régurgité autant, finalement, pour acclamer Obama que Mandela.

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Hollande, Ouattara et l’ivoiro-réalisme

Alassane Ouattara et François Hollande. Manifestations populaires contre la visite de Ouattara en France (juillet 2012, Paris).La récente visite officielle de Alassane Ouattara en France a été l’objet de réactions d’indignation de toutes sortes, émanant aussi bien d’individus, de groupements politiques “panafricains” que d’associations françaises qui, apparemment, espéraient beaucoup du « changement maintenant » promis par Hollande durant sa campagne présidentielle.

Sauf qu’en ce qui concerne le dossier ivoirien, le « changement » en question – c’est-à-dire, une vision et un exercice politiques radicalement distincts du modèle Sarkozy – n’a pas (encore ?) eu lieu. Ouattara a bel et bien été accueilli par le Président français avec les honneurs dûs au rang que François Hollande lui reconnait. Et hormis les déductions floues, distillées ci et là par ceux qui tentent de rapporter une “mise à pieds” de Ouattara par Hollande, rien d’autre que la version officielle faisant foi de « bonnes relations avec un pays ami » n’a filtré de ce tête-à-tête.

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+ d’Afrique : quand le ridicule tue

+ d'AfriqueUne fois par semaine, grâce à Canal + Horizons, l’Afrique “francophone” se retrouve nez à nez avec un des nombreux prétendants à son homicide culturel : + d’Afrique« le talk-show 100 % africain » de la chaîne cryptée française.

Robert Brazza, son célèbre animateur Congolais, doit probablement “se faire sa p’tite tune” et vivre plus que décemment des fruits de son labeur. Bravo ! Après tout, un nègre de grand talent, point au chômage en ces temps difficiles pour les pays africains, n’est que sujet de réjouissance. Mais à quel prix ?

+ d’Afrique, aussi bien dans le style que dans le contenu, n’est qu’une forme “évoluée” – moins cruelle, mais non moins caricaturale – des “minstrel shows” américains très populaires dans l’Amérique ségrégationniste – et même au-delà –, dont le réalisateur Spike Lee se fait l’écho dans son film culte Bamboozled. Leur particularité ? Les “minstrel shows” célébraient – = singeaient de la façon la plus grotesque et méprisable qui soit – le quotidien noir-américain au grand ravissement des (télé)spectateurs Blancs.

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La trahison des clercs… ivoiriens : de l’excessive politisation des intellectuels de Côte d’Ivoire

Mamadou KoulibalyEn 1927, dans son classique La trahison des clercs, le philosophe français Julien Benda sonnait une alarme des plus retentissantes à l’endroit des intellectuels français. Il les exhortait à se défaire de leurs passions politiciennes, afin de mener à bien leur mission critique et la mettre au service de la société.

Le chef-d’œuvre de Benda pourrait servir à tous les intellectuels de langue française, notamment les intellectuels ivoiriens [1]. En effet, le constat de la conversion massive des élites intellectuelles ivoiriennes en responsables politiques est un des plus déplaisants pour ces quelques personnes qui espèrent encore un contre-pouvoir apolitique citoyen.

Cette reconversion n’est pas récente. Après 1960, le contexte postcolonial requérait de doter le pays en cadres nationaux capables de prendre le relais de l’administration française, notamment dans le domaine de l’éducation. La vision de Houphouët-Boigny était de prioriser la formation des élites en les envoyant dans l’Hexagone, afin qu’elles renforcent leurs capacités déjà acquises à la jeune université d’Abidjan.

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USA : où en est le rêve noir-américain ?

« Mon but n’est pas de fournir des excuses au comportement des Noirs ou d’absoudre les Noirs de leurs responsabilités personnelles […] » – Cornel West

De gauche à droite à partir du haut : Herman Wallace, Albert Woodfox, Robert King, Trayvon Martin, Sean Bell, Kenneth Chamberlain, Mumia Abu-Jamal, Amadou Diallo, Kathryn Johnston« […] Cependant, quand les nouveaux conservateurs Noirs mettent l’accent sur l’attitude et la responsabilité des Noirs, de telle manière que les réalités culturelles des peuples Noirs sont ignorées, ils s’amusent à un jeu intellectuel trompeur et dangereux avec les vies et les fortunes des personnes défavorisées. Nous devons effectivement critiquer et condamner les actes immoraux des populations noires, mais nous devons le faire en tenant compte des circonstances dans lesquelles les individus naissent et dans lesquelles ils vivent. En ignorant ces circonstances, les nouveaux conservateurs Noirs tombent dans le piège de blâmer les pauvres Noirs quant à leur situation. Il est impératif de faire une distinction entre le Scylla du déterminisme environnemental et le Charybde de l’attitude qui consiste à uniquement blâmer les victimes. » (Cornel West, Race Matters, 1994).

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L’ignorance : la vraie tragédie négro-africaine

« De l’ignorance naît l’inconscience. » – Victor Hugo [1]

L'ignorance des AfricainsL’ignorance rampante des populations africaines “modernes” quant à leur culture et leur histoire est une des causes principales de la pauvreté, de la fragilité et des difficultés que connaît le continent à s’autodéterminer.

Les chiffres n’éclairent pas suffisamment ce sujet. Le taux d’alphabétisation en Afrique noire (variable selon les pays, mais généralement admis comme étant insuffisant) masque un obstacle plus fondamental, difficilement quantifiable, mais clairement observable. Il n’est pas l’illettrisme en tant que tel, conséquence d’un système éducatif inadéquat ; il est l’ignorance qui habite les Africains bel et bien instruits mais réfractaires à la connaissance profonde de l’histoire de leur société.

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La fatalité du service client en Côte d’Ivoire

MTN, SGBCI, Orange, Moov et CIEQuestion pour un client ivoirien : quel est le point commun entre votre banque, votre opérateur mobile, votre mairie et votre clinique préférée ?

Fastoche : le service client ! Ou plutôt l’anti-service, le non-service, le contre-service client, c’est-à-dire, cette disposition que l’on croirait supra-humaine tant elle est antipathique à tous ceux qui sont censés l’exercer.

Cas d’école : avez-vous déjà essayé d’expliquer à un conseiller client de MTN ou de Orange que votre WiBox/LiveBox s’est arrêtée de fonctionner au beau milieu d’un téléchargement, que votre réseau est subitement devenu défaillant et que le débit qui vous a été garanti et facturé comptant est inexplicablement lent ? Non ? Eh bien, si vous décidez de contacter le serveur vocal mis à votre disposition et que vous avez la patience, vingt minutes plus tard, de continuer à attendre “quelques instants”, votre appel sera éventuellement transmis à un spécialiste de l’après-vente basé… à Dakar… ou ailleurs, bien loin de la Côte d’Ivoire ! Qui vous proposera bien gentiment “qu’on vous rappelle”, mais qui ne vous dira jamais quand. C’est que, le pauvre, il ne le sait pas vraiment. Avec un peu de chance, on vous contactera trois à cinq jours plus tard, après que vous ayez vous-mêmes choisi de contacter l’amie d’un ami qui connaît une amie chez MTN ou Orange. Ou alors, solution anti-exaspération (?) : rendez-vous en agence !

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Crise ivoirienne : conflit politico-spirituel ?

Charles Konan Banny, Nicolas Sarkozy, Alassane Ouattara et Laurent GbagboLe lancement d’une « période de deuil et de purification nationale » décidée par la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) dirigée par Charles Konan Banny vient remettre au centre du débat national l’aspect le plus inconfortable pour les observateurs et critiques se targuant d’objectivité : la spiritualité.

D’entrée, la question mérite d’être posée : y a-t-il une question spirituelle qu’il faut discuter, au sujet de la crise ivoirienne ? Y a-t-il une place, dans le débat intellectuel, pour un argument objectif qui ne cloue pas au pilori tout ce qui semble relever de l’abstrait ?

Il est vrai que, traditionnellement, une critique s’exerce sur la base de faits tangibles. Les causes sont étudiées, les conséquences observées et les relations qui les unissent sont présentées : c’est ce qu’on appelle mener un raisonnement cartésien. Toute approche qui insère des données intangibles dans l’équation intellectuelle est généralement, soit ignorée, soit méprisée, soit reléguée au niveau des “faux problèmes” chers aux “illettrés”, c’est-à-dire ceux qui, déprimés du quotidien, s’abandonnent volontairement à tous les “secours” ésotériques à leur portée. Ainsi, la pensée agnostique, se définissant elle-même comme étant “objective”, est généralement celle qui domine : après tout, il est plus facile d’ignorer l’invisible que de l’argumenter sans preuves palpables.

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Abobo la guerre, le journalisme d’investigation… et les pincettes

"Abobo la guerre" de Leslie VarenneLe livre Abobo la guerre ; Côte d’Ivoire : terrain de jeu de la France et de l’ONU de la journaliste française Leslie Varenne n’a pas fini d’atteindre les rayons des librairies, depuis sa publication le 22 février 2012, que la propagande des camps politiques ivoiriens est déjà lancée, chacun essayant de faire dire à l’auteur ce qui lui semble être le plus satisfaisant.

Abobo la guerre, fruit apparent d’une “investigation de terrain” (*), mérite d’être parcouru avec circonspection, justement parce qu’il ne dit pas tout à fait ce que les uns et les autres croient (ou veulent faire croire). Non, le livre ne fait ni l’apologie de Laurent Gbagbo (contrairement, par exemple, au fameux livre Côte d’Ivoire : le coup d’État de Charles Onana, qui prend clairement position), ni celle de Alassane Ouattara.

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Alassane Ouattara et l’enjeu des terres arables en Côte d’Ivoire

Alassane Ouattara et George SorosL’enlisement de la crise ivoirienne, dans un contexte de fracture sociopolitique abyssale, a fermé les yeux de la majorité de la population aux vrais enjeux qui se précisent dans ce pays phare d’Afrique de l’Ouest.

Un de ces enjeux, l’accaparement des terres arables, est bien loin de nourrir les débats politiques continuellement personnalisés dont sont friands les Ivoiriens. Pourtant, parmi les causes de la guerre menée par la France en Côte d’Ivoire pour installer Alassane Ouattara à la tête du pays, l’accaparement des terres arables occupe une position centrale. Non seulement ses conséquences risquent d’être plus dommageables qu’une éventuelle dévaluation du franc CFA, mais de façon pratique, si le projet aboutit, il dépossèdera les Ivoiriens du bien le plus précieux qu’ils possédaient jusqu’ici : leur terre.

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CPI, Gbagbo : le temps d’un jugement

Laurent Gbagbo à la CPI5 décembre 2011, CPI : la première apparition d’un Laurent Gbagbo visiblement éreinté mais déterminé à jouer son va-tout juridique a clairement requinqué tous ses partisans. Depuis ce jour, la ferveur militante s’est à nouveau emparée des rangs, laissant entendre une pléthore de « ça va aller ! » et de « hauts les cœurs ! » qui en disent long sur la joie de tout ce beau monde à revoir “son Président”.

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De Cheikh Anta Diop à Sylvia Serbin: quelle réaction au révisionnisme occidental ?

Sylvia Serbin, journaliste et historienne afro-antillaiseL’histoire est à la fois connue et méconnue : une journaliste et historienne afro-antillaise entreprend des recherches sur les femmes noires qui ont vécu de l’Antiquité au début du XXe siècle et qui ont joué un rôle précieux dans l’histoire de l’Afrique, des États-Unis, des Antilles et de Madagascar. Elle en fait un livre unique en son genre, acclamé notamment au Brésil et au Canada et reçoit pour saluer la qualité de ses travaux… le Prix Nobel d’Histoire ? Le Pulitzer ? Le Goncourt ? Non. Sylvia Serbin a récolté, de sa volonté de marquer d’une pierre blanche la place des Reines d’Afrique et héroïnes de la diaspora noire, un revers cinglant fomenté par un son propre éditeur, devenu une épopée judiciaire laborieuse et humiliante.

Bienvenue dans le monde du révisionnisme de l’histoire, de la littérature et de la culture négro-africaine.

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Ushahidi, Akendewa et l’implication citoyenne

Akendewa et UshahidiLa question sécuritaire ivoirienne est fortement préoccupante. Il y a quelques jours, le 24 novembre, le Ministère des Droits de l’Homme et des Libertés Publiques a transmis un courrier électronique qui lisait : « Des cas de vols de voiture sur la route, d’incursion dans des logements avec vol et menaces sont régulièrement rapportés. A cet effet, le  Ministère de l’Intérieur de Côte d’Ivoire vient de mettre en place des contacts d’urgence pour signaler un abus, une violence, une agression : Téléphone : 100. Courriel : 100@interieur.gouv.ci. Merci de faire suivre ce message à vos contacts ».

Voilà qui est fait. Comme quoi, l’insécurité galopante ne peut plus être niée, même pour faire croire en un paradis abidjanais qui n’existe point. D’où vient-elle ? De la violence postélectorale promise aux pays d’Afrique francophone, tant que la France voudra s’infiltrer, “par amitié”, pour “l’aider”. Et, plus directement, d’une prison civile abidjanaise, qui s’est vidée en février/mars dernier, comme par enchantement, de ses six mille locataires. Et qui, malgré les promesses gouvernementales et la fameuse base de données de l’ONUCI, attend toujours de les retrouver.

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Du mépris papal en Afrique noire

Benoit XVISimple coïncidence que le Pape Benoît XVI effectue sa seconde visite africaine au soir d’une année particulièrement douloureuse pour le continent noir ? Et que, de Cotonou, il demande à l’Afrique « d’entrer dans la modernité », un peu, comme hier, le “bon samaritain” Nicolas Sarkozy appelait l’Afrique à entrer dans l’Histoire ?

Voici ce que nous offrent deux hommes, deux professions, deux visions que l’on disait bien distinctes : une même affliction de circonstance qui lamente les dégâts visibles et fait l’impasse sur les causes profondes qui ont mené le continent où il est.

Certains organes de presse ivoiriens ont déjà tenté une récupération hasardeuse des déclarations apostoliques sur la Côte d’Ivoire, y voyant précipitamment un désaveu de la méthode ouattariste. Ce n’est que pur opportunisme journalistique ; mais surtout, ces analyses taisent ce que personne en Afrique ne veut accepter : comme Obama, comme Sarkozy, comme l’ensemble du système néocolonialiste clairement “dopé” depuis janvier 2011, Benoît XVI, tout Pape qu’il est, n’en a cure du sort des Africains.

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Libérer Laurent Gbagbo : entre vouloir, pouvoir et devoir

Laurent GbagboLe dossier Laurent Gbagbo demeure le point focal de l’actualité politique ivoirienne, au même titre que le processus de réconciliation nationale auquel il est lié. Et pour cause : l’homme d’État qui a été capturé, humilié et jeté en prison, sans ménagement, au terme d’un conflit armé meurtrier de milliers d’Ivoiriens, a été l’objet d’un transfert à la Cour pénale internationale (CPI) particulièrement controversé, car nonobstant l’opinion des millions de citoyens qui se réclament de lui et qui n’entendent pas se réclamer d’autrui. Encore moins après avoir vu la France de Sarkozy s’engouffrer dans le contentieux électoral ivoirien, en dévoilant la “solution démocratique” la plus efficace qu’elle ait pu trouver : la bombe.

C’est donc à la fois inquiet et amer que les partisans de Laurent Gbagbo expriment leur volonté première : voir leur leader recouvrir sa liberté d’être humain, tout simplement, peu importe ce qui pourrait lui être reproché.

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La mesure de l’indignation

« Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux […] La pire des attitudes est l’indifférence, dire ‘je n’y peux rien, je me débrouille’. En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables: la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. » – Stéphane Hessel

La mesure de l'indignationStéphane Hessel, survivant des camps de concentration Nazi devenu diplomate français, a causé un choc littéraire mondial, en octobre 2010, quand il a publié, à 93 ans, Indignez-vous !, un petit livre de 19 pages sur la nécessité de révolte contre l’injustice sociale, vendu à plus de 3,5 millions d’exemplaires.

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L’émergence au galop

Alassane OuattaraFaut-il croire les dirigeants ivoiriens quand ils ambitionnent de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 ? L’idée est séduisante et la communication encore plus alléchante mais, dans le fond, est-ce vraiment envisageable ? L’analyse suivante étudie la question en analysant les contraintes et les conditions de l’émergence.

Le terme “pays émergent” qualifie l’essor fulgurant des pays que l’on disait hier “en voie de développement” qui sont arrivés, dans un laps de temps relativement court, à poster des taux de croissance comparables à ceux des pays développés. Ces pays – notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie, le Chili etc. – sont souvent cités comme étant ceux où les États ont réussi à engager des réformes structurelles efficaces qui ont résulté en une industrialisation notable de leurs économies et en l’accroissement qualitatif de leur niveau de vie.

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Côte d’Ivoire : pauvreté et responsabilités individuelles

Pauvreté en Côte d'IvoireLa Côte d’Ivoire court, depuis plusieurs années, derrière la reconnaissance internationale de son statut de pays pauvre très endetté, afin d’obtenir, dit-elle, les moyens de renouer avec la croissance et d’impulser son développement [1].

Si le qualificatif “très endetté”, qui figure clairement dans cette appellation, n’arrive toujours pas à convaincre les autorités politiques de l’incongruité du mécanisme de la dette publique auquel elles souscrivent, le terme “pauvre” ne semble pas non plus amener les gouvernants ou même les gouvernés à véritablement sonder les nouvelles réalités qui s’imposent à eux.

Qu’est-ce que la pauvreté en Côte d’Ivoire ?

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Abidjan : politiques de déguerpissement

Abidjan : politiques de déguerpissementEn Côte d’Ivoire, jamais une opération de lutte contre l’insalubrité publique n’aura été aussi controversée que celle lancée le 29 juillet 2011 par le gouvernement Ouattara. En effet, « Abidjan ville propre » est l’occasion de vives polémiques, de palabres et de règlements de compte entre personnes physiques et morales qui, pourtant, partagent un seul et même objectif : vivre décemment.

Quels sont donc les arguments en opposition et quels sont les vrais enjeux de la question ?

Le premier argument se veut pratique. Il justifie l’opération par la nécessité de solutionner, définitivement, un problème d’hygiène environnementale qui n’a que trop duré. De ce point de vue, Abidjan est une poubelle à ciel ouvert, indigne du “temps d’Houphouët”, qu’il faut réordonner. Aussi, point nécessaire de planification, de communication et de dédommagements. « Dura lex, sed lex » : il faut appliquer la loi dans toute sa rigueur et “frapper fort”, de manière à décourager toutes les velléités futures de désordre urbain. Peu importent les injonctions tardives, les applications brutales et le traumatisme social, il faut nettoyer Abidjan et il faut le faire sur le champ.

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L’Afrique que le monde veut ordonner

« La crise est mondiale. Il faut que nous lui apportions une réponse mondiale. Et j’en appelle à tous les gouvernements. Aucun d’entre nous n’en sortira en faisant sa propre politique dans son coin, isolé de ce que font les autres. […] On ira ensemble, vers ce nouvel ordre mondial. Et personne, je dis bien personne, ne pourra s’y opposer. Car à travers le monde, les forces au service du changement sont considérablement plus fortes que les conservatismes et les immobilismes. » (1)

Le nouvel ordre mondial en AfriqueEn rétrospective, ces propos de Nicolas Sarkozy, prononcés en 2009, étaient prémonitoires de la furia occidentale qui allait désormais s’abattre sur toutes les velléités indépendantistes jugées antagonistes au nouvel ordre mondial.

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Des “révélations” de mariage chez les femmes africaines

« Dieu m’a révélé qui sera mon mari. »
« Voici le mari que Dieu m’a montré. »
« Un homme de Dieu m’a annoncé que je vais bientôt me marier. »

Mariage ?Les “révélations” prénuptiales supposées être d’essence divine sont en passe de devenir une véritable institution en Afrique subsaharienne.

Dans les communautés religieuses en général et dans les milieux chrétiens en particulier, combien n’ont pas entendu une variante de ces prédictions d’un bonheur conjugal “imminent”, auxquelles souscrivent sans hésitation nombre de nos sœurs en quête légitime d’un “foyer” ? Cette conviction apparemment anodine, répétée comme formule partout et par toutes, et censée justifier une attention particulière pour l’homme sur qui le regard se pose, est devenue un phénomène de mode dont les conséquences tournent souvent au drame.

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Dialogue et opinion salvatrice

DialogueIl n’y a pas si longtemps, les deux camps politiques LMP et RHDP, sûrs de leur légitimité et convaincus de leur infaillibilité, échangeaient menaces et angoisses par soldats et militants interposés, tout en affichant à la télévision une apparente fraternité. On connaît la suite de ce poker menteur : les leaders politiques ont conjugué leurs jusqu’au-boutismes respectifs, donnant l’occasion à la “communauté internationale” de “s’interposer” et de conduire la Côte d’Ivoire à l’épisode le plus tragique de son histoire.

Une des causes de cette tragédie est bien le dialogue de sourds qui a prévalu pendant toute la crise postélectorale. Plus proche d’un monologue, il s’est aujourd’hui mué en un quasi-silence qui a fini par déteindre sur le peuple ivoirien, révélant des compatriotes qui se regardent en chiens de faïence et ne se parlent que lorsqu’ils sont face à eux-mêmes ou à un compadre militant.

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Koulibaly : épouser l’alternative

« Les hommes peuvent atteindre un but commun sans emprunter les mêmes voies. » – Amadou Hampâté Bâ

Mamadou KoulibalyRevisiter la sagesse quintessentielle d’Amadou Hampâté Bâ pourrait constituer une retraite revitalisante pour bien des Ivoiriens

En effet, la décharge émotionnelle qui a suivi le départ de Mamadou Koulibaly du Front populaire ivoirien (FPI), révèle encore, si besoin était, combien la politique politicienne, à ses heures les plus sombres, constitue le véritable cabanon dans lequel le peuple ivoirien se maintient.

La plupart des analyses qui pleuvent, adulant ou martyrisant Koulibaly, ont en commun au moins une chose : la passion. Excessive, inspirée de l’affection personnelle que les uns prétendent avoir pour Laurent Gbagbo ou motivée par le bonheur des autres qui célèbrent bien précocement la mort de son parti, l’on constate, de part et d’autre, l’assujettissement des Ivoiriens à ce jeu passionnel de la politique morbide.

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Le Grand Oral des présidents ivoiriens

Félix Houphouët-BoignyJour J de Grande Audience
C’est au tour des présidents ivoiriens
« Entrez donc à votre convenance
Tenez-vous là, vite, qu’on évalue votre destin
Qu’avez-vous à dire pour votre défense
Qu’avez-vous à justifier devant Mes chérubins ?
Parlez ! Et que Je n’entende ici mensonges
Que votre nature ne pollue ce Lieu Saint ! »

Le premier s’approche, alerte, pressé de prendre de l’avance. Il veut hausser les épaules, mais au regard de Gabriel, rapidement, il renonce. Il arrive en zigzagant, de part et d’autre, il se fraie un chemin. Il se présente devant le Tout-Puissant, se racle la gorge, et déroule son baratin :

« Vous savez, Divin, moi, j’étais un affairiste de type américain. Quand on m’a fait une promotion, j’ai décidé d’en faire mon gagne-pain. J’étais loin, auparavant, je savais peu de ce que le pouvoir était. Un beau jour un Blanc m’a appris qu’un vieillard, bientôt, m’appellerait. »

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Le silence des moutons

« Je marche avec les miens / Combien te diront la même chose ? » – Shurik’n (Les Miens, 1997)

Le silence des moutonsL’amitié. Fruit jadis porteur de confiance. Fruit tantôt vecteur de suffisance. On le savait. Ce qu’on savait moins, c’est l’inutilité de l’amitié ou sa fébrilité dans les moments malsains.

Réconcilier les Ivoiriens sans aucune envie de réconciliation est devenu le cri d’alarme. Le saint refrain.

Oublié le tri des armes, le prix des armes, le cri, en larmes, des corps brûlés. Des corps déchiquetés. Reconstruisons. Reconstruisons. Vite, vite, jetons brique, ciment et sable, béton surarmé sur la mémoire du quotidien.

Quel quotidien ? Le quotidien ivoirien. Le quotidien malsain. Le quotidien qui se terre, se tait, qui virevolte en conjectures désodorisantes et qui politique et discoure, marchandant le bien contre le mal, le mal contre le pire, le pire contre lui-même…

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Dark Girls : tragédie et triomphe de la femme noire

Femme Noire« Un autre individu parait : c’est un nègre de la côte occidentale d’Afrique […] La couleur [de sa peau est] entièrement noire; les cheveux ne sont plus rares et effilés, mais, au contraire, épais grossiers, laineux et poussant avec exubérance ; […] la mâchoire inférieure avance en saillie, le crâne affecte cette forme que l’on a appelée prognathe […] Les os sont déjetés en dehors, le tibia et le péroné sont, en avant, plus convexes que chez les Européens, les mollets sont très hauts […] les pieds sont très plats […] »

« Quand l’œil s’est fixé un instant sur un individu ainsi formé, l’esprit se rappelle involontairement la structure du singe […] Si après avoir examiné ces types pris dans tous les recoins du globe, on revient aux habitants de l’Europe […] on leur trouve une telle supériorité de beauté, de justesse dans la proportion des membres, de régularité dans les traits du visage […] Dans cette noblesse humaine, les Européens sont les plus éminents par la beauté des formes […] » (1)

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La responsabilité apolitique citoyenne

Patrick N'GouanLa Coordination de la société civile ivoirienne (CSCI) continue de prêcher, courageusement, mais dans l’indifférence générale, le besoin de son implication centrale dans le processus de réconciliation nationale. Quel dommage pour cette organisation qui, comme toutes celles du même genre, a vocation de mettre la classe politique devant ses responsabilités, afin de la contraindre à honorer ses engagements !

Malheureusement, sous le règne de la terreur où le serment gouvernemental s’écrit en lettres minuscules, l’apathie sociale, la fuite en avant citoyenne, la frilosité intellectuelle et le silence complice des uns et des autres sont les tendances populaires et les garants des dérives dictatoriales évidentes ou subtiles de l’État.

/// TEXTE INTÉGRAL DISPONIBLE DANS LE NOUVEL ORDRE IVOIRIEN ///

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Si Dieu n’intervient pour nous…

Jeune fille africaineSi Dieu n’intervient pour nous, nous sommes condamnés…
Condamnés aux miettes, condamnés à la misère, condamnés au larbinisme
Condamnés à demeurer dans la médiocrité, condamnés à l’infirmité
Condamnés au sous-développement, au tiers-mondisme, condamnés à vainement rêver
Condamnés à subir les trahisons, à plier sous le poids des machinations, des manipulations
Condamnés à être des sociétés avilies, méprisées, gangrenées
Condamnés à être des suppôts du mal, des goujats, des instruments d’automutilation
Condamnés à être des menteurs, des trompeurs, des falsificateurs de destinées
Condamnés à la saleté, condamnés à l’indiscipline, condamnés au reniement de nous-mêmes
Condamnés à l’irrespect, condamnés à l’ignorance, à l’incapacité, à l’impossibilité
Condamnés à la faiblesse, condamnés à la traîtrise, à l’auto-nuisance comme mode de survie
Condamnés en tant que continent, en tant que pays, en tant que communauté
Condamnés à l’inconscience, à l’inconsistance, à l’incontenance
Condamnés en tant que peuple nègres, esclavagés, alignés, terrorisés
Condamnés à l’asservissement, à la dépendance, à la mendicité
Condamnés à la facilité, à la veulerie, à la tromperie
Condamnés à la nuisance, à la méprise, à la douleur, à la fuite en avant
Condamnés à la méconnaissance de notre propre histoire
Condamnés à croire que nous sommes maudits descendants de Cham
Condamnés à nous asseoir et à regarder, à laisser faire
Condamnés à nous voir dominés, conspués, malmenés, insultés, bombardés, frappés, heurtés, déchirés, maltraités, vilipendés, accusés, violés, torturés, massacrés, suppliciés
Condamnés à voir nos terres brûlées, nos matières premières tronquées, nos richesses arrachées
Condamnés à nous comporter en lâches, en pestiférés, en malheureux, en incapables
Condamnés à être coupables de quelque crime ont nous a donné la paternité
Condamnés à être sectionnés, raccommodés, divisés, éparpillés
Condamnés à la médisance, condamnés à l’ignorance, condamnés à l’insuffisance
Condamnés à croire que la norme pour nous se dévoile aux ténèbres de l’infériorité
Condamnés à la misère, à la galère, au supplice le plus amer
Condamnés à la pauvreté, à l’indigence, à la souffrance, à la maladie, à la guerre
Condamnés à être des bêtes, des sous-hommes, des mendiants, des vauriens
Condamnés à être condamnables, et coupables, et minables, et misérables
Condamnés à constater que nous serons toujours sujets à être condamnés
Condamnés à être coupables de l’apocalypse de notre humanité.

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L’indépendance morale : un préalable pour l’Afrique francophone

L'indépendance morale de l'Afrique francophoneAu-delà des frontières hexagonales qui l’ont circonscrite au règlement de compte politique, l’affaire Dominique Strauss-Kahn sonne l’urgence pour les États d’Afrique francophone d’entamer, avec diligence, la conquête de leur indépendance morale.

En effet, la politique française, dont la côte ouest-africaine est intoxiquée depuis que René Caillé a entrepris de visiter Tombouctou en 1828, n’a pu échapper, cette fois-ci, à sa mise à pied publique maintes fois repoussée, de même qu’à son examen critique maintes fois galvaudé. Et tous les deux soulignent ce que l’on savait déjà : la société française est malade et avec elle sa morale. C’est d’ailleurs un constat qui pourrait s’étendre à toutes les facettes de l’héritage français en Afrique : celui-ci, déjà conspué pour sa propension à la falsification chronique, a vocation à asservir quelque peuple le croise sur son chemin. Mais, l’analyse du capital moral français investi en Afrique urge, surtout, parce qu’il constitue un mal pernicieux capable d’effacer le peu qui reste des valeurs culturelles africaines.

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Côte d’Ivoire : le piège d’une réconciliation factice

« I cannot be an optimist but I am a prisoner of hope. »
– Cornel West

Réconciliation ?La réconciliation nationale constitue, sans aucun doute, l’un des chapitres les plus controversés de la crise ivoirienne.

Après avoir été victime de négociations torpillées, de budgets surévalués, de gouvernements surpeuplés, d’accords politiques gangrenés, de célébrations ampoulées [1] et d’élections controversées, la réconciliation (qui, pour l’heure, n’a pas connu le moindre succès) réapparaît depuis “l’assaut final” du 11 avril 2011, aussi bien dans les discours officiels que les conversations populaires.

Les pro-Ouattara, heureux de leur ascension au sommet du volcan, s’y retrouvent enfin ; les pro-Gbagbo, amers devant la réalité du désappointement, y confient leur destin ; les officiers militaires, tétanisés par les effets de leur trahison, y voient leur lendemain ; les croyants, démoralisés par la pénible épreuve de foi, s’y estiment contraints.

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Quel Ivoirien es-tu ? L’amer dégoût d’un destin balafré

Quel Ivoirien es-tu?C’est l’histoire d’un peuple accueillant, sympathique, ouvert, disponible, disposé, pacifique qui méritait de vivre éternellement sous la bienveillante coupole du bon Bélier, mais qui par malheur le laissa s’en aller et qui, depuis, s’en trouve ébranler.

C’est l’histoire que l’on tente de peindre, depuis que les obus font agoniser, saigner, pleurer, souffrir le calvaire de la folie d’une guerre sans gloire et pleine de misère.

Belle histoire que celle de cette Côte d’Ivoire qui, paraît-il, n’en méritait pas tant !  « C’est injuste, c’est injuste, qu’avons-nous fait pour avoir à supporter autant ? »

Crions notre malheur, crions notre horreur, allez, constituons des groupes de solidarité et d’entraide, chers Facebookeurs ! Mais entre quatre murs, sous la couchette, apeurés, ou devant iTélé, le souhait demeure le même : il faut, il faut, IL FAUT QU’ “IL” MEURT !

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Au secours, Tidjane Thiam !

« Sur la mort, retenons-nous de commenter… » – Marcel L.

Tidjane ThiamCe samedi 02 avril 2011, après dix-sept heures ininterrompues sans électricité et sans eau, la baraka me permet enfin, puant et suant, de rebooter mon Qosmio. C’est parti, je lance Windows 7, Google Chrome, Facebook tab, et que vois-je ? Monsieur Tidjane Thiam !

Le brillantissime intellectuel Franco-Ivoirien de 49 ans, grand patron de Prudential PLC, surdoué (1er polytechnicien ivoirien à 20 ans), surdiplômé (de l’École Polytechnique puis de l’École des Mines de Paris), surdimensionné (1,95 m), est l’objet d’un tonnerre d’applaudissements virtuels et d’une rafale (tiens, tiens…) de qualificatifs forcément mérités (« excellent », « visionnaire », « exemplaire », « exceptionnel », « modèle », « pertinent »… ouf  !), suite à une de ses récentes interventions sur RFI.

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La presse ivoirienne au banc des accusés

« Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie. » – Jacques Prévert

Venance KonanLa presse écrite nationale joue, au même titre que les acteurs politiques, un rôle funeste dans la crise ivoirienne. Exploitant une population intellectuellement amorphe et culturellement portée vers “l’affairage” (cette médisance ivoirienne prolixe), la presse écrite a été, depuis le début de la crise, le vecteur principal de l’animosité que se témoignent aujourd’hui nos communautés.

Parcourir les articles publiés dans nos quotidiens ou relayés sur la toile pourrait constituer, si besoin était, une thérapie efficace contre l’empathie, tant l’acrimonie est profonde. Exemple, cette énième diatribe de Venance Konan, intitulée « En voiture Simone », publiée au plus fort de la crise postélectorale, qui compare Simone Gbagbo à Jézabel, ce personnage de l’Ancien Testament que la dédicace éponyme de l’artiste anglais Sade n’aura pas suffi à embellir.

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Halte, coupé-décalé ! Enfance ivoirienne en danger…

NOTE DE LA RÉDACTION : l’article suivant a été écrit et publié le 25 mars 2011, soit un (1) an AVANT la publication en ligne des violentes actions commises par l’artiste ivoirien Arafat DJ en mars-avril 2012.

Arafat DJArafat DJ Yôrôbô est un phénomène. Non, pas un de ces phénomènes que l’on trouve aujourd’hui dans nos sauces graines, mais un phénomène de la musique ivoirienne avec tout le fardeau que ce qualificatif revêt. Fils d’une “vixen” de la scène locale et d’un arrangeur talentueux (1), le jeune homme de 25 ans possède cette volubilité juvénile qui l’a rendu populaire. Nombre sont ceux, des enfants pré-pubères aux adolescents indociles aux adultes en collision avec le stress des responsabilités, qui se “retrouvent” dans la mixtion de la voix grave et enrouée sur tempo syncopé à 200 battements par minute du jeune prodige.

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La guerre de la foi : du problème musulman-chrétien en Côte d’Ivoire

« Les [diverses religions] partagent une conception commune de Dieu (…), mais aussi une compréhension commune que le mal existe. Si nous ne travaillons pas pour le bien commun, il n’y en aura aucun. » – Rick Warren, Chrétien; 2011

« Les limites [au dialogue inter-religieux] sont nombreuses. Et l’une des limites est la peur (…). [Pour ma part,] être parmi des gens de foi, qu’ils soient chrétiens, juifs ou hindous, fait de moi une meilleure musulmane. » – Najeeba Syeed-Miller, Musulmane; 2011

Eglise et mosquée

De tous les problèmes que la crise ivoirienne a créés ou exacerbés, le plus sournois, le plus malin, le plus dangereux est le problème religieux. Nous l’admettons d’emblée : il est plus simple d’ignorer le problème religieux que de le confronter ; il est plus facile de fustiger la religion de l’autre, en privé, et d’exhiber une tolérance de façade en public. La religion est un sujet sensible. Contrairement aux autres aspects de la crise qui sont tous plus ou moins rattachés à une vision d’ensemble, la question religieuse reste, avant tout, individuelle. Elle a trait à la croyance héritée ou développée qui fonde l’identité et le caractère d’une personne. Elle est une profession de foi intime, qui confesse une affiliation sincère (ou factice) au divin.

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Ces phénomènes auxquels les Ivoiriens croient…

« C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison. » – Blaise Pascal

Phénomènes ?Lorsque le 10 mars 2011, l’Union africaine (UA) prenait la décision de reconnaître l’élection de Alassane Ouattara « en qualité de Président de la République de Côte d’Ivoire », combien auraient pu prédire que le débat politique qui s’en suivrait, ferait place à un surprenant continuum d’hyperboles allégoriques sur les apparitions successives cœur dans une sauce graine, d’un pan de nuage baladeur et d’un halo solaire lumineux ?

Entre le cacao ivoirien embrigadé par les traders internationaux, la pénurie des médicaments dans les centres pharmaceutiques, le taux de chômage exponentiel, l’insécurité quotidienne et les routes abidjanaises encombrées de ces immondices géantes dont raffole le bacille du choléra (déjà coupable, en Haïti, dans des conditions similaires, d’une épidémie dévastatrice), les Ivoiriens ne manquent pas de sujets d’inquiétudes.

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La guerre est là : fais la paix avec ton Créateur

« Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement. » – La Bible; Hébreux 9:27.

Lire la BibleMa sœur, mon frère,

L’innommable absurdité qu’on appelle la guerre est de retour chez nous en Côte d’Ivoire. C’est une triste réalité qu’il faut accepter comme telle, afin de pouvoir combattre contre elle: la guerre est là, plus vicieuse que jamais, dans notre chère patrie. Bien qu’il ne soit jamais trop tard pour arrêter la dégringolade en enfer, il faut savoir se rendre à l’évidence:

– la guerre économique que beaucoup ont banalisé, s’annonce encore plus cynique avec la démonétisation annoncée du franc CFA;
– la guerre religieuse, que personne ne voulait imaginer, a débuté avec les destructions réciproques d’églises et de mosquées à Koumassi et Yopougon;
– la guerre civile, celle même qu’on voulait éviter, est belle et bien là avec les combats à l’arme blanche à Koumassi et Abobo, de même que dans plusieurs villes de l’intérieur, avec ses corollaires de déplacés, de violées et d’assassinés.
– la guerre militaire, qui oppose les factions rebelles et loyalistes, est déjà très avancée à Boundiali, Touba, et dans l’Ouest du pays [et depuis le 31 Mars 2011, la guerre est partout en Côte d’Ivoire et à Abidjan, ndlr]

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Se défaire du mea culpa révisionniste

« L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! » – Steve Biko

Bal nègre à Paris (1927)Ahmadou Kourouma notait déjà, en 1968, que les brûlants soleils des indépendances n’avaient pas apporté la souveraineté pleine et entière à l’Afrique francophone. Cinquante longues et pénibles années plus tard, le magma est en fusion dans la volcanique crise ivoirienne, secouée de toutes parts par les tensions idéologiques, politiques, économiques, sociales, culturelles et religieuses, qui font dangereusement tanguer le pays vers un séisme rageur.

Tous les Ivoiriens ont leur mot à dire pour exprimer leur sincère amertume. Outre les bruyants appels à la haine qui encombrent et paniquent les esprits via les médias populaires, une véritable scission sur la cause profonde de cette triste situation est exprimée par ces quelques Ivoiriens encore assez mesurés pour rivaliser, uniquement, sur le terrain de la réflexion.

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Propagande, mensonge, intox : qui va se négliger ?

« En politique, on ne flétrit le mensonge d’hier que pour flatter le mensonge d’aujourd’hui. » – Jean Rostand

Laurent GbagboÀ la guerre comme à la guerre !

Cette maxime du XVIIIe siècle illustre parfaitement la dérive propagandiste qui s’allie au nombrilisme politique et à l’asphyxie économique pour terroriser le peuple ivoirien en 2011.

On connait déjà le leitmotiv des grands médias occidentaux : Laurent Gbagbo est l’unique cause de la crise ivoirienne ; Alassane Ouattara en est l’unique victime. Ce parti-pris purement fantaisiste et délibérément subjectif est la face visible de la stratégie de défense des intérêts françafricains auxquels l’Élysée s’accroche désespérément. Depuis la “Choitification” des élections en Novembre 2010, cette stratégie, savamment orchestrée, connait son apogée avec le lynchage médiatique initié par la cohorte Agence France Presse, Radio France International et France 24 et ses satellites à travers le monde, qui se sont érigés en médias pro-Ouattara.

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Université ivoirienne : un ‘plan Marshall’ s’impose

Université de Cocody à AbidjanAlors que les bruits de bottes s’annoncent comme un ouragan dévastateur sur la Côte d’Ivoire, les vrais enjeux de développement, qui ont fait les sujets d’affiches de campagne déployées à grands frais sur l’étendue du territoire, attendent toujours de recevoir l’attention qu’ils méritent.

L’un de ces enjeux, l’enseignement supérieur, fait l’unanimité, vu son état fiévreux, pratiquement comateux, depuis 1990, date de la première année blanche nationale. Depuis lors, qu’il s’agisse du système académique corrompu, des infrastructures vétustes ou de l’environnement surpolitisé, l’université connaît un désordre qui révolte.

I. COMMENT EN SOMMES-NOUS ARRIVÉS LÀ ?

Les avis sont partagés. Là où certains blâment exclusivement les mouvements estudiantins de 1990 et leur récupération par des groupes politiques, d’autres pointent du doigt la démission de l’État de Côte d’Ivoire qui a relégué les politiques d’éducation au second (voire au troisième) plan, au profit des projets économiques apparemment plus urgents.

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Bien curieuses, ces révolutions !

« Toute révolution est commencée par des idéalistes, poursuivie par des démolisseurs et achevée par un tyran. » – Louis Latzarus

Bien curieuses révolutions tunisiennes et égyptiennesLa vue des braves hommes, femmes et enfants Égyptiens, toutes générations et classes confondues, jouissant pour la première fois d’un bonheur tant recherché, a touché le cœur de millions de citoyens du monde, qui ne pouvaient que communier avec ce peuple délivré.

Mubarak et avant lui Ben Ali, balayés par le simoun puissant qui mugit sur le Maghreb, ont été lâché par leurs sympathisants internes et vomis par leurs alliées internationaux, au terme d’une occurrence cyclique bien connue : devant l’oppression, peuples et révolutions finissent toujours par s’enlacer et plonger ensemble dans les vagues géantes qui engloutissent le statu quo et se déversent sur les rivages de la liberté.

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Comment asphyxier l’économie ivoirienne

Alassane OuattaraLa crise politique ivoirienne vient de mettre à jour son système d’exploitation du peuple, en adjoignant à la propagande médiatique et à la menace militaire, l’artillerie financière. Alassane Ouattara, inspiré par la récente décision d’une Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) franchement pathétique [1], ne lésine pas sur la recette. À l’image de ce bon vieux Gargamel, il sait comment introduire les épices politiques existantes, pincer le nerf de la guerre, le voir s’enfler, puis le laisser exploser, à la barbe d’un schtroumpf Gbagbo abasourdi.

La position de l’UEMOA est hara-kiri et dénuée de la plus mineure des acuités économiques, vu le poids de la Côte d’Ivoire dans l’union. Et Ouattara le sait parfaitement [2]. Seulement, en maniant avec dextérité le “béssé” [3] financier, il tente de porter un coup fatal à son “frère Laurent”. Pour ce faire, il cloisonne la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et désorganise le système hautement crucial de la compensation bancaire, nécessaire au transfert de fonds et au maintien de l’équilibre débit-crédit, d’une banque à une autre.

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Démystifier Houphouët-Boigny

« Le pari est gagné, grand Houphouët-Boigny,
Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient
Soyez loué, grand Houphouët-Boigny
Les jeunes gens de Côte d’Ivoire vous remercient
Six ans d’indépendance vous contemplent
Dans l’enceinte de tant de réalisations
Auteur de liberté de notre pays
Avec soumission
Nous vous glorifions… »

Félix Houphouët-BoignyD’une certaine façon, il est surprenant que les jeunes Ivoiriens n’aient plus à apprendre cet hymne du début des années 1960, chanté à la gloire de Félix Houphouët-Boigny, premier Président de la République de Côte d’Ivoire [1].

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La Côte d’Ivoire demeure

« Le pays est gâté, le pays est gâté, ils ont gâté notre pays ôôôôô, ils ont tout gâté ! »

Côte d'IvoireLa crise ivoirienne, forte de ses racines profondément ancrées dans le sol éburnéen, peut se targuer, non seulement d’avoir hypothéqué l’avenir de la nation, mais aussi, d’avoir complètement meurtri le cœur des filles et fils de ce pays.

Les Ivoiriens, dans leur ensemble, connaissent des accès de colère, de découragement et de déception, et ne savent plus quoi penser devant l’impensable tourment post-électoral. De cette tranche d’Ivoiriens, certainement écœurés de voir une situation déjà délétère s’en aller crescendo, il y a lieu de distinguer, une autre, plus sournoise, qui fait plutôt preuve d’excès de colère, de découragement et de déception et qui choisit de venter son amertume par le biais d’acrimonies de toutes sortes contre la patrie.

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De la fracture sociale à la fraternité nationale

« Parle — Mais ne sépare pas le Non du Oui. Donne à ta parole aussi le sens : donne-lui l’ombre […]. Il parle Vrai, celui qui dit l’Ombre. » – Paul Celan

Les armoiries de la Côte d'IvoireLa crise politico-militaire, débutée en 1999 avec le coup d’état qui a ôté du pouvoir Henri Konan Bédié, aura été la face visible d’une déchirure profonde entre les différentes classes sociales ivoiriennes.

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