Hollande et la gauche… à l’ivoirienne

François HollandeLaissons aux politologues et autres spécialistes le soin d’une oraison funèbre détaillée – et bien méritée – du Sarkozysme. Grosso modo, la victoire de François Hollande aux présidentielles françaises de 2012 marque la fin d’un semi-cauchemar étatique qui aura surtout montré en quoi l’hyperprésidence bling-bling à l’avantage des copains du Medef est une formule néfaste pour diriger un peuple tellement affecté par la crise financière mondiale qu’il ne sait plus où parquer ses chômeurs et ses “indignés”.

Mais ce n’est pas seulement le fond socioéconomique qui a précipité la sortie de Nicolas Sarkozy. Son échec est également un échec de forme, symbolisé par une attitude incroyablement arrogante qui n’aura jamais compris qu’un peuple réclame décence et respect avant toute chose, justement parce que la majorité ne peut pas s’offrir Rolex, Chouquet’s et vacances sur le yacht privé de Vincent Bolloré.

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Lâches Africains !

Lâches Africains !Tant que les Africains continueront de faire de la lâcheté leur trait de caractère distinctif, absolument rien n’empêchera la triste prolifération des coups d’État militaires qui s’enchaînent depuis plus de cinq décennies dans leurs pays.

Arrêtez là si vous pensez que les politiques seront l’objet principal de ce pamphlet : nous nous adressons à vous tous, Africains d’origine, de sang ou d’intérêts, qui prétendez vous offusquer des récents coups d’État militaires au Mali et en Guinée-Bissau, comme si ces renversements étaient descendus de nulle part, ébranlant les capitales africaines avec une puissance séismique que l’être humain ne peut contrôler.

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Gbagbo : question d’objectivité

Laurent GbagboLe discours pro-Ouattara sur la crise ivoirienne n’a pas varié d’une demi-mesure un an après le sombre 11 avril 2011. Adoubé du soutien toujours aussi solide de la grande presse internationale – qui ne juge pas nécessaire de se poser une ou deux questions quant à la dizaine d’années de coups fourrés et de crimes en tous genres soutenus silencieusement par l’Élysée – Alassane Ouattara, justifications saugrenues après justifications saugrenues, continue de se faire broder une tunique de sauveur qui n’a de sérieux que la détermination de ses communicants à vouloir à tout prix l’imposer.

Il faut reconnaitre que le projet rocambolesque fonctionne encore assez bien. Si certains Africains ont pris conscience de l’évidente manipulation qui a justifié un engagement militaire malsain afin de résoudre un simple contentieux électoral, en Europe et en Amérique, l’opinion publique reste grosso modo la même : soit elle ignore tout du sujet, soit elle estime que la Côte d’Ivoire a vécu des moments douloureux en 2011 par la faute d’un néo-führer barbare, illégalement accroché à son pouvoir et décidé, coûte que coûte, à engager son pays dans une guerre civile.

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Le Sarko Show aux Africains

Nicolas SarkozyLe Sarko Show était en pleine extase, hier, lundi 12 mars 2012, sur les antennes de TF1. L’invité du jour, Nicolas Sarkozy, suant à grosses gouttes bien visibles sous sa chemise décidément trop légère, s’était préparé à exploser le médiamat et dépasser de loin les performances de ses principaux adversaires, notamment François Hollande, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Sauf que les tests d’audience réalisés autour de l’émission « Parole de Candidat » annoncent 4,5 millions de téléspectateurs en moyenne (soit 19,8 % de part d’audience), c’est-à-dire, un peu moins que l’émission qui recevait Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon une semaine auparavant, qui avait été suivie par 4,7 millions de téléspectateurs. Plutôt dommage pour le président-candidat de se voir voler la vedette par la série « Cold Case » sur France 2 (6,6 millions de téléspectateurs). Mais dommage, surtout, parce que tous ces chiffres ne permettront pas de mesurer l’impact réel du Sarko Show où il devrait résonner le plus fortement : en Afrique.

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FPI : kaput ?

Miaka OuretoLe Front populaire ivoirien (FPI), par la voix de son président Miaka Oureto, a encore frappé de son nombrilisme patenté et inscrit une énième preuve de son manque de vision au panthéon du bêtisier politique ivoirien.

En juin 2011, son refus de l’opposition avait justifié que la plupart de ses militants rejettent en bloc toutes les suggestions d’acceptation de la nouvelle donne politique ivoirienne, en refusant mordicus la notion même d’autocritique. On le disait à l’époque : il ne s’agissait pas de légitimer un pouvoir criminel qui, du reste, n’attend du FPI aucune légitimation. Il s’agissait simplement de développer une certaine maturité politique, capable de lire les nouveaux signaux, de s’adapter en conséquence et de mener une opposition pleinement consciente de ses responsabilités vis-à-vis du peuple. C’était le moins que l’on pouvait espérer de responsables politiques ayant passé une décennie au pouvoir, mais qui n’avaient jamais imaginé se voir déguerpir manu militari par la Force Licorne française.

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Saint Mélenchon et le patriotisme moribond

Jean-Luc MélenchonLa déferlante patriotique ivoirienne a fait son choix : Jean-Luc Mélenchon sera son prochain président. Ou plutôt celui de la France, mais apparemment, il n’y a pas grande différence. Elle l’a décidé comme tel, elle l’exige pratiquement, elle mène une campagne Mélenchon en ligne et explique pourquoi à qui veut l’entendre.

Qu’un citoyen français d’origine africaine décide de voter Mélenchon, rien de bien troublant. L’homme est candidat et tous ceux qui ne se refusent pas l’avantage d’une double-nationalité (même en criant haro sur la Françafrique) ont le droit d’admirer l’homme politique d’extrême-gauche.

Mais que des citoyens ivoiriens, arborant certificats de nationalité oranges et passeports verts, vivant à Paris, à Agadir ou à Bouaflé, s’empressent de battre campagne pour Mélenchon, laisse franchement pantois.

Comment Jean-Luc Mélenchon (dont la plupart de ses nouveaux supporters ne peuvent pas citer, sauf Google, une seule ligne de son projet de société) est-il devenu Saint Mélenchon, l’espoir de tout un mouvement ? Grâce aux deux cents mots que voici, tenus le 6 février dernier :

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L’État plantation

Alassane Ouattara et Laurent GbagboLes pays d’Afrique francophone en donnent rarement l’impression mais, en réalité, il existe une petite différence entre gérer un État et gérer une plantation.

Une plantation appartient à son propriétaire : il peut en faire ce qu’il veut ; il peut défricher son carré au petit matin ; il peut décider de l’exploiter, puis l’abandonner, puis le cultiver à nouveau, selon son bon vouloir. Par contre, un État est une entité publique, la propriété de millions de personnes qui érigent, symboliquement et par convenance pratique, un individu qui en prend les rênes et qui fait ce que la majorité estime être la priorité du moment.

Ce petit rappel n’est pas fortuit. Au-delà des élites, ce sont les administrés eux-mêmes, tous ceux qui élisent un responsable qu’ils se refusent ensuite à évaluer, qui en ont grand besoin.

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Plumes d’or

Plume d'orPlumes d’or aux 10 essais politiques (sur les 350 publiés sur notre plateforme) qui nous ont le plus séduits en 2011. Nous les commentons ici, par ordre chronologique, en excluant les nôtres afin que, pour une fois, charité bien ordonnée commence par autrui.

La folie d’une guerre sans gloire : à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan BédiéWayourou Zadi-Pauyo (25 février 2011)

2011 retiendra que certains Ivoiriens ont essayé de prévenir les dégâts d’une guerre en Côte d’Ivoire, en appelant les citoyens à prendre leurs responsabilités. Exemple : ce puissant texte de Wayourou Zadi-Pauyo, qui dès sa publication sur Pensées Noires, a causé un véritable déferlement d’argumentations (notables pour leur diversité, leur qualité et leur politesse, ce qui n’est jamais gagné d’avance) que vous ne lirez malheureusement plus, notre plateforme s’étant définitivement séparée des commentaires Facebook. Néanmoins, la passion avec laquelle l’auteur accuse chacun des trois “grands” responsables politiques ivoiriens appelait surtout le peuple à entreprendre ce qui aurait certainement été une vraie révolution : dépasser les clivages partisans, dégager le trinôme président et sauver la nation. A terme, le courage populaire aura fait défaut, mais ce coup de gueule reste le point d’ancrage littéraire de l’avant 11 avril : sincère, profond, critique et poétique tout en un.

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Abidjan : bonjour la route

Patrick AchiQuelques jours passés en Alassanie, dominion français de la côte ouest africaine, convaincront même les plus sceptiques sur la diligence avec laquelle la route abidjanaise est en train d’être remise dans des habits dignes d’une capitale économique.

On comprend mieux les « ADO a goudronné ! » dont nous parlions en octobre dernier. Ils expriment l’enthousiasme de citadins complètement dégoutés de l’état de dégradation du réseau routier abidjanais, trop longtemps “abandonné” à son triste sort… Mais voilà qu’aujourd’hui, les travaux de réfection de la route sont tellement avancés qu’ils causent même de gigantesques embouteillages par endroit ; le sacrifice requis pour pouvoir, enfin, bénéficier d’un bitume conséquent.

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Législatives ivoiriennes : tous perdants

Mamadou Koulibaly (LIDER), Alassane Ouattara (RDR), Laurent Gbagbo (FPI), Henri Konan Bédié (PDCI)Aux souvenirs d’une amie française qui, pendant les présidentielles de 2010, nous interpellait sur la question démocratique ivoirienne, nous admettons, bien malheureusement, que la démocratie est encore à son stade infantile en Côte d’Ivoire.

Oui, nous nous souvenons de 1990, du vent de l’Est, des conférences nationales et de la naissance officielle du multipartisme. C’était les premiers biberons. Mais depuis, la croissance démocratique ivoirienne s’est drastiquement estompée, en hoquetant lourdement, à chaque instant de son véritable test : les élections.

En fait, depuis que le terme “élection” est entré dan le jargon politique national, il ne s’est pas passé une seule traitre élection digne de ce nom en Côte d’Ivoire. Ni sous le parti unique, où le vainqueur était connu d’avance ; ni au tournant du millénaire, quand le vainqueur devait réclamer son dû “dans la rue” ; ni aujourd’hui, où la “victoire” dépend essentiellement de la position de France 24 sur la question.

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Didier Drogba : droit d’honneur

Didier DrogbaOn lisait récemment la prière en ligne de cet internaute se réclamant de Laurent Gbagbo, qui espérait que les Eléphants soient éliminés au premier tour de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN), afin qu’Alassane Ouattara n’en tire aucun dividende politique.

C’était peut-être une boutade, mais secrètement, tel est le vœu d’une grande partie des Ivoiriens. Après tout, l’équipe nationale de football n’a-t-elle pas essuyé échecs après échecs, entre 2006 et 2010, malgré une armada de talents dont rêvent toutes les équipes du continent ? Les résultats footballistiques de la Côte d’Ivoire n’ont-ils pas été largement en-deçà des espérances et des chansons sur mesure de Magic System ? Et cela, malgré les moyens matériels et financiers quasiment outranciers et le soutien indéfectible de Laurent Gbagbo – qui disait à l’époque que le football était la mission première de tout Ministre des Sports ivoirien ? Mais puisque l’équipe n’a pas assuré sous Gbagbo, il faut qu’elle échoue sous Ouattara : voilà, en substance, ce que beaucoup d’Ivoiriens souhaitent.

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CPI : l’occasion d’humilité

Laurent GbagboLaurent Gbagbo a donc été transféré à la CPI en dépit des promesses de “frémissements” des responsables LMP, en dépit des “revendications” de ses avocats et conseillers et en dépit de la colère de ses affidés. Comme au 11 avril dernier, il a été saisi manu militari et convoyé là où la “communauté internationale” souhaitait le voir depuis une décennie.

Que dire qui n’a déjà été dit ?

Les réactions des uns et des autres ont toutes été lues… ou presque. Impossible de circonscrire la déferlante émoussée ou enchantée, qui aura d’ailleurs confirmé ce que l’on savait déjà de la scène politique ivoirienne : à gauche, quelques militants rêveurs espèrent toujours se réveiller au petit matin du 11 avril 2011 pour changer le cours de l’Histoire ; à droite, quelques militants dozos continuent d’applaudir les combines les plus iniques de leur “fétiche”, bêtement, comme ils le font depuis le 19 septembre 2002.

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Franc CFA : et si Gbagbo avait écouté Koulibaly ?

Mamadou Koulibaly et Laurent GbagboLa dévaluation du franc CFA aurait-elle été d’actualité en novembre 2011, dix-sept ans après celle de 1994, si une réflexion sérieuse sur le franc CFA avait été apportée sous Laurent Gbagbo ? Cette question serait-elle l’objet de vives polémiques, aujourd’hui, si un nucleus, constitué de spécialistes locaux, avait été mis en place par le régime Gbagbo, non pas hâtivement, pendant la crise postélectorale, avec un ou deux prêcheurs de “nouvelle monnaie” sur les plateaux de la RTI, mais depuis 2000, puisque tel était écrit noir sur blanc dans le projet de société de la Refondation ?

On ne peut discuter ce sujet sans parler de Mamadou Koulibaly. Et bien sûr, on nous targuera encore de “LIDERship”… comme s’il était criminel de se poser les bonnes questions. On nous parlera peut-être même de “traitrise”, comme si l’urgence résidait dans la diabolisation émotionnelle d’un acteur politique entièrement libre de ses décisions. Or il y a urgence ailleurs…

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L’esprit néocolonisé

Thomas Sankara« La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néocolonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »

Si Thomas Sankara avait déjà compris, en 1984, les vrais enjeux qui s’imposent à l’Afrique francophone, un quart de siècle plus tard, ses propos valent tout leur pesant de coton burkinabè, tant les pays de la sous-région continuent de patauger bien loin des rives de l’émancipation.

Au Burkina Faso, mais aussi et surtout en Côte d’Ivoire, l’esprit néocolonisé qui anime les populations rend caduc chaque velléité d’affranchissement qui nait. Les dégâts sociopolitiques et économiques résultant du savoir-faire gaulois appelé Françafrique sont quasiment indénombrables : ce système carcéral est clairement le malheur des pays de la sous-région.

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Le mythe de l’Ivoirien paisible

Félix Houphouët-BoignyLa fin de cette année cruciale dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire s’annonce, comme prévue, sans qu’une réponse consensuelle ait été apportée à la question suivante : comment la Côte d’Ivoire est-elle tombée si bas ?

On connait les coupables officiels, selon que l’on s’abreuve du révisionnisme RHDP, du frontisme LMP ou tout simplement du bon sens. Ils s’appellent Onuci, France, Ouattara, Gbagbo et leurs subordonnées respectifs, et ils incluent également Obama, Bédié, Houphouët et même – pour certains – Koulibaly.

Cependant, outre l’irresponsabilité de la classe dirigeante dans son ensemble, qu’est-ce que la débâcle ivoirienne révèle des administrés de ce pays ? Qu’est-ce que cette crise permet de savoir de l’Ivoirien lambda, celui qui sait bavarder, insulter, mépriser et voter, généralement, par égard pour les convictions d’autrui ? Combien d’analyses s’intéressent-elles au rôle joué par le citoyen lui-même dans ce que la Côte d’Ivoire est devenue ?

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Gilbert

Gilbert Aké N'GboS’il est vrai que l’on juge une nation à la manière dont elle traite ses plus démunis, il est aussi vrai qu’une nation qui se respecte est une qui valorise ses sommités. Pour certains, les sommités ivoiriennes sont celles qui caracolent dans des cargos militaires, déambulant dans les rues d’Abidjan kalachnikovs en bandoulière. Ou bien celles qui gesticulent leur maîtrise plus que parfaite du coupé-décalé. Ou encore celles qui apparaissent à la une de Life magazine. Ou même celles qui virevoltent leur dextérité footbalistique dans les défenses adverses. Elles sont les plus visibles ; elles doivent donc être celles qui méritent le plus de respect.

Cependant, les sociétés en phase avec elles-mêmes donnent une définition moins superficielle de la notion de sommité. Une sommité est une personne respectable et effectivement respectée, aussi bien par ses paires que par ses adversaires. Une personne d’une telle humilité qu’elle impose même à ses ennemis de la reconnaître comme telle. En Côte d’Ivoire, il existe quelques-unes de ces sommités. On connaît bien celles du football et du reggae ; on ignore tout de celles qui affolent non pas les foules mais les facultés.

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Menteurs “patriotes”, déguerpissez!

Alain Toussaint et Charles Blé GoudéGeorge Orwell ne croyait pas si bien dire quand il estimait au début du XXe siècle que « la politique, par sa nature même, implique violence et mensonge ». On peut en être sûr, la maxime ne vieillira pas de sitôt, à l’allure où va la politique politicienne ivoirienne, qui voit tous les camps mener leurs combats – les plus respectables ou les plus sots – par la voie royale de la propagande mensongère.

Relative au camp Ouattara, on ne s’en émeut plus vraiment. Mais que vaut, à l’opposé, l’attitude de la “galaxie patriotique”, cette nébuleuse qui a bradé la sacralité de son combat depuis belle lurette et s’est muée en un mouvement essentiellement constitué de mystificateurs bavards, couards et corrompus ? Au vu des méthodes les plus abjectes que certains de ses membres ont décidé d’emprunter, on se demande bien sur quelle base on devrait leur conférer, à eux, plus de respect qu’on ne donne aux barbouzes qui tiennent actuellement le pouvoir en otage.

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Politique ivoirienne : le plan B

Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan BédiéA l’embouchure des vociférations tumultueuses émanant des plus militaires des militants LMP et RHDP, s’inscrit en lettres capitales le besoin pour chacune de ces formations de s’interroger sur le seul point qu’elles se refusent : le Plan B.

Quel est le Plan B de la coalition de partis politiques qui forment le mouvement LMP ? Quel est le Plan B des tendances regroupées sous la bannière RHDP ? Quel est le Plan B des formations politiques ivoiriennes qui prétendent toutes conduire les Ivoiriens vers le meilleur que l’avenir leur réserve ? Et qui, pour se faire, investissent toutes leurs énergies dans le prolongement à l’infini de la carrière politique de leurs leaders du moment ?

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Le sens des responsabilités

Marthe Amon Agoh et Mamadou KoulibalyQu’est devenu le sens des responsabilités en Côte d’Ivoire ?

On savait ce pays comme envouté par un esprit de haine, de jalousie et de violence. On savait que certains des mouvements politiques ivoiriens en avaient fait un fonds de commerce depuis leur création. On savait même que ces pratiques avaient accouché d’une guerre meurtrière de trois mille personnes au bas mot. Mais on savait moins que certains des citoyens les plus respectés de ce pays allaient finalement ôter leurs tailleurs et costumes et pénétrer dans l’arène des gladiateurs démocratiques, armés d’épées verbales aux tranchants potentiellement néfastes.

Ainsi, comme si les Ivoiriens en avaient vraiment besoin, voici le désamour entre les partis LIDER et FPI en train de prendre des allures de guerre fratricide particulièrement inquiétante. Les opinions diffèrent sur les raisons qui ont occasionné le départ de Mamadou Koulibaly du parti créé par Laurent Gbagbo mais, de grâce, devait-on en arriver là ?

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Gbagbo : l’hypocrisie qui ne dit mot

Laurent GbagboPersonne dans le camp LMP n’ose le dire publiquement mais le malaise n’en est pas moins présent. La défense légale de Laurent Gbagbo, aussi experte qu’elle puisse être, est principalement constituée de quatre avocats – Jacques Vergès, Roland Dumas, Marcel Ceccaldi et Emmanuel Altit – qui ont en commun au moins deux choses : ils sont de race blanche et de nationalité française.

Et alors ? Simple détail ? Pure coïncidence ? Pas si vite. Le choix de cette équipe n’est pas aussi anodin qu’il en a l’air et amène même à se poser certaines questions d’ordre stratégique et géopolitique.

En effet, l’adage courant rappelle que c’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Appliqué au camp Gbagbo, le pied du mur est l’arène politique nationale dans laquelle il dénonce, depuis plus d’une décennie, l’ingérence de la France officielle dans les affaires politiques ivoiriennes. Il est évident que cette dénonciation se justifie depuis le 19 septembre 2002 et encore plus depuis le 11 avril 2011. Mais les actes posés sur le terrain juridique sont-ils conformes aux intentions affichées?

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Pauvre Bédié

Henri Konan BédiéSi l’histoire politique de la Côte d’Ivoire devait être réécrite, Félix Houphouët-Boigny aurait-il porté son choix sur Henri Konan Bédié pour lui succéder ?

Si l’on s’en tient aux récentes confidences de Frédéric Grah Mel (biographe du premier président ivoirien) à Jeune Afrique, le Vieux avait déjà décidé, au soir de sa vie, de “parquer” non seulement son Premier ministre Ouattara mais également son président de l’Assemblée nationale Konan Bédié. On ne saura jamais vraiment pourquoi mais toutes les conjectures sont permises. La nôtre ? Le Vieux craignait certainement que tout le travail accompli sous sa férule ne soit dilapidé par l‘incapacité de ses deux “petits” à assurer une relève paisible.

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Restons sérieux

Alassane Ouattara à l'ONU (septembre 2011)Alassane Ouattara sait-il que courant 2010, du 26 au 28 avril exactement, le secteur privé ivoirien au grand complet a tenu un séminaire de trois jours à Yamoussoukro dans le but d’étudier sur tous les angles la possibilité de faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent ? Alassane Ouattara sait-il que ce projet, initié par le Patronat ivoirien, qui a vu la participation de l’État de Côte d’Ivoire – oui, c’était bien un État et non un “clan” que Laurent Gbagbo dirigeait – représenté pour la circonstance par Moussa Dosso, ex et actuel ministre de l’industrie et de la promotion du secteur privé, a accouché de conclusions et de directives précises sur comment y arriver ? Alassane Ouattara sait-il que les différents ateliers qui ont meublé ce conclave ont déterminé qu’il est peu probable, voire carrément impossible, que la Côte d’Ivoire atteigne cet objectif avant le terme d’une génération entière de trente ans. Et qu’en conséquence, le secteur privé ivoirien a baptisé son programme Côte d’Ivoire 2040 ?

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Le ballet religieux

Marie (???)Ainsi une nouvelle prophétie annonciatrice de la délivrance du peuple ivoirien du pharaon Ouattara aurait été annoncée sur les ondes d’une radio pleine d’espoir et de lendemains meilleurs pour la Côte d’Ivoire.

Alléluia ! Aveu pour aveu, l’idée en elle-même n’est pas pour nous déplaire, d’autant plus qu’il est question ici de l’Armée du Salut, composée de véritables sauveurs, pas de ces ostrogoths rouge-chaussetés et vert-cagoulés qui parcourent les rues d’Abidjan et discourent façon Agatha à Francis Bebey. En tout cas, à force de l’entendre, nous connaissons bien le refrain : le jour de gloire n’est plus si loin et le pays connaitre sa rédemption. Seule surprise : le message cette fois-ci n’émane pas d’un pasteur de confession évangélique mais d’un prêtre catholique, à savoir, l’abbé Désiré N’guessan, vicaire de la paroisse Sainte Cécile d’Abidjan.

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L’amour version Ouattara

Alassane OuattaraLa légende romaine rapporte que l’empereur Marc Aurèle, parcourant quotidiennement les rues de Rome, avait à ses côtés un fidèle serviteur dont la seule fonction était de lui répéter à longueur de journée : « vous n’êtes qu’un homme, vous n’êtes qu’un homme ». Cette méthode était celle que le souverain avait trouvée pour éviter que l’adoration de ses sujets ne lui donne une idée de lui-même en déphasage avec la réalité.

Qui pour jouer ce rôle auprès du souverain Ouattara 1er ? L’amnésique Hamed Bakayoko ? L’énigmatique Sidy Diallo ? Le prolifique Asalfo ? L’homme en a bien besoin, lui dont le narcissisme ne souffre d’aucune imperfection. Remarquable tout de même, non ? Que l’on puisse avoir un tel parcours professionnel, un parcours “blanc Dominique”, cliché parfait, que vingt années d’empoisonnement de la quiétude ivoirienne laissent sans remords aucuns, malgré les actes les plus inhumains qu’on a soi-même commandité.

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Ivoiriens de l’Onuci, vous avez du sang sur les mains !

Young-Jin Choi de l'ONUCIChers Onuciens (permettez-moi ce néologisme car vous parler requiert une terminologie appropriée),

Maintenant que la responsabilité de l’Onuci est clairement établie dans le cataclysme politique ivoirien – grâce à l’affairisme patenté de votre Young-Jin Choi que les livres d’histoire n’oublieront jamais – comment vous sentez-vous, vous Ivoiriens qui travaillez pour le compte de l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire ?

Coupables ? Responsables ? Fiers ? Indifférents ?

Pour mieux cerner votre comportement, permettez un instant que nous analysions les conditions de votre recrutement.

Votre chère mission s’est déployée en Côte d’Ivoire en mars 2004, suite à l’incapacité de la Minuci à gérer efficacement la guerre entamée depuis septembre 2002. C’est Laurent Gbagbo lui-même qui avait cru bon, en son temps, de vous faire appel pour aider à résoudre la crise militaire ivoirienne de façon pacifique. On le sait, vos médias tentent aujourd’hui un révisionnisme de circonstance ; mais vous savez bien que l’Onuci est née de la volonté – ou de la naïveté – de Laurent Gbagbo. En clair, vous lui devez votre carrière… mais nous y reviendrons.

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FPI : la conscience de l’opposition

Laurent GbagboLe FPI serait-il en train de se réveiller de sa torpeur ? Il y a peu, au constat de la distance inavouée mais belle et bien perceptible qui sépare la base et le leadership du parti, nous nous demandions si ses militants prendraient un jour conscience de sa position actuelle ou bien s’ils continueraient de se dispenser d’une autocritique publique des années de “refondation” de l’appareil politique ivoirien.

Cette prise de conscience est enfin là. Elle aura pris le temps de l’indignation devant la capture inacceptable de Laurent Gbagbo, du refus de porter la nouvelle tenue de l’opposant, du malaise de la direction intérimaire dans ses prises de position, pour finalement se révéler via l’analyse avertie du sociologue Dédy Séri. L’enseignant-chercheur, dans un exposé intitulé Le péché de Laurent Gbagbo : avoir voulu décastiser le monde – datant du 7 août 2011 – se propose, à partir du projet de société du parti, de dresser le bilan du système de la Refondation. Il entend également rendre hommage « aux dignitaires LMP déportés dans le Goulag ivoirien », en argumentant une thèse qui « se veut aussi un rempart contre l’oubli et l’aliénation sous toutes leurs formes, à un moment de l’histoire nationale où, croyant le FPI mort et sur le point d’être enterré, des cannibales de tout acabit jubilent dans le secret espoir de pouvoir s’emparer de son corps ».

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Insalubrité : le phoenix abidjanais

Anne OulotoQui ne connait le mythe du phoenix qui meurt et renait de ses cendres ?

La ville d’Abidjan, hier littéralement “sous les cendres” suite aux bombardements de l’aviation française est témoin aujourd’hui du défilé des rouleaux-compresseurs, camions bennes et autres chargeurs sur roues censés la purifier de toute la misère dont elle a hérité de la Refondation. Mission salutaire en effet ! Quel Abidjanais au chômage, qui croule sous le poids des factures d’électricité récemment majorées et le prix des denrées alimentaires en hausse, n’aimerait-il pas vivre dans une cité saine et reluisante qui représente avec fierté la dynamique d’un pays en voie d’émergence ? Pas question que l’insalubrité soit une fatalité en Afrique, parait-il. Pas lieu donc de s’offusquer de la mission si vertueuse dont témoignent ces commerces “bulldozérés”, ces habitations écroulées, cette Rue des Jardins défigurée et ce marché de Yopougon Sicogi rasé. La beauté d’Abidjan n’a pas de prix et le phoenix est en gestation : bon gré, mal gré, il est grand temps !

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À l’école de la sorcellerie politique

Alassane Ouattara écrit sa version des Misérables de Victor HugoTriste réalité que celle d’un pays où même les morts sont des instruments de communication politique.

On avait cru, bien naïvement, que l’après-guerre allait peu à peu faire renaitre dans le cœur des Ivoiriens, un minimum d’humanisme. On a même cru, à l’annonce d’un accident aussi spectaculaire que dramatique, que son timing à la veille d’une fête nationale, allait offrir l’occasion tardive mais effective, de pleurer toutes les pertes en vies humaines de ces derniers mois.

C’était décidément mal connaitre la “nouvelle Côte d’Ivoire”. Dans ce pays, qui est passé maitre dans l’art de la mystification, les morts ne sont plus que de simples morts, mais bel et bien des vecteurs de militantisme.

Hier, trois mille personnes, au bas mot, sont tombées sous les balles meurtrières des “libérateurs”, habillés pour la circonstance de leurs riches tenues frappées d’amulettes ou d’armoiries françaises. Et l’État qui est sorti des cendres de cette orgie funeste n’a pas jugé nécessaire de leur accorder une once de respect.

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FPI : le malaise de l’opposition

Ahoua Don MelloLes refus inconsidérés sont souvent sources de malaise. Posez la question au FPI, dont la base militante ne sait vraiment plus à quel saint se vouer, depuis que l’alchimie Ouattariste du “régner pour mieux diviser”, est en en train de semer trouble et confusion dans ses rangs.

Il y a encore peu, un certain Mamadou Koulibaly était “traitre”, “ennemi” et autres hyperboles que la paresse intellectuelle pouvait fomenter. Pourquoi alors le FPI n’est-il pas en train de vomir, de la même façon, le récent président par intérim qu’il a désigné ?

Parole de Miaka Oureto, ledit président, en réponse au discours du 07 août prononcé par Alassane Ouattara : « Si le Président de la République ouvre son cœur pour dire que nous devons aller à la réconciliation, qu’il lance cet appel à ses frères et sœurs du FPI et de LMP exilés au Ghana, c’est une main tendue qu’il faut saisir (…) Cela veut dire que (ceux) qui rentreraient ne seraient plus poursuivis ».

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Bravo Ping ?

Jean Ping, Président de la Commission de l'Union AfricaineTous ont salué. Tous ont fait les éloges de Jean Ping, Président de la Commission de l’Union Africaine, lors de sa 17è session ordinaire qui s’est tenue début juillet à Malabo. Tous ont applaudi la fessée qu’il a octroyée à la Cour Pénale Internationale. Tous ont ovationné sa détermination à dire ce qui est, ont affirmé que « gbê est mieux que drap », ont clamé même que l’Afrique se réveille enfin et que désormais un chat est un chat !

Et nous donc dans tout cela ?

Oh oui, nous aussi nous réjouissons de cette dénonciation. Nous aussi notons le courage qu’il faut avoir, pour dire, sous les projecteurs, et en référence aux États-Unis, que « sur la base d’un mensonge, on est arrivé en Irak où il y a eu 1,5 millions de morts ». Nous aussi apprécions le doigté de celui ou celle qui a concocté le café matinal de notre héros africain du jour, lui donnant le tonus nécessaire pour décocher, avec une force qu’on ne lui connaissait guère, une succession de baffes à Luis Moreno Ocampo, procureur-vedette du CPI.

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Génération Next : passons-lui le bâton

« Tant que les responsabilités politiques et l’exercice du pouvoir seront les seules voies de la réussite sociale, il n’y aura pas d’exercice réel de la démocratie. »

Marcel Zadi KessyA l’occasion de l’inauguration de la Maison de l’Entreprise organisée par le Patronat ivoirien le 21 juillet dernier, Marcel Zadi Kessy, nouveau Président du Conseil Economique et Social, a brossé un tableau réaliste des enjeux socioéconomiques de la Côte d’Ivoire de demain.

Prenant le contrepied des récentes Billonneries qui avaient jeté le discrédit sur le secteur privé ivoirien, l’ex-Président du Groupe SAUR (CIE-SODECI) a plutôt explicité le comment et le pourquoi de la suractivité politique des Ivoiriens et les conséquences que cet affairisme a eues sur l’histoire du pays.

Et probablement à son insu, le grand patron a ainsi ravivé les thèses récemment développées par deux jeunes intellectuels ivoiriens, Jean-David N’Da et Maurice Koffi, qui soulignent, d’une part, la responsabilité apolitique de l’Ivoirien et son rôle dans la société civile et, d’autre part, les facteurs de réussite sociale de la jeunesse ivoirienne.

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Billonneries et autres âneries

Jean-Louis Billon« L’Afrique Noire veut un redémarrage ! », selon Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire.

C’est tout un programme ! Toute une pensée, certainement, de l’étoffe de ces riches argumentations qui éclairent l’opinion sur comment sortir l’Afrique sub-saharienne des ténèbres de la pauvreté.

Cependant, l’analyse de sa récente allocution, prononcée le 15 juillet dernier, lors de la visite de François Fillon à Abidjan, appelle à se demander si l’Afrique doit s’esclaffer, si elle doit s’inquiéter, ou si elle doit se mettre à pleurer.

Et pour cause. Le discours, « un peu long » selon son auteur, est d’une éloquence tellement servile, qu’il frise l’excellence des récitals nègres d’antan à la gloire des maîtres blancs.

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La bouche qui tue : Blé Goudé, toi aussi… tais-toi !

Charles Blé GoudéAgrippé au toit découvert d’un 4×4 roulant à dix kilomètres à l’heure, le regard intrépide, le poing en l’air, le défi inscrit dans le timbre: telle est l’image que je conserve des heures les plus valeureuses du combat patriotique de Charles Blé Goudé.

C’était en 2004. Novembre 2004. Devant la Présidence. Vous savez l’histoire. Opération Dignité. Général Poncet. Huit soldats français, parait-il, tués. Chirac enragé. Aéronefs ruinés. Gbagbo au journal télévisé. Appelant au calme devant la française férocité. Puis Blé Goudé…

Deux jours plus tard, devant la tour d’Ivoire, des snipers survoltés fusillaient des Ivoiriens aux mains nues, légitimant à chacune de leur rafale la résistance contre l’impérialisme qui tue. Et “Zadi Gbapè”, le “Général”, le “Ministre de la Rue”, le ministre tout court, donnait des insomnies profondes, d’abord à tout ce qu’il y avait d’Onucieurs, puis de Golfeurs, à l’Hôtel électoral ivoirien.

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Economie ivoirienne : faisons semblant

Alassane Ouattara« Quel Ivoirien va vouloir investir dans le pays dans les conditions actuelles de chaos ? Quel investisseur étranger va prendre le risque de lancer des activités ici, alors qu’il n’y a de sécurité pour personne ? »

L’économiste Mamadou Koulibaly ne semble pas être très impressionné par les 1300 milliards de francs CFA “offerts” par les bailleurs de fonds internationaux pour reconstruire la Côte d’Ivoire. Ni par les 64 milliards de francs CFA censés être décaissés dès ce mois de juillet 2011. Ni par les 12 milliards de francs CFA sécurisés sur un fond spécial pour dédommager les entreprises privées ivoiriennes.

Pourtant, ces chiffres relayés avec diligence par la presse gouvernementale veulent acquiescer l’idée selon laquelle la Côte d’Ivoire est résolument en train d’entreprendre sa relance économique.

Mais faut-il y croire ?

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Abidjan : la grande saison des pluies

Alassane Ouattara sous la pluie ivoirienneLe mois de juin est celui de la grande saison des pluies béni par les agriculteurs et maudit par les citadins. À Abidjan, on en sait quelquechose : chaque année, au gré des inondations et des morts, on redécouvre ce qui apparait comme une fatalité, avec la même perplexité que l’année précédente. Mais au-delà du branle-bas d’envergure que les torrents de pluies créent, juin 2011 a ceci de particulier qu’il offre en même temps la pleine vision de la décadence de la Côte d’Ivoire “Ouattara-unifiée”.

Tous les “démocrates” euphoriques au soir du 11 avril dernier, qui croyaient que la baraka légendaire du “Bravetchè” allait accoucher d’une “nouvelle Côte d’Ivoire” vierge de tension et de Refondation, sont rapidement en train de déchanter. Engloutis sous les eaux de la désillusion torrentielle, esseulés comme ce Vendredi de Robinson Crusoé sur les ilots de trottoir restants, noyés avec leurs véhicules dans les lagunes artificielles qui naissent à chaque carrefour, ils font face à la cruelle réalité du juin politique ivoirien. Et pendant ce temps brumeux, il existe encore quelques météorologues qui annoncent, carte des nuages politiques en main, le « retour effectif de la paix », et des températures bien plus affectueuses pour demain.

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FPI : le refus de l’opposition

Mamadou KoulibalyLe sociologue français Alfred Sauvy écrivait en 1978 dans La tragédie du pouvoir que « la démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser ».

Ce principe démocratique explique le nécessaire antagonisme entre pouvoir et opposition politique; il attribue à l’opposition une place bien distincte de celle tellement méprisée sous nos tropiques, qu’elle est devenue le souffre-douleur de ceux qui tiennent le pouvoir le temps d’un quinquennat.

En Côte d’Ivoire, le paysage politique redessiné depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo a plongé le Front populaire ivoirien (FPI) dans une posture d’opposant qu’il n’avait pas envisagé et qu’il refuse toujours d’accepter. La manifestation de ce désenchantement est visible à travers la recherche effrénée d’un “coupable”, d’une personne à qui l’on pourrait attribuer, en dehors du couple Ouattara-Sarkozy, la responsabilité des déboires actuels du régime déchu.

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Consommer du Marine Le Pen… avec modération

Marine Le PenMarine Le Pen, présidente du Front national (FN) français, a récemment décroché deux uppercuts à Alassane Ouattara, en affirmant sans sourciller, les 27 et 29 mai dernier, sur les plateaux de France 2 et de France Info, que « Monsieur Ouattara doit répondre des crimes qui ont été incontestablement commis par son armée » et qu’elle est « pour la suppression du FMI » vu que « partout où il est intervenu, ça a été un drame économique ».

Sans sombrer dans la naïveté suicidaire qui applaudit, sans crier gare, les propos de la candidate déclarée à la présidentielle française de 2012, il y a lieu de reconnaitre la lucidité de l’héritière de Jean-Marie Le Pen.

L’ancien leader du FN, controversé à souhait, reste surtout mémorable pour avoir donné la peur de sa vie à l’intelligentsia politique française, en noyant durablement la carrière politique de Lionel Jospin au terme du premier tour des présidentielles de 1995, et en créant un vent de panique devenu victoire de type “soviétique” pour Jacques Chirac, au second tour.

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