Frantz Fanon : l’homme de la rupture

Frantz FanonII y a cinquante ans, Frantz Fanon s’éteignait dans un hôpital américain. Aujourd’hui, son œuvre pourtant importante et actuelle reste peu diffusée, peu connue, confinée à la clandestinité intellectuelle. Qui étiez-vous donc, Fanon, pour que l’on vous occultât tant ?

Frantz ne nous a pas laissé une “pensée rigoureuse” mais une série d’interpellations qui restent les grandes questions d’aujourd’hui : la première est celle de l’aliénation culturelle ; la seconde celle du rôle de la violence dans la lutte de libération ; enfin, la troisième est celle de l’objectif de la lutte de libération nationale.

Ces différentes interpellations sont contenues dans ses deux principaux ouvrages: Peau noire masques blancs et Les damnés de la terre.

Homme d’une pensée lucide et rebelle, Fanon c’est aussi l’exemple d’un homme qui a su allier avec un rare talent et une grande efficacité, théorie et pratique, discours politique et pratique militante.

FANON, LE CONSÉQUENT

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Sarkozy, l’Otan et la Libye : détruire pour posséder

Nicolas SarkozyIl fut un temps où le Droit portait en soi le respect de l’égale dignité de tous les humains; un temps où on réclamait la liberté au nom du Droit, au nom du Droit associé ontologiquement aux valeurs de justice et d’équité. Le Droit était alors cette force morale mobilisable, mobilisée pour contester toutes les dominations impériales, toutes les iniquités et oppressions; le Droit était ce bouclier, cet étendard haut brandi pour affirmer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Que ce temps-là semble, hélas, aujourd’hui lointain, éloigné!

Désormais seule la force des bombes est fondement du Droit; désormais, seule la volonté de toute-puissance de quelques uns est Loi fondamentale: retour aux temps du code colonial élevant le droit du plus fort en droit naturel. Le message est clairement énoncé dans le fracas des bombes jetées sur Tripoli: le Droit, dorénavant, peuples du monde, c’est selon le caprice, c’est selon le bon vouloir, c’est selon les intérêts des plus puissants. N’est dorénavant juste, légitime que ce qui correspond et répond aux intérêts des puissances du jour; la seule parole globale, juridique, autorisée et contraignante pour tous est désormais, exclusivement celle des pays surarmés.

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Côte d’Ivoire, Libye : Sarkozy et la déraison des bombardements

Nicolas Sarkozy et Mouamar KadhafiNous vivons un temps bizarre, un temps féroce, un temps en concubinage avec la cruauté la plus sauvage; un temps qui tue, qui assassine, qui massacre au nom de la raison démocratique, au nom de la raison humaniste. Raison démocratique ethnocentrée, égocentrique, auto-décrétée humaniste ; raison débordante de mépris, délirante d’arrogance, exaltée, érigée en absolu du vrai et du bien; raison fanatique, fanatisée et donc fatalement meurtrière; raison qui nomme sans ambages tout pouvoir en dehors de la domination de Paris, de Washington et de Bruxelles, pouvoir despotique, pouvoir dictatorial, cancer radical à extirper.

Et malheur au pouvoir ainsi désigné : l’odeur de la mort mise en scène, théâtralisée, organisée, n’est pas loin. Le rituel? La désinformation d’abord: le dit pouvoir est satanisé, injurié, sali, abaissé, rabaissé, bestialisé, maudit, désigné comme la figure absolue du Mal, la figure menaçante, la figure de ce qui nous menace, la figure qui menace “nos valeurs”. Accusé; il est accusé de tous les maux du monde; il est criminalisé, criminalisé à partir des faits traficotés ou tout simplement inventés, fabriqués; il est criminalisé et condamné sans pourvoi ni appel, condamné à coups de fatwa démocratiques diffusées sur tous les écrans du monde, condamné à la peine capitale, condamné aux flammes de l’enfer.

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Côte d’Ivoire : faut-il juger Sarkozy pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ?

« L’homme n’est pas ce qu’il cache. Il est ce qu’il fait. » – André Malraux

Nicolas Sarkozy et le sang africainHitler dit : « Homme, tu n’es qu’un numéro, et ce numéro s’appelle zéro ». Ouattara dit : « Gbagbo n’est rien ». Même vision du monde, même regard sur les hommes. Vision d’ailleurs partagée, dans une certaine mesure, par Napoléon bis, le paternel de Ouattara. Que dit en effet Sarkozy, puisque c’est de lui qu’il s’agit, que dit Sarkozy en attaquant la Côte d’Ivoire avec toute la brutalité et la bestialité de ses hélicos et chars ? Il dit que l’Afrique n’est rien, que l’Afrique n’est en définitive que son objet, un objet modelable et corvéable à merci, un objet sans volonté propre, appelé à se soumettre aux ultimes désirs de la France ! « La démocratie comme je l’entends ou le sang coulera ! » dit-il, en somme.

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Côte d’Ivoire : crimes d’État, terreur totale et silence complice des médias français

« Car il est des silences coupables, plus assassins qu’aucune parole, qu’aucune arme peut-être. Car il est des silences complices dont le nombre fait la force, et la force la loi. Celle des majorités silencieuses qui sert de caution et d’alibi aux crimes contre l’humanité. » – Martin Niemöeller

Alassane OuattaraIl sera dit un jour que l’obscur Alassane Ouattara fut un homme qui a versé beaucoup de sang ivoirien. Il sera dit un jour que cet homme était en contrat, en alliance, et ce, depuis ses débuts, avec les pires ennemis de l’Afrique, les mitrailleurs et les renifleurs aux griffes de feu, les fauves renifleurs et avaleurs d’or et de diamant, de cuivre et d’uranium, de cacao et de café, de coton et de pétrole…

Il sera dit un jour qu’il y avait dans ce Ouattara-là une résonnance de ces hommes qui se battent non pas pour le triomphe d’un quelconque héroïque et majestueux principe, mais pour autre chose ; tout à fait autre chose.

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