La mesure de l’indignation

« Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux […] La pire des attitudes est l’indifférence, dire ‘je n’y peux rien, je me débrouille’. En vous comportant ainsi, vous perdez l’une des composantes essentielles qui fait l’humain. Une des composantes indispensables: la faculté d’indignation et l’engagement qui en est la conséquence. » – Stéphane Hessel

La mesure de l'indignationStéphane Hessel, survivant des camps de concentration Nazi devenu diplomate français, a causé un choc littéraire mondial, en octobre 2010, quand il a publié, à 93 ans, Indignez-vous !, un petit livre de 19 pages sur la nécessité de révolte contre l’injustice sociale, vendu à plus de 3,5 millions d’exemplaires.

Ce pamphlet tombe à point nommé pour les peuples africains. Depuis peu, ils subissent, à nouveau, le courroux néocolonialiste d’une France redevenue prédatrice de tous ceux qui désirent se défaire de son joug et qui n’entendent pas se laisser faire. Encore faut-il que la volonté de ces peuples soit pensée et appliquée avec la mesure requise ! Car, en Afrique, les révoltes spontanées sont généralement vouées à l’échec parce que motivées, non pas par la défense de l’intérêt général, mais par la volonté d’imposer la “bonne nouvelle” d’un individu. En Côte d’Ivoire, cette “bonne nouvelle” est celle de Laurent Gbagbo et de Alassane Ouattara, deux leaders tellement vénérés par leurs partisans qu’ils ont fini par être quasiment déifiés, conformément à la tradition africaine qui veut qu’un chef soit doté d’une autorité transcendante lui permettant de réaliser ce qu’aucun autre ne peut faire. Et l’encensement en continu de ces “messies”, avec ses corollaires de violences verbales et/ou physiques, ne semble pas gêner grand monde : c’est ce qu’on appelle “faire de la politique” sous nos cieux.

Au-delà de cette vision purement fétichiste, la déification d’un pouvoir étatique censé reposer sur des instances modernes, c’est-à-dire démocratiques, pose problème. En effet, la démocratie suppose un renouvellement périodique qui inclut l’acceptation tacite que le “messie” d’aujourd’hui soit remplacé par un autre demain et ainsi de suite. Pourtant, cette théorie se heurte régulièrement à la pratique africaine. Au moment où l’expérimentation concrète du modèle démocratique advient, l’approbation initiale des règles du jeu décampe devant une avalanche passionnelle annonciatrice des inévitables “graves irrégularités”, qui refuse l’idée même du changement. Ainsi se forment les jusqu’au-boutismes inopportuns, visibles dans les positions antagonistes voire haineuses qui sont à la source des violentes crises électorales que l’on connaît.

Pourquoi cette rigidité excessive ? Pourquoi les sociétés africaines sont-elles, si souvent, le théâtre d’excès en tous genres qui semblent impossibles à contenir ? Existe-il une approche alternative qui serait propice à la paix sociale et au développement ?

/// TEXTE INTÉGRAL DISPONIBLE DANS LE NOUVEL ORDRE IVOIRIEN ///

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