Abidjan : politiques de déguerpissement

Abidjan : politiques de déguerpissementEn Côte d’Ivoire, jamais une opération de lutte contre l’insalubrité publique n’aura été aussi controversée que celle lancée le 29 juillet 2011 par le gouvernement Ouattara. En effet, « Abidjan ville propre » est l’occasion de vives polémiques, de palabres et de règlements de compte entre personnes physiques et morales qui, pourtant, partagent un seul et même objectif : vivre décemment.

Quels sont donc les arguments en opposition et quels sont les vrais enjeux de la question ?

Le premier argument se veut pratique. Il justifie l’opération par la nécessité de solutionner, définitivement, un problème d’hygiène environnementale qui n’a que trop duré. De ce point de vue, Abidjan est une poubelle à ciel ouvert, indigne du “temps d’Houphouët”, qu’il faut réordonner. Aussi, point nécessaire de planification, de communication et de dédommagements. « Dura lex, sed lex » : il faut appliquer la loi dans toute sa rigueur et “frapper fort”, de manière à décourager toutes les velléités futures de désordre urbain. Peu importent les injonctions tardives, les applications brutales et le traumatisme social, il faut nettoyer Abidjan et il faut le faire sur le champ.

Le second argument accepte le principe, mais tente de remettre les choses dans leur contexte historique. Il explique que, ni les ordures ménagères, ni les constructions anarchiques, ne sont tombées du ciel sur la capitale économique ivoirienne. Elles sont tributaires de la croissance démographique de la ville d’Abidjan, qui s’est accentuée de façon drastique pendant la crise sociopolitique. Cette thèse rappelle aussi l’irresponsabilité imputable à la classe politique dans son ensemble, qui a minimisé la gestion sanitaire de la ville pendant plus de dix ans, en privilégiant les conflits politico-personnels et en pourrissant l’environnement ivoirien – littéralement.

S’il est un point commun à ces deux arguments, c’est que Abidjan est sale, désordonnée et qu’il faut y remédier. Mais avant, il y a lieu de reconnaître, de façon objective, que toutes les grandes villes du monde, même dans les pays développés, connaissent leur lot de désordre urbain. Toutes proportions historiques, culturelles et économiques gardées, le quartier de Sarcelles dans la banlieue parisienne est-il vraiment mieux organisé que Koumassi ? Shepherd’s Bush, à Londres a-t-il vraiment quelque chose à envier à Adjamé ? Bedford-Stuyvesant, dans la commune de Brooklyn à New York, se distingue-t-il si nettement de Abobo ? On peut en douter, bien que toutes ces grandes villes bénéficient de budgets auxquels la ville d’Abidjan ne peut que rêver. Mais pourquoi, diantre, trouve-t-on quotidiennement à Abidjan, autant que dans ces mégapoles, des problèmes similaires d’hygiène publique ?

/// TEXTE INTÉGRAL DISPONIBLE DANS LE NOUVEL ORDRE IVOIRIEN ///

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