FPI : le malaise de l’opposition

Ahoua Don MelloLes refus inconsidérés sont souvent sources de malaise. Posez la question au FPI, dont la base militante ne sait vraiment plus à quel saint se vouer, depuis que l’alchimie Ouattariste du “régner pour mieux diviser”, est en en train de semer trouble et confusion dans ses rangs.

Il y a encore peu, un certain Mamadou Koulibaly était “traitre”, “ennemi” et autres hyperboles que la paresse intellectuelle pouvait fomenter. Pourquoi alors le FPI n’est-il pas en train de vomir, de la même façon, le récent président par intérim qu’il a désigné ?

Parole de Miaka Oureto, ledit président, en réponse au discours du 07 août prononcé par Alassane Ouattara : « Si le Président de la République ouvre son cœur pour dire que nous devons aller à la réconciliation, qu’il lance cet appel à ses frères et sœurs du FPI et de LMP exilés au Ghana, c’est une main tendue qu’il faut saisir (…) Cela veut dire que (ceux) qui rentreraient ne seraient plus poursuivis ».

Nonobstant l’approche qui s’apparente plus à une courbette servile qu’à une concordance de principe, quelle différence avec le discours que Mamadou Koulibaly tenait publiquement avant de claquer la porte du parti ? D’ailleurs ce dernier, qui avait pour lui le mérite de l’autocritique concomitante à la dénonciation des dérives du pouvoir en place, était-il moins avisé que le nouveau patron du FPI, qui se contente de cirer les souliers présidentiels, en accordant du crédit à des promesses dont le quotidien, ponctué d’arbitraire, témoigne du contraire ?

Que nous offrent sur la question tous ces fanatiques militants qui s’économisent un vrai bilan ? On les attend toujours, navré de leur longueur de retard, en espérant d’eux une prise de conscience des véritables enjeux qu’il est devenu malsain d’ignorer.

Que disent ces enjeux ?

Ils disent que le FPI est aujourd’hui dans l’opposition et qu’il gagnerait à penser la survie du parti au lieu de tenter, à lui tout seul, de panser les plaies de la patrie.

Ils disent que le leadership et la base du FPI feraient bien de s’épargner des aphorismes contradictoires, les premiers bégayant leurs espoirs avec la politesse du couard devant la guillotine, les seconds s’organisant pour tenter une révolte… électronique.

Ils disent surtout que le FPI, s’il veut conserver un minimum de crédibilité, ferait bien de se mettre à la tache de sa propre refondation, avant de prétendre à en insuffler une seconde dose à la société ivoirienne déjà mortifiée.

Et nous ne cesserons de le marteler, en notant l’évidence d’un FPI qui s’est vu imposer un désordre hiérarchique qu’il n’avait pas souhaité. Néanmoins, il est également évident que le FPI est dans un tel état de déconfiture que même Laurent Gbagbo préfère conserver une position supra-clivages, en s’adressant récemment à tous ces Ivoiriens, sympathisants du FPI ou non, qui conservent en eux l’essence même du vrai combat patriotique : « Comme dans tous les combats, il y a des batailles perdues (…) Qu’une bataille perdue, ne nous détourne pas de notre objectif final qui est l’affirmation de notre existence en tant que communauté de destins libre et souveraine ». Demander aux militants du FPI de s’accorder sur la « bataille perdue » est un exercice que peu d’entre eux acceptent encore de considérer. Comme si la réalité leur demandait quelque avis avant de s’imposer.

C’est donc un malaise profond, qui sursaute de temps en temps, avant de replonger dans un état semi-comateux, qu’il est donné de constater du FPI. Heureusement, dans la nuit noire du refus de l’opposition et du malaise subséquent, se dresse la clarté de la réflexion d’un des leurs qui a choisi d’éclairer les faits sans tergiverser inutilement.

C’est ainsi qu’Ahoua Don Mello, a récemment explicité avec clarté et courage, les préalables d’une réconciliation véritable, dans une déconstruction imparable des résultats du scrutin électoral – qui bien que tardive a le mérite de s’inscrire dans les annales de l’Histoire – confirmant qu’il existe toujours en Côte d’Ivoire une opinion politique mathématiquement populaire et divergente de celle des actuels gouvernants. C’est pourquoi, sans le dire explicitement, l’ancien Directeur du BNETD, appelle ses propres camarades à saisir l’occasion de ce nouveau positionnement. D’où la question : si Don Mello peut de sa position d’exilé, émettre des pistes de réflexions réfléchies et constructives, qu’est-ce qui empêche que le FPI dans son ensemble, puisse de la même façon, et avec le concours de ceux parmi ses caciques qui n’ont pas encore perdu la raison, s’organiser pour constituer une alternative crédible au RHDP ?

Hier nous nous posions la même question et en guise de réponse, l’émotion ulcérée et aveuglée de ceux qui croient toujours que la Côte d’Ivoire vit à l’heure de la Refondation, ne nous a proposé que des bribes éparses de considérations. Donc rebelote : « la base militante du FPI, au-devant de la scène politique sans son leader charismatique, saura-t-elle s’ériger en un contre-pouvoir crédible et se créer une nouvelle voie ? » En proie au doute, croisons les doigts.

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