« Vient un temps où le silence est trahison. » – Martin Luther King, Jr. – New York, 04 Avril 1967

S’émanciper de l’esclavage mental, Ch.06 – Marcus Garvey

NOTE DE LA RÉDACTION: nous introduisons une série de réflexions inaltérables de grands penseurs, sur la question de l’émancipation des peuples Noirs. Objectif: créer une prise de conscience quant aux enjeux actuels de l’Afrique face à l’oppression occidentale du moment.

« Emancipate yourself from mental slavery, none but ourselves can free our minds! » – Bob Marley

S'émanciper de l'esclavage mental: Marcus GarveyLes traitres

Dans la lutte pour s’élever, les opprimés sont toujours handicapés par ceux d’entre eux qui trahissent leur propre race, c’est-à-dire par les hommes de peu de foi, et tous ceux qui se laissent corrompre et acceptent de vendre les droits de leurs propres frères.

Nous non plus, membres de la race noire, ne sommes pas totalement à l’abri de ce genre de fléau. Si j’exprime le fond de ma pensée, je dirai même que nous en sommes affligés plus que toute autre race, parce que nous n’avons pas la formation et la préparation nécessaires pour occuper la place qui nous revient parmi les peuples et les nations du monde. Chez les autres races, le rôle du traitre se limite en général à l’individu médiocre et irresponsable. Les traîtres de la race noire, malheureusement, sont la plupart du temps, des gens haut placés par l’instruction et la position sociale, ceux-là même qui s’arrogent le titre de leaders. De nos jours, en effet, tout individu, ou presque, qui tente sa chance comme leader de la race, commence par s’établir, tel un animal domestique, dans les faveurs d’un philanthrope d’une autre race : il va le voir, dénigre sa race dans les termes les plus vils, humilie sa fierté d’homme, et gagne ainsi la sympathie du «grand bienfaiteur», qui lui dicte ce qu’il doit faire dans son rôle de leader de la race noire. En général, c’est : «Va dire à tes gens d’être humbles et soumis ; dis leur d’être de bons serviteurs, obéissants et loyaux envers leur maître. Si tu leur enseignes ce genre de doctrine, tu peux toujours compter sur moi pour te donner 1000 dollars, ou 5000 dollars par an de revenus, pour ton journal et l’institution que tu représentes. Je te recommanderai à mes amis comme un brave homme sans problèmes».

Nanti de ces avis, et d’une promesse de patronage, le leader noir ordinaire s’en va guider les masses infortunées. Il nous dit tout le bien possible de Mr Untel, nous racontes combien nous avons de bons amis dans l’autre race, et assure que tout ira bien à condition qu’on s’en remette complètement à lui. Voici le genre de direction que nous subissons depuis un demi-siècle. Je ne vois là rien d’autre que perfidie et trahison de la pire espèce.

Si l’homme qui met en difficulté son pays est un traître, celui qui brade les droits de sa race n’est pas autre chose. Tant que nous ne serons pas établis en tant que nation de 400 millions d’hommes, et que nous n’aurons pas fait comprendre à ceux qui se sont placés à notre tête que nous sommes mécontents et dégoûtés ; tant que nous n’aurons pas choisi nous-mêmes un leader envers qui nous remplirons nos engagements, nous serons incapables de sortir du bourbier de la dégradation et de nous élever vers la liberté, la prospérité et l’estime humaine.

Traitors

In the fight to reach the top the oppressed have always been encumbered by the traitors of their own race, made up of those of little faith and those who are generally susceptible to bribery for the selling out of the rights of their own people. As Negroes, we are not entirely free of such an encumbrance. To be outspoken, I believe we are more encumbered in this way than any other race in the world, because of the lack of training and preparation for fitting us for our place in the world among nations and races.

The traitor of other races is generally confined to the mediocre or irresponsible individual, but, unfortunately, the traitors among the Negro race are generally to be found among the men highest placed in education and society, the fellows who call themselves leaders. For us to examine ourselves thoroughly as a people we will find that we have more traitors than leaders, because nearly everyone who essays to lead the race at this time does so by first establishing himself as the pet of some philanthropist of another race, to whom he will go and debase his race in the worst form, humiliate his own manhood, and thereby win the sympathy of the “great benefactor”, who will dictate to him what he should do in the leadership of the Negro race. It is generally “You must go out and teach your people to be meek and humble; tell them to be good servants, loyal and obedient to their masters. If you will teach them such a doctrine you can always depend on me to give you $1,000 a year or $5,000 a year for the support of yourself, the newspaper or the institution you represent. I will always recommend you to my friends as a good fellow who is all right.”

With this advice and prospect of patronage the average Negro leader goes out to lead the unfortunate mass. These leaders tell us how good Mr. So and So is, how many good friends we have in the opposite race, and that if we leave everything to them all will work out well. This is the kind of leadership we have been having for the last fifty years. It is nothing else but treachery and treason of the worst kind.

The man who will compromise the attitude of his country is a traitor, and even so the man who will compromise the rights of his race can be classified in no other way than that of a traitor also. Not until we settle down as four hundred million people and have let the men who have placed themselves in the lead of us realize that we are disgusted and dissatisfied, and that we shall have a leadership of our own and stick by it when we get it, will we be able to lift ourselves from this mire of degradation to the heights of prosperity, human liberty and human appreciation.

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Découvrir toute la série “S’émanciper de l’esclavage mental”
- Ch. 10 : Bernard Blin Dadié
- Ch. 09 : Frederick Douglass
- Ch. 08 : Anténor Firmin
- Ch. 07 : Malcolm X
- Ch. 06 : Marcus Garvey
- Ch. 05 : Martin Luther King, Jr.
- Ch. 04 : Frantz Fanon
- Ch. 03 : Aimé Césaire
- Ch. 02 : Kwame N’Krumah
- Ch. 01 : Cheikh Anta Diop
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  • Version originale publiée sur Marcus Garvey: Loof For Me In The Whirlwind
  • En vidéo: l’influence de Marcus Garvey (english version)

Marcus Garvey, Pt. 1

Marcus Garvey, Pt. 2

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