La presse ivoirienne au banc des accusés

« Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie. » – Jacques Prévert

Venance KonanLa presse écrite nationale joue, au même titre que les acteurs politiques, un rôle funeste dans la crise ivoirienne. Exploitant une population intellectuellement amorphe et culturellement portée vers “l’affairage” (cette médisance ivoirienne prolixe), la presse écrite a été, depuis le début de la crise, le vecteur principal de l’animosité que se témoignent aujourd’hui nos communautés.

Parcourir les articles publiés dans nos quotidiens ou relayés sur la toile pourrait constituer, si besoin était, une thérapie efficace contre l’empathie, tant l’acrimonie est profonde. Exemple, cette énième diatribe de Venance Konan, intitulée « En voiture Simone », publiée au plus fort de la crise postélectorale, qui compare Simone Gbagbo à Jézabel, ce personnage de l’Ancien Testament que la dédicace éponyme de l’artiste anglais Sade n’aura pas suffi à embellir.

Selon le récit biblique, Jézabel est la personnification féminine du vice royal, de l’impudicité, de la cupidité et de la cruauté. Sous ses ordres, les prophètes du Dieu d’Israël ont été exterminés pendant vingt-deux ans, dans une folie meurtrière rarement vue chez un souverain féminin, avec la bénédiction d’un roi d’une lâcheté pitoyable. Pour ses crimes, Jézabel a été jugée par Dieu via le prophète Elie et sa chair mangée par les chiens. Voici le synopsis de l’histoire de Jézabel.

Quel lien avec la carrière politique de Simone Gbagbo ? Qu’est-ce qui chez Simone Gbagbo soulève, une nouvelle fois, l’ire mi-lyrique, mi-métaphysique, parfaitement crasseuse du journaliste, qui écrit : « Si tu ouvres bien les yeux, […], Simone, tu verras ces femmes, parfois sans têtes, sans membres, sans corps, tourner autour de toi. Ouvre bien les yeux, et tu verras celles qui sont mortes après avoir subi de multiples viols. Elles te montreront leurs sexes ensanglantés. Tu les vois, Simone, tu les entends ? Elles t’accusent toutes […] ». Qu’est-ce qui l’autorise à s’inviter en voyeur dans l’intimité d’un couple présidentiel – « Ne sens-tu pas une présence autour de toi lorsque tu te couches dans ton grand lit que ton infidèle Laurent a déserté depuis longtemps pour le corps plus frais de la belle Nady ? » – et à prédire l’agonie physique qu’il souhaite à une mère de cinq enfants – « Qu’ont donc ces femmes et ces hommes à contester […] ton pouvoir à toi, Simone la Jézabel ? Souviens-toi tout de même. Lorsque Jézabel est morte, son corps a été jeté aux chiens. » – ?

Ce cas cristallise les maux qui rongent la presse écrite ivoirienne. Venance Konan et certaines des plumes les plus connues de Côte d’Ivoire, se complaisent dans leur statut autoattribué de “journaliste qui dérange”, en oubliant qu’à force de déranger, ils ont surtout été les complices du désordre ambiant qui règne dans le pays. Dans ce sens, le drame sociopolitique que nos écrivains dissèquent régulièrement leur est aussi imputable qu’aux politiciens qu’ils prétendent critiquer.

/// TEXTE INTÉGRAL DISPONIBLE DANS LE NOUVEL ORDRE IVOIRIEN ///

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