La Côte d’Ivoire demeure

« Le pays est gâté, le pays est gâté, ils ont gâté notre pays ôôôôô, ils ont tout gâté ! »

Côte d'IvoireLa crise ivoirienne, forte de ses racines profondément ancrées dans le sol éburnéen, peut se targuer, non seulement d’avoir hypothéqué l’avenir de la nation, mais aussi, d’avoir complètement meurtri le cœur des filles et fils de ce pays.

Les Ivoiriens, dans leur ensemble, connaissent des accès de colère, de découragement et de déception, et ne savent plus quoi penser devant l’impensable tourment post-électoral. De cette tranche d’Ivoiriens, certainement écœurés de voir une situation déjà délétère s’en aller crescendo, il y a lieu de distinguer, une autre, plus sournoise, qui fait plutôt preuve d’excès de colère, de découragement et de déception et qui choisit de venter son amertume par le biais d’acrimonies de toutes sortes contre la patrie.

Il existe, en effet, un groupe de “fiers Ivoiriens”, qui au nom d’un choix politique personnel tout à fait légitime, ne trouve jamais rien à exprimer qui ne soit foncièrement négatif sur leur pays. Leur propos de choix ? Le dénigrement et la malédiction de tout ce qui a trait à la Côte d’Ivoire. Apporter leur un très ivoirien « on dit quoi ? » matinal, qu’ils se lancent illico dans des turpitudes peu lucides sur la misérable, minable et méprisable “Côte d’Ivoire d’aujourd’hui”, illustrant leur randonnée lyrique vindicative par des arguments allant de l’intelligible au rocambolesque. Ces Ivoiriens-là, conseillent à qui veut entendre d’éviter la Côte d’Ivoire, de ne même pas s’en approcher, bref, de faire sans elle. Pourquoi ? « C’est la vérité! » disent-ils…

Cependant, est-ce vérité, que la Côte d’Ivoire, en 2011, est la plus détestable des terres africaines qu’il puisse être donné de fouler ? Est-ce réalité, que la Côte d’Ivoire, hier miraculeuse, aujourd’hui fiévreuse, est vouée à la perdition absolue, au “chaos éternel”, selon les chimères du président sénégalais Abdoulaye Wade ?

Soyons honnêtes : la Côte d’Ivoire connait des maux politiques, économiques et sociaux sans précédents, tellement pernicieux, qu’ils augurent d’un avenir douloureux. Il y a lieu de les décrier et de les condamner, fermement et de refuser qu’ils perdurent. Mais, cultivant la mesure dans le jugement et la responsabilité dans le sentiment, il y a lieu, aussi, de reconnaitre que la Côte d’Ivoire demeure.

La Côte d’Ivoire demeure, dans son naturel gai et enchanteur, où la convivialité traditionnelle des communautés de ce pays envahit le cœur de qui que ce soit le visite.

La Côte d’Ivoire demeure, dans ces jeunes femmes fougueuses et écervelées, qui bien que châtiées pour leur frivolité, n’en demeurent pas moins entreprenantes et disposées.

La Côte d’Ivoire demeure, dans la promptitude de ce jeune homme que l’on dit désœuvré, qui, de lui-même et gratuitement, arbitre une circulation encombrée.

La Côte d’Ivoire demeure, dans cet entrain quasi inné pour les Éléphants, qui à chacune de leur prestation déçoivent, mais reçoivent, continuellement, le soutien tout azimut des rebelles, loyalistes, refondateurs et houphouétistes passionnés.

La Côte d’Ivoire, éprouvée politiquement, essoufflée économiquement, fragmentée socialement demeure…

Il nous revient donc, en tant qu’Ivoiriens, de décliner toute offre nouvelle de mutilation propre. Nous pouvons analyser sans exagérer. Nous pouvons critiquer sans démoniser. Nous pouvons argumenter sans insulter. Nous pouvons regretter sans désespérer. Nous pouvons changer sans renverser.

Nous pouvons et nous devons, car la Côte d’Ivoire n’est que le reflet de nos véritables personnalités et de nos fameuses vérités. La nation est ce que nous sommes : son déchirement est sombre, son redressement nous incombe.

« Le pays est gâté » ? Non, cher(e) ami(e), la Côte d’Ivoire demeure…

#Afrique#Côte d'Ivoire